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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1794

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En janvier, les «Colonnes Infernales de Turreau» dévastèrent les campagnes.

turreau

Le 14 nivôse an 2 (3 janvier 1794) furent créé les comités de surveillance.

Dans ce même mois, Jalle-Bois-Vert redevint Sainte Jalle.

Le 16 ventôse an 2 (6 mars1794), un décret annonçait que les troubles de Buis étaient terminés.

Le 18 mars, dans une deuxième lettre, le sieur Espoullier de Bésignan réclamait encore le remboursement des frais occasionnés lors du siège du château de Bésignan, à savoir le paiement de son unique mule qui avait été réquisitionnée, une selle prise quelques jours auparavant et 182 livres 9 sols de dépenses de nourriture pour les assiégeants. Cela faisait plus d’un an qu’il espère rentrer dans ses frais.

En avril, l’hiver devint encore plus rude. Le bois de chauffage manquait sur les marchés ainsi que les denrées de première nécessité.

Le 03 avril, Joseph Duclos, toujours détenu dans la prison de Montélimar, savait que ses biens allaient être mis en vente. Le directoire du district de Nyons l’informa qu’il bénéficierait d’une provision de 2500 livres à prendre sur le nommé Fanjon, fermier de Mirabel.

Avril : exécution de Danton, de Desmoulins et des dantonistes.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. desmoulins

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Camille Desmoulins

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. danton

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Exécution de Danton

Le 26 avril, il fut procédé à la mise en vente au quartier Saint Martin de Nyons de la propriété du Marquis de Bésignan, tenue par Enselme Favier, le fermier de Duclos.

Quatre jours après, soit le 30 avril, Duclos père, envoyait un nouveau courrier dont voici quelques extraits :

« J’ay eu beau dissimulé, et cacher ma détresse depuis cinq à six ans, que j’étais en instance avec mon fils, elle a été publique et elle l’est encore plus que jamais…

Atteint de fluxion pitiuteuse…

Hélas, depuis que je quittais le château pour venir me jeter entre les mains du commandant du blocus pour me faire conduire au district, lui demandant sa sauvegarde et sa protection…

Un fils a été victime des flammes puis en est mort…

Seuls six hommes de travaux et son frère, dans le château…

En fait, les rumeurs d’attroupement correspondaient à l’affluence sur les chemins de gens venant pour la foire de Sainte Jalle…

Le château appartenait à mon épouse Geneviève Duclos décédée en 1785, de qui je suis héritier…

Je fis une élection en faveur de mon fils, qui trompa mon bon cœur par des manières dissimulées…

L’élection faite, la dissimulation cessa et un respect et sa soumission se changèrent en mépris. Il me quitte de manière indigne…

Il fit des acquisitions extravagantes et capables d’effectuer la ruine…

Il fit des emprunts très considérables et, ayant appris qu’il en négociait encore pour 30 à 40.000 livres, je me décidais pour l’arrêter, à faire ma révocation de son élection à cet héritage…

Le 20 avril 1786, je voulu le ramener pour un accommodement que je lui fis proposer…

Je me trouvais déjà dans la détresse, chargé de l’entretien de mon fils cadet et d’une fille malade, alitée depuis quelques années et morte après…

Nous avons acquis Bésignan en 1755. Le revenu à cette époque était d’environ 2400 à 2500 livres annuelles…

Au mariage de mon fils (1780), le revenu était de 5000 livres… (voir note en fin de châpitre)

J’ai créé des ateliers publics pour faire travailler les pauvres…

A la fin de l’année 1767, je n’ai pu aller à Mirabel qu’après les fêtes de Noël car je distribuais des grains aux pauvres ainsi que du pain comme tous les ans…

Cette année, il n’y avait plus de blé après le mois de mai, donc j’ai fait un emprunt de 6000 livres pour faire subsister les pauvres… »

Il demanda son élargissement de la citadelle auprès des comités de surveillance de Sainte Jalle et Bésignan…

Il en était à 8 mois de prison…

Le tribunal révolutionnaire de Paris condamna le 7 mai 1794 les complices de Duclos :

Jugement rendu par le tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, séant au Palais de Justice à Paris :

Qui, sur déclaration du juré de jugement portant qu’il est constant que Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal sont auteurs ou complices de la conspiration qui a existé au mois d’août 1792, dans la commune dite ci-devant château de Bésignan, district de Nyons, département de la Drôme, tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l’exercice de l’autorité légitime, par suite de laquelle conspiration de contre-révolutionnaires, réunis et retranchés au dit château, ont tiré sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Condamne à la peine de morts les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal, conformément à l’article II de la 2° section du titre premier du code pénal

Du 18 floréal, au deuxième de la République Française, une et indivisible.

Au nom du peuple français, le Tribunal révolutionnaire a rendu le jugement suivant :

Vu par le tribunal l’acte d’accusation porté contre

  1. René François Louis Chevandier, né à Valdrôme, y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la gendarmerie nationale.
  2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieul, département de la Haute Garonne, demeurant au Buis.
  3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Bésignan, demeurant dans la commune de Bésignan.
  4. Joseph Hiacinte Guintrand, âgé de 30 ans environ, matelassier, demeurant à Vaison, ci-devant Comtat.
  5. Jean Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis.
  6. François Pascal, âgé de 30 ans, né à Astheault (Hautes Alpes) demeurant au Buis, tous aussi du département de le Drôme.

( Ce jugement est rendu contre d’autres accusés, mais n’appartenant pas au département de la Drôme, et dont les faits qui leur sont reprochés n’ont aucune connexité avec l’affaire de Bésignan. La présente copie n’en parlera donc pas.)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Antoine Quentin Fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fouquier siégeant au tribunal

Antoine Quentin Fouquier, accusateur public du tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, an 2 de la République, sans aucun recours au tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l’article II d’un autre décret de la Convention du 4 avril suivant, portant que l’accusateur public du dit tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituée ou des citoyens ;

Expose que par jugement du tribunal criminel du département de la Drôme,

Martine Duclos, femme Bésignan, Vincent Ferrier, Joseph Hiacinte Guintrand, François Pascal, Joseph Sulpice, Jean Joseph Fity dit Minervois, François René Louis Chevandier et Jean François Mialhe ont été envoyés au tribunal révolutionnaire comme prévenus, savoir, les dits Duclos, Ferrier, Guintrand, Sulpice, Pascal, Fity et Chevandier, d’avoir formé des trames et complots au ci-devant château de Bésignan, tendant à provoquer la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres,

Et le dit Mialhe, d’avoir pratiqué des manœuvres et intelligences tendant à ébranler la fidélité des citoyens et soldats français, et favoriser leur désertion.

Qu’examen fait, tant des dits interrogatoires subis par chacun des prévenus, par devant le tribunal, que par pièces adressées à l’accusateur public, il en résulte que dans le moment où le traître Capet ourdissait ses trames dans tout l’empire pour anéantir la liberté, l’infâme Bésignan, que la fuite a dérobé au châtiment de ses forfaits, sa femme et les nommés Ferrier, Pascal, Sulpice et Guintrand, Fity et d’autres aussi échappés au glaive de la loi, s’étaient préparés à seconder ces traîtres liberticides, ayant en effet, en imitant le tyran, voulu massacrer les citoyens et les magistrats du peuple qui se présentaient au ci-devant château de Bésignan, pour déjouer leurs complots en les désarmant.

 

 

fouquier

Jugement du tribunal révolutionnaire; Accusateur public, Fouquier

 

En effet, le district de Nyons, informé par les déclarations de plusieurs citoyens des projets contre- révolutionnaires qui existaient au château de Bésignan, s’y transportèrent avec la force armée, pour dissiper le rassemblement qui y existait et saisir les preuves de la conspiration et s’emparer des coupables.

C’est le 22 août 1792 que les administrateurs, commissaires nommés par le district pour faire cette opération, se transportèrent au château, où la conspirateur Bésignan a déclaré qu’il ne connaissait pas d’autorité constituée et que les pouvoirs des commissaires étant postérieurs à la suspension du Capet, il n’obéirait pas, qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château, et que s’il périssait, il périrait beaucoup de monde.

Il faut observer que Bésignan avait arboré un drapeau rouge sur lequel était écrit : Déclaration de guerre.

Les commissaires ne se croyant pas suffisamment en force pour faire exécuter la loi, ne voulant pas faire répandre le sang des citoyens sans la certitude de réduire les rebelles, se retirèrent et obtinrent du conseil d’administration du département de la Drôme un autre arrêté portant réquisition au chef de l’état major de l’armée du Midi de prêter les secours de troupes de ligne ou de la garde nationale et de l’artillerie nécessaire pour réduire le ci-devant château de Bésignan et pour prendre toutes les mesures nécessaires pour étouffer ce foyer de conspiration.

En effet, les 25, 26 et 27 furent employés à l’exécution de ces mesures, devenues si importantes dans les circonstances. Il paraît que pour attirer les citoyens par la confiance, Duclos avait arboré un drapeau blanc, mais, tandis qu’on préparait le sommations à faire au dit Duclos, ce scélérat tira et fit tirer par ses complices des coups de fusil et de carabine sur les magistrats du peuple et sur la force armée ; Alors on requit le commandant militaire de faire usage de la force armée contre les assassins, mais les citoyens gardes nationaux, n’écoutant que ce courage indomptable qui brave et affronte tous les dangers, quand il s’agit de faire triompher la cause de la liberté et assurer l’exécution de la loi, ne balancèrent pas à répondre à cette lâche trahison, par la force des armes. Les conspirateurs, ne pouvant tenir, prirent la fuite, armés de fusils et de pistolets, par des chemins inconnus et vers lesquels on n’avait pas eu la précaution de diriger des sentinelles. Le feu fit mis au repaire des conspirateurs et commença la vengeance que la puissance du peuple devait tirer de cet exécrable attentat.

Les preuves écrites des complots formés par Bésignan et de ses intelligences ont cependant été saisies. Un manifeste manuscrit de Brunswick, un projet de manifeste rédigé par Bésignan lui-même, et signé par lui, en faveur des princes, des lettres contre-révolutionnaires présentant les détails de ses manœuvres et de la complicité des prévenus avec cet infâme chef de conspiration.

Un écrit à Guintrand :

«Je souhaiterais que Monsieur de Bésignan eût chez lui cinq cents hommes comme vous, douze canonniers de la bonne espèce et dix pièces de huit, et je le croirais en sûreté contre une armée de six mille hommes. Je voudrais être le cinq cent unième contre des brigands.»

Dans une autre lettre, on remarque:

«Je n’ai pas vu Ferrier. Il a dit que Madame était fâchée contre moi de n’avoir pas envoyé des hommes le soir que vous le demandiez. Vous aurez un renfort, lui écrit-on dans une autre, de quatre ou cinq hommes ; aussi courage et fermeté. Il vient d’arriver deux gendarmes de Nyons qui nous ont assuré que Monsieur Duvillard y avait été avec eux pour éviter qu’il ne se fît aucun mal.»

L’un de ces gendarmes était évidemment Chevandier, complice de Bésignan; outre qu’à la première opération des commissaires du district de Nyons, qu’il assistait ,il se déclara en faveur de Bésignan, une correspondance qu’il a eu avec ce conspirateur, et trouvée après sa fuite, une lettre écrite par lui-même à son frère, ne laissent aucun doute à cet égard. Cet homme était déjà connu pour un contre-révolutionnaire prononcé et à Carpentras, il se vit déjoué au moment de devenir la victime de la juste indignation que le peuple éprouvait contre ce traître.

Quant à sa conduite dans la conspiration, elle est tracée par ses mains dans une lettre : « Le château a été incendié et rasé, écrit Chevandier. J’avais fait tout ce qui avait dépendu de moi pour empêcher ce malheur. J’avais eu en conséquence la maladresse de lui écrire pendant deux fois relativement à son affaire.

Quant à Ferrier, Guintrand, Pascal et Sulpice, ils ont été les complices avec d’autres aujourd’hui en fuite de l’infâme Duclos. Ils ont fait feu sur les magistrats du peuple et sur la force armé. Ils sont sortis, de leur aveu, armés de ce repaire de contre-révolutionnaires. Ferrier avait eu le poignet emporté dans l’action, par une carabine qui lui creva dans la main, parce qu’elle était trop chargée ; preuve évidente de la rage dont ce forcené était animé contre les patriotes. Une instruction criminelle avait été commencée dans le département de la Drôme contre ces lâches assassins, mais il paraît que l’intrigue en a entravé la marche pour sauver les coupables, s’il eût été possible.

Quant à Mialhe, il paraît qu’au mois de juin 1793, il a provoqué et favorisé la désertion de plusieurs soldats volontaires du second bataillon des côtes maritimes, en garnison à Donzère et Montélimar. C’était lui qui les engageait à la désertion. Il les accompagnait de l’autre côté du Rhône et leur fournissait même des faux passeports et des certificats.

Chevandier, Beausire, Philippe et Pascal, les complices de l’infâme Duclos, sont encore prévenus d’avoir, dans la maison d’arrêt de l’Egalité, dans le courant du présent mois, ourdi une nouvelle trame pour forcer la maison d’arrêt. Pascal, rencontrant un détenu, lui dit qu’ils étaient des sacrés bêtes de se laisser mener au tribunal, qu’on le menait à la boucherie, qu’ils étaient assez de monde pour en empêcher.

Louis François Chevandier ajoutait qu’il y avait dans la maison d’arrêt 40 à 60 lurons qui avaient servi, et qu’ils étaient sûrs d’eux, ; que ces 40 à 60 lurons étaient d’accord ; qu’ils feraient marcher les autres d’autorité ; qu’ensuite, après s’être assurés des gardiens, pris les clefs, ils iraient au premier corps de garde se saisir des armes, et qu’ils étaient sûrs que la moitié de Paris se soulèverait, et notamment les signataires des pétitions.

D’après l’exposé ci-dessus, l’accusateur public a dressé la présente accusation contre la femme Duclos, Vincent Ferrier, Sulpice, Hiancinte Guintrand, Joseph Fity, François Pascal, René Chevandier, etc.

Savoir contre la femme Duclos, Vincent Ferrier, Joseph Sulpice, Hiacinte Guintrand, Fity, Pascal, Chevandier, pour avoir conspiré contre le peuple français, en participant aux trames et complots ourdis au ci-devant château de Bésignan, tendant à provoquer la guerre civile, et à armer les citoyens les uns contre les autres, pour l’effet desquels les dits prévenus auraient fait feu au ci-devant château de Bésignan, sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Contre Mialhe, pour avoir pratiqué des manœuvres et intelligences tendant à ébranler la fidélité des défenseurs de la patrie, en provoquant, excitant et encourageant la désertion des volontaires, et en leur fabriquant des faux passeports et de faux certificats.

Contre Pascal, Guintrand, etc pour avoir conspiré contre la république française, en pratiquant des manœuvres et ourdissant des complots dans les maisons d’arrêt de la Force, de l’Egalité, à l’effet de forcer les dites maisons d’élargir les détenus et dissoudre la représentation nationale en renversant le gouvernement révolutionnaire.

En conséquence, l’accusateur public requiert qu’il lui soit donné acte, par le tribunal assemblé, de la présente accusation ; qu’il soit ordonné qu’à sa diligence, et par un huissier du tribunal, porteur de l’ordonnance à intervenir, les dits prévenus ci-dessus dénommés seraient pris de corps et écroués sur les registres de la maison d’arrêt de la Conciergerie, pour y rester comme en maison de justice, comme aussi que l’ordonnance à intervenir sera notifié aux accusés et à la municipalité de Paris.

Fait au cabinet de l’accusateur public, le 17 floréal, l’an second de la République française, une et indivisible.

Signé : A.Q. Fouquier

L’ordonnance de prise de corps rendue le même jour par le tribunal assemblé contre les dits prévenus, le procès verbal d’écrou et de remise des personnes de tous les détenus dénommés dans l’acte d’accusation, dans la maison d’arrêt de la Conciergerie et la déclaration du juré portant :

« Qu’il est constant que les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal sont auteurs ou complices de la conspiration qui a existé au mois d’août 1792, dans la commune dite ci-devant château de Bésignan, district de Nyons, département de la Drôme, tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l’exercice de l ‘autorité légitime, par suite de laquelle conspiration des contre-révolutionnaires, réunis et retranchés au dit château, ont tiré sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la loi, condamne à la peine de mort les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal, conformément à l’article II de la 2° section du titre premier du code pénal, dont il a été donné lecture et ainsi conçu :

« Toutes conspirations et complots tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, ou contre l’exercice de l’autorité légitime, seront punis de mort. »

Déclare leurs biens acquis à la République, conformément à l’article II du titre II de la loi du 10 mars 1793, dont il a aussi été fait lecture et ainsi conçu :

« Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à la République et il sera pourvu à la subsistance des veuves et des enfants, s’ils n’ont pas de biens ailleurs. »

Ordonne qu’à la requête et diligence de l’accusateur public, le présent jugement sera exécuté, dans les 24 heures, sur la place publique de la Révolution de cette ville, imprimé, publié et affiché dans toute l’étendue de la République.

Fait et prononcé le 18 floréal, l’an II de la république française, une et indivisible, à l’audience du tribunal, où siégeaient les citoyens Pierre Noël Subleyras, vice-président, Charles Bravet et Jean Ardouin, juges, qui ont signé la minute du présent jugement, avec le commis greffier.

Au nom de la république, il est ordonné à tout huissier sur ce requis de faire mettre le dit jugement à exécution, aux commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils seront légalement requis, et aux commissaires du pouvoir exécutif d’y tenir la main.

En foi de quoi, le présent jugement a été signé par le président du tribunal et par les greffiers.

Signé :

Heimaix, président. JC. Lécrivain, greffier.

De Buis, Lieutenant de gendarmerie Chevandier de Valdrôme, guillotiné le 07.05.1794

Charles Barbier de Villecroze, ancien maire

Clément, notaire

Jean Jacques Thune, juge au tribunal de district de Nyons, âgé de 41 ans, natif de Paul-les-Fontaines, domicilié à Montélimar, département de la Drôme, condamné à mort comme contre-révolutionnaire, le 25 messidor an 2, par le tribunal révolutionnaire de Paris.

De Nyons, François Mathieu Auguste Romieu

Le 04 juin, Robespierre fut élu président de la Convention.

A la même date, Jean Blanchard et Jacques Arnaud de Bésignan, experts nommés par les Etats du Buis, accompagnés de Joseph Aubert et Joseph Etienne Reboul, fermiers du domaine de la Grange Neuve, appartenant à Duclos de Bésignan, en firent l’état des lieux :

  • – 1 porte d’entrée en bon état avec serrure fermant à clef.
  • – 1 porte pour monter à l’étage en bon état sans serrure.
  • – 2 étages.
  • – 1 loge à cochon.
  • – 1 loge à moutons.
  • – 1 écurie pour le bœuf.
  • – 8 quintaux de foin.
  • – 12 quintaux de paille.
  • – 1 terre en dessous de la grange, ensemencée de bled, d’environ 18 bleds froment, 3 eymines.
  • – 1 terre de pré de 6 eymines de bled et 4 eymines d’épeautre.
  • – 1 terre au Collet de 7 eymines ensemencée.
  • – 1 terre à Vercoiran, avec épeautre de 1,5 eymine.
  • – 1 terre à la Sagne, joignant celle au dessus de la grange, épeautre, 1,5 eymine.
  • – 1 pré adossé à la grange, faisant chemin entre deux.
  • – 1 terre au dessus de la grange en chaume, deux journées de labeur, 6 eymines de pommes de terre.
  • – 1 terre à l’adret en chaume, 6 journées de labourage, 1 eymines.
  • – 1 terre à La Casse, sans culture.
  • – 1 terre au Clot du pressoir, sans culture.
  • – 1 terre à La Gaspard, sans culture.
  • – 1 terre adossée au pré, sans culture.
  • – 2 coins de terre au dessus de la terre de la grange, sans culture.
  • – 1 vigne à l’adret, sans culture.

Le 08 juin eut lieu la fête de l’Etre suprême. Robespierre était à l’origine du culte de l’Être suprême, par lequel il prétendait donner à la vertu, principe et ressort du gouvernement populaire, un fondement métaphysique. Quatre grandes fêtes républicaines étaient instituées à la gloire des grandes journées de la Révolution: 14 juillet 1789, 10 août 1792, 21 janvier 1793 et 31 mai 1793. La fête de la Nature et de l’Être suprême inaugurait le nouveau culte, le 20 prairial an II (juin 1794).

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. etre supreme

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fête de l'être suprême

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. etre supreme

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fête de l'être suprême

Le 10 juin fut votée la loi du 22 prairial an II qui supprimait l’interrogatoire préalable et établissait la suspicion sans preuve matérielle d’« ennemi de la Révolution » pour finir sous la guillotine.

le 26 juin vit la victoire de Fleurus contre les Autrichiens.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fleurus

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Victoire de Fleurus

Du 27 juin au 7 juillet, eut lieu la vente aux enchères des biens nationaux.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. biens nationaux

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Vente des biens nationaux en Indre et Loire, région de Tours

Le paiement des biens pouvait se faire en dix ans avec un intérêt de 5% par an.

Vente des biens de Thérèse Delphine de Villardy de Quinson, veuve du président Limaye :

  • – 97.5 hectares estimés à 36.679 livres , vendus à 109.135 livres
  • – Grand Grange, avec 90 moutons et ses deux noyers, adjugée à Jacomin, avocat de Nyons et membre de la convention, mais attribué au dixième feu pour 52500 livres.
  • – Ancien four banal acheté par la municipalité mais qui sera cédé à la caisse d’amortissement, créée par la loi du 20 mars 1813 pour faire face aux besoins toujours croissant des guerres de la fin du 1er empire.
  • – Vente du château en petites parcelles : 20 eymines de terres au château, estimées à 1000 livres, furent vendues à 5000 livres au onzième feu.

Le château de Gouvernet fut quant à lui vendu comme bien national et transformé en ferme. Une immense cheminée munie d’un four à pain fut remontée dans la cuisine.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. gouvernet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Château de Gouvernet à St Sauveur Gouvernet

A cette époque il y eut l’intervention d’une « bande noire » de trafiquants qui restait maîtresse sur le marché. Pierre Martin Blanchard en faisait partie. Romieu, administrateur du département aussi, ainsi que Sautayra, député à la Législative puis à la Convention. Pierre Vigne, officier de santé, un « faiseur de petites étoffes », quelques manufacturiers et des aubergistes s’associèrent pour contrôler les enchères, acheter au plus bas et revendre ensuite par morceaux en faisant un bon bénéfice.

Le 29.06.1794 se déroula la vente des biens de Duclos sur Mirabel qui rapporta 671 livres 8 sous. Le total de la vente des biens de Duclos, concernant Mirabel, Nyons et L’Isle sur Sorgues rapporta un actif total de 44.348 francs dont 37.142 allaient servir à payer les créanciers.

Le 28 juillet, Robespierre, mourant, est guillotiné.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. robespierre

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Robespierre guillotiné

Le 24 août, Duclos père, qui croupit au fond de sa geôle, demanda pour la première fois officiellement, les motifs de son arrestation.

Nous n’avons pu trouver aucune trace précise des agissements du marquis de Bésignan dans les archives mises à notre disposition. Il campait, semble-t-il, dans l’entourage du prince de Condé, tout en se proposant pour soutenir les différents soulèvements populaires qui agitaient sporadiquement le Midi de la France. Ses haillons, son tempérament et sa verve méridionale étaient sûrement un handicap dans ce cercle d’aristocrates. Il est facile d’imaginer que ce fils des Baronnies jouait le rôle de trublion pour les yeux et les oreilles de ces seigneurs élevés dans les plus pures traditions.

La fin d’année fut marquée par :

– L’arrestation et mort de Condorcet.

– L’éxécution de Malesherbes, de Lavoisier, de Chénier.

– Le suicide de Chamfort.

– La libération de Sade.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. chamfort

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Chamfort

chenier

Chenier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. condorcet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Condorcet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. malheserbes et lavoisier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Jugement de Malheserbes et Lavoisier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Sade

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le divin marquis de Sade

(NDRL :

Une seigneurie médiocre s’afferme avec terres et redevances de 1000 à 2000 livres auxquelles il faut ajouter les revenus en nature. Les revenus moyens d’un « petit noble » sont de 2000 livres par an tous revenus confondus.

Par exemple : Grignan 14.330 livres

Aleau 11.060 livres mais 830 livres de charge

Merline près Valence 1700 livres

Cheylas à Marche 1975 livres dont 177 livres de charge)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Merci de nous laisser votre commentaire.
Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1795

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1795

Le 26 février, Marie Jeanne Martine Duclos, épouse du marquis, fut libérée de la prison de « Vienne la Patriote » en Isère, après avoir effectuée 27 mois de détention sans jamais être passée en jugement.

Le 6 mars suivant, l’arbre de la liberté de Crest fut endommagé, puis brûlé.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. arbre
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Emeute contre l’arbre de la Liberté

Et ce fut le premier avril qu’eut lieu l’insurrection parisienne contre la Convention, immédiatement. suivies de celles de Puy St Martin et de La Bâtie Rolland, les 02 et 11 du même mois.

Dans ce même mois d’avril, nous retrouvons le marquis de Bésignan à Lyon où il dirige « La compagnie de Jehu ».

« Pendant la période qui suivit la Terreur se constituèrent des bandes formées de royalistes et d’anciens Girondins qui après le 9 Thermidor, exercèrent de sanglantes représailles contre les complices de la Terreur. Dans ce contexte apparurent à Lyon et dans le Midi des agents royalistes constitués en sociétés secrètes. Parmi elles, la Compagnie de Jéhu appelée aussi par les historiens Compagnie de Jésus ou du soleil.

D’après l’ Histoire de la ville de Lyon de Montfalcon , c’est au mois d’avril 1795 que s’organisèrent à Lyon les Compagnies de Jehu. En mai 1795 elles massacrèrent une centaine de prisonniers qui avaient participé à la Terreur. Pour éviter le renouvellement ailleurs de faits de ce genre, les autorités firent transférer les prisonniers. On transporta en particulier des détenus de Bourg à Lons le Saunier et réciproquement. Ils tombèrent dans des embuscades et furent massacrés (30 germinal et 13 prairial An III).

Les auteurs des massacres de Lyon et de Bourg furent retrouvés. Un arrêté du Directoire exécutif du 13 messidor an V envoya devant le directeur du jury de l’arrondissement d’Yssengeaux (Roger Deschamps) plus de 120 individus compromis dans ces troubles et ces scènes sanglantes dont les départements du Rhone, de l’Ain, et du Jura avaient été le théatre. Les principaux accusés étaient Astier de Lyon, Gingenne également de Lyon, Picard, Piard et Pérussel du Jura, ils furent jugés devant le tribunal criminel du Puy (Haute Loire) le 8 germinal An VII. » http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=7552

Le 04 mai, on massacrait les Jacobins emprisonnés à Lyon.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. massacre Lyon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Massacre des Jacobins à Lyon

Le même jour, Joseph Dominique Bonnefoi, membre du directoire, paraphait les registres d’état civil des communes du district de Nyons.

Quatre jours plus tard, naissait au Poët Sigillat Jean Pierre Monnier dont la déclaration officielle en mairie se fera le 30 septembre 1809 soit 14 ans après !

Le 15 mai, naissait, toujours au Poët Sigillat, Louis Séguret dont la déclaration fera aussi l’objet d’un rattrapage le 30 septembre 1809…

Le 16 mai, un traité d’alliance était signé entre la France et la Hollande, tandis qu’à Paris des insurrections avaient lieu.

Condé reçoit l’ordre d’aller occuper le cantonnement de Mulheim en Brisga à deux lieues de Bâle. Son armée est maintenant à la solde de l’Angleterre et non plus de l’Autriche.

C’est à cette date que le prince de Condé tente de négocier avec Pichegru.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. pichegru
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Pichegru
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fauche Borel
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fauche Borel

Fauche –Borel rencontre Montgaillard et Antoine Courant à Neufchâtel pour convenir d’un plan de négociation. Montgaillard, qui se fait appeler le comte de Montgaillard, s’appelle en réalité Jean Marie Roques. Il appartient à une famille honorable du Languedoc, ayant simplement des alliances dans la noblesse locale. Après avoir fait six ans de guerre en Amérique, on le retrouve capitaine en second dans le régiment d’auxerrois. Il avait quitté la France pour Londres le 3 septembre 1792. Mais on le retrouve dans Paris en 1793 et 1794, où il est logé dans l’hôtel de Malte, sis rue de la loi. Il est décrit comme « petit homme au teint pâle avec une épaule contrefaite

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. wickham
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. John Wickham

Wickham, l’agent anglais, est à Berne en juillet. Il donne ses ordres de virement à une banque de Lausanne, tenue par Mr Marcel et Carrard. Les relations sont difficiles car un foyer de dénonciation est né à Bâle chez le secrétaire de légation, Bacher, agent révolutionnaire chargé de propager les idées révolutionnaires en Suisse et en Allemagne. Chacun va donc prendre un nom d’emprunt pour éviter les poursuites :

  • Wickham = bleuet
  • Montgaillard = Pinault
  • Pichegru = banquier
  • Autrichien = Y

Le 23 mai, les royalistes se rebellaient au Buis. Les arbres de la liberté avaient été brûlés ou coupés à la hache, un peu partout, en mars et avril.

Toujours au Poët Sigillat, naissaient le 4.06.1795, les jumeaux, Jean et Margueritte Ballot qui feront l’objet de deux déclarations !

Bertrand de Montfort fit pression sur la municipalité de Buis pour désarmer 18 terroristes le 6 juin. Mais 72 citoyens de la ville demandèrent alors la destitution du conseil municipal. Le directoire du département contesta la validité démocratique des pétitionnaires et rétablit les officiers municipaux.

Le 8 juin, mort de Louis XVII, au Temple.

(Bonjour. Le faux Louis XVII est mort le 8 juin 1795 et non le 3, comme vous l’indiquez. Salutations. JC Pilayrou, jcmp@hotmail.fr. A lire : http://louisxvii.canalblog.com/)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. mort de louis XVII au temple
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Mort de Louis XVII au Temple

Le 23 juin, les émigrés débarquèrent à Quiberon et le Comte de Provence, devenu Louis XVIII, affirma sa volonté de restaurer la monarchie absolue «sans les abus».

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Débarquement à Quiberon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Débarquement à Quiberon des troupes émigrées

Il réside alors à Vérone, est appelé jusqu’alors Monseigneur le Régent par les émigrés. Ses conseillers sont désignés à l’époque :

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. comte de Saint Priest
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Comte de Saint Priest

Le comte de Saint Priest, ministre de son frère, qui est actuellement ministre chargé de mission à St Petersbourg et à Vienne et qui restera éloigné jusqu’en 1797.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. duc de La Vauguyon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Duc de La Vauguyon

Le duc de La Vauguyon qui arrive en 1796.

Il va rejoindre dans cette cour de Vérone le comte d’Avaray, le duc de Villequier, le duc de Fleury, le marquis de Jaucourt, le baron de Flaschlanden et le comte de Cossé.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. marquis de Jaucourt
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Marquis de Jaucourt

Le comte d’Avaray est l‘éminence grise du nouveau roi, bien qu’il ne siège pas au début dans le conseil du roi, formé par le maréchal de Castries, le marquis de Jaucourt et le baron de Flaschladen. La Vauguyon va s’efforcer de détruire ou de paralyser cette influence en lui proposant de rentrer dans ce conseil.

Mais d’Avaray, qui a accompagné le comte de Provence, maintenant Louis XVIII, dans sa fuite de Paris, lors de la nuit du 20 au 21 juin 1791, est un ami fidèle, un vrai frère d’exil. Il est décrit comme un homme d’honneur, incapable de bassesse, ennemi de l’intrigue. Il répugne à se servir d’agents étourdis ou sans scrupule.

Pendant le séjour du roi à Vérone, l’agent du Directoire, Bacher, traque les émigrés à Bâle.

Fauche-Borel signale dans ses mémoires, page 270, tome 1, que le marquis de Bésignan envoyait régulièrement des rapports vantant les progrès de l’esprit monarchique dans le Comtat, au cours de l’été 1795.

Pendant les mois de mai et juin, le marquis de Bésignan, sans ordre et donc sans soutien officiel, vint participer à un mouvement insurrectionnel dans la région de Bourges. Il voulait profiter de ce complot pour s’emparer de la citadelle de Besançon et par cette occasion, nous le pensons, faire reconnaître ses talents et être enfin écouté de ses maîtres. Seulement, sa correspondance ayant été saisie sur un postillon, le marquis dut aussitôt renoncer à son projet. Recherché par la police, il se cacha quelques temps à Lyon .

Presque deux mois plus tard, dans la région de Buis les Baronnies et de la vallée de l’Ouvèze, une bande royaliste prit pour emblème le drapeau blanc et pour nom «Compagnie du Soleil». Elle avait adopté pour devise : « Nous commençons à y voir clair ». La bande s’était armée et se rendit les 02 et 03 août chez des particuliers connus comme fervents révolutionnaires. Ceux-ci n’eurent que le temps de prendre la fuite pour se réfugier à Cost dans une grange appartenant à Blanchard. Ils y furent découverts le 05 août par leurs ennemis, qui, de leur propre chef, arrêtèrent les prétendus «terroristes». Ils les amenèrent à la maison d’arrêt et obligèrent le gardien, Joseph Charreiron, à les incarcérer.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. compagnie du soleil
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Compagnie du soleil

Malheureusement pour eux, le 14 du même mois, un arrêté du directoire du département ordonna la libération des citoyens illégalement incarcérés. Ainsi les 19 royalistes furent interpellés par un corps de gendarmerie spécialement formé pour la dissolution de la « Compagnie du Soleil ». La fin de cette révolte n’intervint en fait que vers le 27 août.

Le 02 septembre, le marquis de Bésignan, Pierre Charles Joseph Marie Duclos, fit une demande officielle au district de Nyons pour être rayé de la liste des émigrés. Caché dans les derniers milieux royalistes de Lyon, il fournit, comme preuve de sa bonne foi, un certificat de résidence sur Lyon où il prétendit habiter depuis le 08 septembre 1792 et ce jusqu’au 11 janvier 1795. Mais deux lettres, annexées au dossier et datées du 13 août 1792, l’une timbrée de Berne et signée Maurice, l’autre timbrée de Rome mais non signée, vinrent contrecarrer ses espoirs. Ces courriers servirent de preuves accablantes et la demande fut refusée.

Bonaparte, général de l’armée d’Italie, vole de victoires en victoires. Il demande alors l’expulsion du roi de la ville de Vérone, sur ordre du Directoire. Le roi rejoint alors l’armée de Condé à Riegel, Mannheim, dans les états de Baden, enclave de Brisgaw. Il s’installe dans le palais du prince de Schwartzenberg. Cette arrivée de Louis XVIII donne un regain aux activités des royalistes. Wickham rejoint aussi la cour du roi de France.

Le premier octobre, les Français occupaient la Belgique.

A cette époque, débutent les premières négociations de Montgaillard avec le général Pichegru. Montgaillard est déjà en relation avec le comte d’Antraigues.

Le 05 octobre 1795, Bonaparte rétablit l’ordre à Paris. Il aida à écraser l’insurrection royaliste contre la Convention.

Insurrection
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Après l’échec de l’insurrection du 13 vendémiaire (5 octobre 1795), les mesures contre les émigrés, les prêtres réfractaires et les contre-révolutionnaires sont renforcées. Il y a des agents royalistes dans tout le pays. L’Angleterre fournit l’argent nécessaire pour acheter les appuis. Ainsi, Condé négocie avec Pichegru et l’armée du Rhin. Pendant le même temps, les royalistes de Lyon et du Sud Est annoncent un soulèvement imminent avec le soutien de Kellermann. Une lettre de Teissonnet à Wickham, deux célèbres émissaires royalistes, datée du 21 septembre 1795 parle de l’insurrection du Vivarais, des Hautes Cévennes et du Gévaudan.

Le 13 novembre 1795, Imbert-Colomès écrit à Louis XVIII qu’il aura, en trois jours, 40 000 hommes prêts à se battre sur 5 à 6 départements. Cette troupe sera sur pied de guerre en décembre. Ce royaliste de terrain veut une lettre signée de main du roi pour agir avant l’arrivée de Précy.

Le 18 novembre 1795, Bésignan, qui intriguait auprès de Condé pour avoir un commandement, est surpris en passant la frontière et laisse entre les mains des douaniers un manuscrit volumineux et une abondante correspondance qui révèle une partie des plans d’Imbert-Colomès. En fait, il s’agit d’un projet de soulèvement des contrées de l’Est, longuement organisé par l’agence de Souabe avec le concours de Wickham. Bésignan se les ai approprié lors d’un séjour en Suisse. Il les avait ensuite proposé au roi comme son œuvre personnelle, mais, dans ses allées et venues incessantes à travers les frontières, il venait de se faire prendre.

A la fin du mois de novembre, la découverte de ce complot sur Besançon entraîne une vague d’arrestations dans les milieux royalistes mais les chefs arrivent à fuir pour la Suisse ou gagnent les montagnes. Imbert-Colomès qui a fuit à Lausanne, écrit au prince de Condé au sujet de Duclaux :  « Si le Directoire exécutif avait été jaloux de la faire arrêter, c’aurait été chose facile, ce qui ferait présumer Bésignan capable de trahison puisqu’il est encore libre. » . La mémoire de notre marquis mérite probablement d’être lavée de ce soupçon, exprimé par un désappointement évident. Bésignan avait trop de comptes à rendre aux tribunaux pour espérer sauver sa tête sur le prix d’une délation. Il est surtout coupable de ses imprudences légendaires. Il se sait en disgrâce auprès du roi et surtout auprès de son protecteur, le prince de Condé. Il choisira les camps du Velay et du Forez, évitant de croiser ainsi le chemin d’Imbert-Colomès.

Deux clans se distinguent alors: les aventuriers qui ont pris part à l’insurrection armée et les pondérés qui préfèrent gagner la confiance populaire, pénétrer les administrations pour ensuite renverser la constitution et rétablir la monarchie.

Les plus extrémistes se réfugient dans la région de Jalès et aux confins de l’Ardèche, du Gard et de la Lozère. Ils sont désavoués par les princes et les agents de l’Angleterre car ils se livrent pour la plupart aux pillages et établissent une contribution forcée aux acquéreurs de biens nationaux. La haine augmente entre les « royalistes, muscadins, chouans ou brigands » et les « terroristes, anarchistes ou buveurs de sang ». Les attaques à main armée et les assassinats se répètent. Le 23 septembre 1795, les arbres de la Liberté sont arrachés dans le canton de Lamastre par un bataillon de 300 hommes. Le 1er décembre, un complot royaliste pour attaquer Villeneuve de Berg est découvert. En réponse, les jacobins, maîtres de cette ville, ordonne la perquisition dans plusieurs maisons suspectes. La journée comptera de nombreux blessés. Le 21 décembre, le département y envoie un détachement de trente hommes avec un officier de gendarmerie afin d’assurer la sécurité. Les incidents, de plus en plus violents, font tâche d’huile dans tout le Sud ; Joyeuse, Bourg Saint Andéol, Annonay.

Fin de la Convention.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1796

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Les insurrections royalistes se multiplient dans le Sud de la France pour ces années 1796 et 1797.

Marseille, Nîmes, Aix, Toulouse, Le Puy, Tarascon.

Haute Loire, Vivarais.

Languedoc, Lyon, Provence, Cévennes; Chauffeurs, Compagnons de Jésus ou autres.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les chauffeurs en action
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. insurrect
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Insurrection royaliste

On retrouve dans la liste des agitateurs :

Le marquis de Bésignan : « véritable énergumène, bavard, agité » qui entreprend de soulever Lyon et de former une ligne qui s’étendrait de la Franche Comté à la vallée du Rhône pour faciliter l’invasion des autrichiens par les frontières de l’Est.

Le baron de St Christol, originaire du Comtat, qui veut s’emparer des grandes villes du midi.

Le chevalier de Lamothe qui mène une guerre d’escarmouche.

Le marquis de Surville, ancien officier au régiment de Picardie, à ses heures poête et à la nature chevaleresque.

Le chevalier Durieu dit le chevalier de la Lune.

Le comte de Cassaniouze, Pellamourgue.

Dominique Allier, frère de l’ancien prieur de Chambonas, fusillé avec Charrier.

Ce sont tous des royalistes dans l’âme mais ils sont rebelles à toute discipline. Ils s’irritent des ordres donnés car ils sont imbus de tous les préjugés sur les émigrés. Cependant, ces ordres, ils vont les chercher en Angleterre, auprès du comte d’Artois, en Suisse auprès de Condé, à Vérone puis à Blanckenberg auprès du roi. Louis XVIII avant de quitter Vérone avait constitué deux agences pour représenter les intêrets de la couronne.

L’agence de Suisse (puis de Souabe) est dirigée par trois hommes :

Le comte de Vezet, ancien président du parlement de Besançon.

Le général de Précy, organisateur de l’insurrection de Lyon.

Imbert-Colomès, ancien maire de Lyon, mais actuellement élu député aux Cinq Cents.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. imbert_colomes
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Cette agence vit des fonds anglais, versés par Wickham, qui sera remplacé plus tard par Crawford, commissaire du cabinet britannique installé en Suisse. La Banque Martin de Genève est le lieu de passage des finances necéssaires.

L’agence de Suisse est placée sous le contrôle de l’armée de Condé qui campe sur les bords du Rhin avec l’armée autrichienne.

Cette antenne est chargée de provoquer et de soutenir les mouvements royalistes de l’Est et du Midi ; Alsace, Franche Comté, Lyonnais, Velay, Languedoc et Provence. Ses agents travaillent aussi à obtenir le ralliement des généraux républicains ; Pichegru, Hoche, Moreau, Kellermann et Willot.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. hoche
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Hoche
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. kellermann

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Kellermann

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. moreau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Moreau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. pichegru
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Pichegru

Pichegru avait déjà rencontré le prince de Condé en septembre 1795. Une transaction financière avait été proposée en échange d’un ralliement mais les fonds avaient été détournés par les deux agents chargés des négociations, Montgaillard et Fauche-Borel.

De même, le comte d’Antraigues, agent du roi à Vérone, avait livré le secret de ces transactions au général Bonaparte.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. antraigues
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le comte d’Antraigues

L’agence de Paris est chargée de gérer les insurrections de l’Ouest. Elle avait été instituée en 1794, sur les conseils du comte d’Antraigues! Où l’on voit que les rapports sont faits d’intrigues et de fourberie… Le comte d’Antraigues est maintenant à Venise sous la protection de la Russie. Il prend le titre de ministre du régent. Il est chargé des relations entre Londres, Paris et Madrid.

Cette agence de Paris est en fait l’organe des princes émigrés. Elle est dirigée par quatre personnes ; l’abbé Lemaître, qui sera remplacé par de La Villeheurnoy, l’abbé Brottier, le chevalier Despomelles et Duverne de Praile. Elle reste en relation avec l’Espagne jusqu’à la paix puis Londres par l’intermédiaire de Dutheil. L’agence de Paris fait aussi appel à Imbert-Colomès qui est maintenant élu aux Cinq Cents. Ses relations sont très serrées avec Londres, la Suisse, Blanckenberg, la Normandie et la Bretagne. Ses principaux émissaires sont le prince Louis de La Tremoille, le comte de Rochecot, le comte de Bourmont, le prince de Carency, Fauche Borel, libraire de Neufchatel en Suisse, qui avait joué un rôle dans les négociations avec Pichegru, et l’abbé André dit l’abbé de La Marre qui servira fidèlement pendant les six années suivantes.

La fin du mois de janvier 1796 est terrible pour la ville de Largentière. Le 22, une émeute aux cris de « Vive le Comte d’Artois ! La nation sous les pieds ! Vive la famille royale ! Au diable la convention ! Vive le roi ! » fait de nombreuses victimes. Cinq jours plus tard, une foule de 200 à 300 paysans tente d’investir la ville. Après une fusillade nourrie avec la garnison de la prison, les assaillants sont obligés de se replier. Le 2 février, un détachement de 60 hommes arrive pour rétablir l’ordre. Mais 4 jours après, les délégués du département ordonnent la libération des prisonniers et inculpent le juge de paix de Largentière pour « procédure illégale ».

De même, le 5 février 1796, un affrontement avec les républicains à Lamastre renforce les tensions entre les pro- et anti-révolutionnaires.

L’autre camp se trouve devant une tâche beaucoup plus délicate pour éviter les foudres du pouvoir exécutif qui les soupçonne, à raison, de connivence avec les contre-révolutionnaires. Cependant, ils réussissent lors des élections à évincer les derniers républicains dans des villes comme Les Vans, Lamastre, Bourg Saint Andéol, Aubenas, Sumène, Vernoux, Joyeuse, Bannes et Privas. Cette dernière est d’ailleurs considérée alors comme « un nouveau Coblenz ». Ainsi, par le suffrage républicain, les administrateurs du département de l’Ardèche se comptent désormais dans le camp royaliste. En particulier, il faut citer, outre Châteauvieux, Viguier, agent du Comte d’Antraigues et beau-frère d’émigré. Cette prise de pouvoir se traduit par un assouplissement des sanctions révolutionnaires. La rentrée clandestine des émigrés est simplifiée par la délivrance sans contrôle de certificat de résidence et de civisme. L’Ardèche devient réputée pour ses mesures et des gens viennent de toute la France solliciter ces indispensables sauf-conduits. Dans certains cas, quelques passeports en blanc sont adressés à l’étranger pour favoriser le retour de familles nobles. De même, l’administration centrale protège les déserteurs en leur fournissant de faux documents. Au 7 juillet 1796, un rapport établit à 6000 le nombre d’hommes échappant aux armées de la république. Dans la même politique, le conseil de l’Ardèche ferme les yeux sur les prêtres réfractaires, ceux qui ont refusé de prêter serment à la révolution. Au début de l’année 1796, il ne reste dans le département que 5 à 6 prêtres de la constitution civile. Ils vivent dans la misère, ignorés par la population et privés de toute ressource. L’abbé Vernet obtient ainsi 125 rétractations de curés assermentés. Au début de l’année 1797, le culte dans les églises a repris, les curés tiennent à nouveau les registres de l’état civil et la population peut participer sans crainte aux processions religieuses.

Les incidents provoqués par les bataillons royalistes sont minimisés par les administrateurs qui tentent de calmer la frange jacobine qui hurle sur le peu d’empressement dans les procès des contre-révolutionnaires capturés. Les délégués du département en profitent même pour encourager la haine qui se fait jour envers ces derniers républicains au pouvoir. Sentant le danger, ceux-ci préfèrent rester sur la touche, ne pouvant que constater que le département de l’Ardèche venait de devenir un fief monarchique.

Le 25 février 1796, la rumeur évoque des rassemblements suspects autour de la région de Bannes. Les républicains craignent une nouvelle Vendée mais l’administration centrale, soutenue par la députation de l’Ardèche, rassure le ministre de la police. A cette date là, les chefs républicains de l’Ardèche, Châteauneuf, Randon, Motte, Gleizal et Saint Martin, n’ont plus les oreilles de leurs supérieurs.

A partir d’avril 1796, le département est infesté par les agents royalistes. Le plus connu, car le plus actif, est sans doute Dominique Allier, autrement connu sous les noms de Bertrand, Thomas ou François. Il possède à lui seul un palmarès impressionnant. Son frère, Claude, a été un des chefs de la conspiration de Saillans. Un autre frère, Charles, s’est battu au siège de Lyon mais a été fusillé. Quant à Dominique, il ne peut renier la fratrie. En juillet 1792, il est commandant, avec le chevalier de Melon, que l’on retrouvera au siège de Lyon, au bois de Courcy, près de Jalès. Au début de l’année suivante, il sera arrêté à la suite de l’affaire de Saillans. Le 24 août 1793, il est à nouveau arrêté, en Lozère cette fois-ci. Après une nouvelle évasion, il se retrouve sous les ordres de Précy au siège de Lyon. En septembre 1794, il est dénoncé et arrêté à Pont de Cèze alors qu’il préparait une attaque sur Alès. Il réussit à retrouver sa liberté et un an plus tard, il se trouve en Suisse pour réclamer un soutien financier auprès des agents Imbert-Colomès et Wickham. Trouvant bourse fermée, il revient en Vivarais au début de 1796. Il se déplace sous le déguisement d’un colporteur et regagne ainsi sa base dans la région de Bannes, de Berrias ou dans la forêt de Bauzon.

Dans ce clan d’«agitateurs», outre Dominique Allier, qui transmet les ordres en rapport avec le camp émigré, nous retrouvons à cette époque :

Perrochon, Fontanieu dit La jambe de Bois, Pagès, Ducros, Fabregat et Crégut. Ces personnages sont très populaires dans la région de Bannes, Berrias, Courcy et St Amboix, villages qui se trouvent à l’Est de Viviers, entre Joyeuse et Alès.

Claude Donnat Duny dit le roi de Bauzon, Claude Brun du Biage dit le Petit Saillans, Deygout-Lachamp. Ce sont les chefs des brigands et des contrebandiers qui se cachent dans les montagnes. Ils seront plusieurs fois condamnés à mort.

La troisième faction est représentée par les émigrés, la plupart chassés de Lyon. Les deux frères Verron, Laforest fils, le marquis de Saint Just, Deroudilhe la Vermalette, Durieu dit le chevalier de la Lune. Nous pouvons aussi citer le chevalier de Lamothe. Celui-ci arrive des confins du Velay et du Forez. Au début de l’an IV, il a tenté de soulever Yssingeaux. Son échec l’a renvoyé sur Lyon, où il trouve un nouveau refuge. Malheureusement, la découverte du plan d’Imbert-Colomès, transporté il faut le rappeler par le marquis de Bésignan, l’oblige à fuir encore, et cette fois dans le Vivarais. Un autre personnage, émigré en 1792, est le marquis de Surville qui, en mai 1796, se fait nommer « commandant par le roi de l’armée du Midi ».

Le marquis de Bésignan, au milieu de cet aréopage, aide le comte de Saint Christol et l’ex-prieur Béranger, qui harcèlent les républicains sur la rive gauche du Rhône.

Cette alliance entre vrais royalistes et brigands trouve sa pleine efficacité à partir du printemps 1796. Le recrutement de volontaires bat son plein. Les émigrés proposent 20 sols par jour ou 6 louis d’or pour la durée de la campagne, c’est à dire bien au-dessus de ce que peuvent faire les républicains. Les bruits courent, lancés par ces activistes, sur l’imminence d’un soulèvement des neuf départements du midi, sur l’écrasement total de l’armée républicaine et sur l’invasion prochaine des ennemis massés à la frontière.

Le 3 mars 1796, une lettre de Serrière, commissaire du pouvoir exécutif du département de la Lozère, est envoyée à son confrère de l’Ardèche. La ville de Mende s’émeut de l’arrivée d’étrangers en nombre et des rassemblements qui se font jour dans la région de Bannes. Cette lettre évoque pour la première fois le mot de « seconde Vendée ». Le chiffre de 3000 rebelles, dans cette zone entre l’Ardèche et la Haute Loire est avancé. Leur soutien financier serait assuré par la Suisse.

Dans le même temps, l’administration du département de la Drôme lance un arrêté imprimé à Valence. Ce document est diffusé dans les départements voisins pour information aux citoyens de son ressort. La Drôme demande l’aide des administrations municipales pour former un détachement de 50 hommes dans chaque canton et l’établissement dans toutes les communes de piquets extérieurs chargés de vérifier les passeports.

Sur un ton identique, Mabant le jeune, commissaire du directoire exécutif du Gard, à Nîmes, écrit le 17 avril 1796 à son collègue ardéchois. Il s’interroge sur le rassemblement de Bannes et soupçonne ouvertement dans ses phrases l’Ardèche de favoriser cette « nouvelle Vendée ».

En avril 1796, les préparatifs aux combats sont évidents. Les dépôts d’armes se constituent sous l’œil «bienveillant » de la gendarmerie.

La guérilla est à son apogée. Allier, fort d’un quartier général solide dans la région de Bannes et Barjac, se donne comme objectif Pont Saint Esprit et Nîmes. Béranger réclame les renforts de la rive gauche, dans lesquels se trouvent Pierre Duclos de Bésignan. Lamothe, en relation avec les bandes de la Haute Loire et de la Lozère, soulève la montagne. Le Petit Saillans vise Le Puy en Velay. Degout-Lachamp est chargé de Largentière et Joyeuse, à la tête d’une troupe de 300 hommes. Mais, le 4 avril 1796, ce dernier dévoile les plans au juge de paix de Jaujac, le sieur Blachère. Le général Motte renforce alors les garnisons de Joyeuse, mettant un terme aux hostilités.

Pendant ce temps, les actions continuent sur les autres fronts :

Le 7 avril, les membres du comité de correspondance de la société populaire de la ville de Pont Sur Rhône écrivent aux administrateurs du district d’Aubenas. Ils signalent qu’un des chefs fédéralistes du Gard est en train de fuir vers Aubenas. Il se nomme David Jouquier, 40 ans, et répond au descriptif suivant : «5 pieds, visage rond et plein, menton rond, cheveux noirs».

Le 16 avril 1796 : Allier, Perrochon, Fontanieu et Béranger attaquent Barjac, dans le Gard, avec une troupe de 300 soldats. Ils arrivent à désarmer la garnison, abattent l’arbre de la liberté et s’empare d’un canon. Se trouvant en nombre insuffisant, ils ne foncent pas vers Pont Saint Esprit et se retirent sur Berrias et Bannes.

Le 17 avril, donc, une partie de la troupe, forte de 150 hommes et un canon, traverse le village de Berrias.

Le même jour, la montagne, aux confins de la Lozère et de la Haute Loire est insurgée.

Le 18 avril 1796 : Le général Motte, qui a réquisitionné les gardes nationales, marche sur Barjac. La garnison des Vans culbute les chouans à Bannes. Au cours de ce combat, Dominique Allier est blessé.

Le 19 avril 1796 : A St Laurens les Bains, 60 hommes avec « fusils, tant de chasse que de munitions, et armés de sabres » s’emparent du village aux cris de «vive le roi, à bas la nation! ». Ils cherchent à libérer un prisonnier capturé à St Etienne de Lugdarès et abattent l’arbre de la liberté.

Le 20 avril 1796 : 200 royalistes, commandés par Petit Saillans et St Just, attaquent Montpezat mais se retirent rapidement. Le lendemain, un prisonnier, Jean Baptiste Brusse, est interrogé par le juge de paix, en la personne de Pierre Louis Chalas. Il donne le nom de ses deux chefs.

Le même jour, Laurent Ceysson lance ses « cocardes blanches » à l’assaut de Ste Eulalie.

Le 24 avril 1796 : Le général Motte pénètre dans la forêt de Bauzon en faisant jonction avec les bataillons de la Haute Loire. Tous les brigands ont disparu.

Le 3 mai 1796, sur les berges du lac d’Issarlès, une proclamation officielle est lancée par les généraux de l’«  l’Armée Royale et Chrétienne d’Orient».

Le 10 mai 1796, un des meneurs royalistes, Jean Baptiste Deygout dit Lachamp, 39 ans, est capturé. Son interrogatoire, daté du 26 du même mois, permet d’établir la liste nominative des principaux chefs de l’insurrection :

Vincent Thibon, Combaluzier, Fontagnet dit Jambe de Bois, Laforest dit Chopagne et Dominique Allier.

Combaluzier semble être responsable des recrutements.

L’état major est ainsi dessiné :

Dominique Allier général en chef

Fontagnet dit jambe de bois général

De Vernon, émigré général

Laforest dit Chopagne commandant

Le 3 mai 1796 : Chateauneuf Randon, un des commandants militaires, rentre à Privas sans passer par la montagne car Allier s’est vanté de le capturer, lui et son escorte.

Certains chouans sont pourtant emprisonnés mais ils arrivent pratiquement tous à retrouver leur liberté. Ainsi, Perrochon s’évade le 31 mai 1796. Pagès et Crégut se trouvent des complices dans l’escorte chargée de les accompagner. Ils seront arrêtés à nouveau quelques mois plus tard. Lamothe-Pongard, frère de Lamothe sera acquitté par le tribunal criminel mais, repris à la fin de l’an IV, il sera fusillé à Montpellier.

La guérilla évolue sur le terrain. Les actions sont menées par des bandes armées de 10 à 20 hommes qui opèrent de façon indépendante.

En juin 1796, de nouveaux rassemblements sont signalés dans la région de Bannes mais les royalistes sont inquiets car ils perdent le contrôle de leurs troupes dans des combats qui évoquent plus le banditisme et l’anarchie que l’ordonnancement de l’armée royale. Ils demandent alors au roi un commandant en chef pour les troupes du Vivarais et des Cévennes. Ils désignent comme émissaire Surville qui se rend auprès de Louis XVIII à Mannheim à la fin de l’année 1796. Le roi est alors expulsé, sur ordre des autrichiens, de la ville et rejoint l’armée de Condé en Allemagne. Bésignan se rend en premier auprès du prince de Condé pour lui exposer le but de son voyage. C’est après l’avoir entendu, que Condé le renvoyait au roi, car le roi, seul, pouvait se prononcer sur la proposition qu’apportait Bésignan. A cette époque, les messages sont codés en partition de musique, où un chiffre donne la clef à utiliser pour les notes.

L’Autriche va rompre l’armistice et passer le Rhin fin mai, puisque les armées de Pichegru et Moreau sont favorables. Mais Pichegru se retire en Arbois en juin 1796. Son nom de « guerre » est Baptiste et les correspondances secrètes se multiplient entre lui et Wickham, surnommé « Bluet ».

Fauche Borel arrive à Lons le Saunier le 23 juin puis à Arbois pour rencontrer Pichegru. Il passe par les montagnes grâce à la famille Michel et ses trois garçons et s’arrête à l’auberge du Villers.

Malheureusement, en juillet, les armées vendéennes se rendent au général Hoche, libérant ainsi plusieurs milliers de soldats qui peuvent venir renforcer le théatre des opérations sur la frontière allemande.Le roi part ensuite pour Blanckenberg car l’Autriche, qui a tenté de passer le Rhin, bat en retraite. Moreau vient de battre en effet l’archiduc Charles à Kehl le 5 juillet.L’armée de Condé s’est réfugiée en Bavière.

Le 2 septembre Montgaillard arrive à Venise dans l’espoir de rencontrer Bonaparte. Montgaillard essaie de voir le comte d’Antraigues, alors attaché à la légation russe de la république de Venise. Il lui propose de séduire Bonaparte, alias Eléonore, par les mêmes procédés que ceux utilisés dans les négociations avec Pichegru. Le comte d’Antraigues évite de rencontrer ce personnage à la réputation déjà bien douteuse.

La multiplication des opérations militaires en Allemagne au cours du mois d’octobre empêche toute relation entre l’Autriche et les royalistes.

Le 2 octobre, Condé bat à son tour Moreau à Bribach, sauvant l’armée autrichienne d’une défaite certaine. Condé part établir son quartier général à Mulheim.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Cavalerie de l’armée de Condé
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Armée de Condé

Le 15 décembre, Montgaillard rejoint Bonaparte à Milan.

En cette fin d’année 1796, l’abbé de La Marre arrive à Blanckenberg, nouvelle résidence de Louis XVIII, après un séjour à Londres et à Paris. Il vient soutenir l’idée d’un renforcement de la diplomatie avec négociations secrètes et propagande ouverte auprès du peuple français, lassé des excès de la guerre. Il favorise cette solution en dénigrant la branche armée. Le roi décide alors d’unir les différentes forces royalistes intérieures en créant trois agences qui devraient agir de concert à partir de novembre 1796 :

Une agence : Franche Comté, Lyonnais, Aubergne, Forez.

Deuxième agence : provinces méridionnales

Ces deux agences sont pacées à Constance puis partiront à Augsbourg, sous la présidence de de Vezet, Dandé, Imbert Colomès et Précy.

La troisième : le reste du royaume, dirigée par les commissaires de Paris: Brottier, Duverne de Presle et la Villeheurnoy.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1797

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Le petit général vient de remporter une victoire qui le rendra célèbre le 14 janvier 1797. Rivoli et l’écrasement des Autrichiens ont un retentissement énorme.

Le marquis de Bésignan arrive à Blankenberg au début de l’année.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Château de Blakenberg

Le roi est à ce moment beaucoup plus favorable à une attitude d’attentisme. Il ne veut pas soutenir un combat officiel et préfère laisser agir les mentalités. Les principaux dirigeants révolutionnaires semblent prêts à accepter le retour d’un régime monarchique adouci. De plus, la médiocrité des résultats obtenus par les chefs, incontestés jusqu’alors, des insurrections royalistes à l’intérieur du territoire français laissent à penser qu’il faut maintenant s’appuyer sur de nouvelles têtes. Quitte à les chercher dans un monde théoriquement opposé.

La Prusse et l’Espagne ont conclu la paix avec la France. L’Angleterre négocie dans le même but. La Russie, quoique favorable aux Bourbons, n’est pas décidée à prendre les armes. Si l’Autriche ne les a pas encore déposées, c’est qu’elle est dans l’espoir de démembrer la France et bouleverser ses frontières.

Le roi ne peut donc compter, pour conquérir son trône, que sur le dévouement de ses sujets et sa propre habileté. Ce sont les propos soutenus entre autres par l’abbé de la Marre, le comte d’Avaray et le baron d’André, fidèles serviteurs de la cause royale qui croient à la négociation possible avec certains membres du Directoire, du conseil des Anciens et de celui des Cinq Cents. Cet abbé de La Marre est à cette époque là déjà dans les salons de Blanckenberg. Un tel langage a suffi pour éclairer le roi sur l’inefficacité comme sur le prix des mouvements insurrectionnels.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le conseil des Cinq cents

C’est donc dans cette ambiance circonspecte que le marquis de Bésignan arrive, à l’improviste, au camp de Blanckenberg.

Sa réputation l’a précédé.

Employé par le prince de Condé dans ses rapports avec les royalistes de France, sa conduite, jugée bien souvent imprudente, ne pouvait pas encore remettre en cause son dévouement.

Son caractère fougueux, son langage exalté et ses bravades faisaient partie de son personnage. Mais il était aussi réputé pour accomplir tout ce qu’il promettait de faire. Envoyé par le prince de Condé, il allait être reçu par le roi et ses conseillers.

Le 12 janvier 1797, le comte d’Avaray rédige le compte rendu qu’il vient d’avoir avec Pierre Duclos. Ce rapport doit être soumis au conseil du roi qui devait se réunir le lendemain.

Le marquis de Bésignan était, à l’en croire, intimement lié avec le comte de Grabianka, noble polonais établi depuis 1783 en Avignon. Depuis le commencement de la révolution, il avait rendu d’éminents services aux royalistes au prix même de sa fortune. Pour mieux les servir, il entretenait même des relations avec certains chefs du parti révolutionnaire; Carnot, La Revellière, Letourneur de la Manche, Isnard, Rovère et bien d’autres. Il arrivait à leur faire admettre qu’une victoire des monarchistes était encore possible et qu’il leur fallait ménager leurs arrières. Les principaux membres du Directoire, et plus particulièrement Barras et Carnot, semblaient eux aussi prêts à négocier. Cependant, ils refusaient de le faire directement et avait besoin d’un intermédiaire et éviter les agents royalistes de Paris. Le comte de Grabianka était le seul à trouver grâce à leurs yeux.

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Carnot

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La Revellière

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Letourneur de la Manche

Le marquis de Bésignan était donc un simple émissaire.

Il venait chercher une personne de confiance munie de pouvoirs royaux pour entendre les propositions qui seraient faites par les membres du Directoire et du conseil des Anciens afin de leur assurer le pardon du roi. Pierre Duclos ajouta que la personne qui serait désignée trouverait à Lausanne tous les passeports et les titres nécessaires pour circuler librement.

Bien que le projet présenté par Bésignan ne pouvait mieux tomber dans ce vent nouveau qui soufflait dans l’entourage royal, le comte d’Avaray reste suspicieux. Il était surtout étonné que le marquis puisse se présenter sans aucune preuve tangible de ses projets, sans aucun écrit ou même témoin. La mise sur la touche des agents de Paris, qui avaient toujours eu la confiance du roi, le laissait encore plus perplexe. Il sentait bien que cette négociation finirait un jour ou l’autre par parvenir à leurs oreilles et que leurs relations privilégiées finiraient pas dégrader. Or, il n’y avait pas plus fidèles conspirateurs sur la place de Paris. Il ajouta dans son rapport:

« D’ailleurs, si ce projet n’est pas une chimère, il deviendra l’opération principale. Toutes les autres devront cesser ou, plutôt, céder au mouvement qu’elle leur imprimera et concourir à son succès. Dès lors, comment la céder aux agents de Paris? »

Devant ces interrogations, bien légitimes, Duclos ne trouva rien à répondre. Les arguments utilisés semblaient bien faibles. Au bas du rapport, d’Avaray consigna alors de sa propre main l’opinion qu’il avait de ce projet extravagant et indique la seule solution qui lui semblait viable:

« Bésignan est un fol qui compromettrait le Père Eternel. Il est venu dans l’espoir de rentrer en grâce en donnant un grand témoignage de zèle. Toute cette affaire est un roman dont les personnages seuls existent. Bésignan espère qu’on lui remettra des pouvoirs. Il m’a déjà parlé d’un projet de contre-révolution au cas, inattendu, où l’affaire ne réussissait pas.»

Une seule conclusion semblait s’imposer. Il fallait congédier le marquis mais avec beaucoup de politesse. On pouvait le renvoyer au Prince de Condé avec une lettre du roi indiquant que Sa Majesté allait prendre les moyens nécessaires pour s’éclairer sur la vérité des faits. Ensuite, Bésignan retournerait auprès du comte de Grabianka afin d’obtenir les passeports et les rapporterait au roi. Pendant ce temps, les agents de Paris seraient mis au courant de ce projet.

Quant à Bésignan, « sans oublier qu’un sot peut ouvrir parfois un avis important », on le tiendrait, autant que possible, en dehors de ces négociations. C’est en ces termes que le rapport fut remis le lendemain au conseil du roi. Seul le duc de La Vauguyon combattit l’opinion de d’Avaray, mais ses propositions, qui ne concernaient pas non plus le marquis, furent unanimement repoussées.

Bésignan partit quelques jours après vers Lausanne pour récupérer les passeports promis par le noble polonais.

Pendant ce temps, l’abbé de La Marre fut chargé d’avertir les agents de Paris et de vérifier leur travail de propagande, en particulier la possibilité d’un soulèvement d’une partie de l’armée républicaine de l’Ouest, commandée par Hoche, sous l’égide d’un chef chouan, le comte de Rochecot, ami avec le général de Beauregard, commandant en second de cette armée. Mais ils attendent l’envoi d’un prince de sang pour prendre la tête du la révolte et en particulier, le duc de Bourbon qui réside à Londres. Le roi préfèrerai un Condé ou alors le duc de Berry, un de ses neveux qui combattit avec Condé, âgé de 19 ans.

Les rapports des contacts avec l’Angleterre arrivent à Blanckenberg le 25 janvier 1797. Ils confirment le soutien financier pour les deux agences.

Quelques jours plus tard, le 31 janvier, le prince de Carency trahit et donne tous les renseignements à Barras. Trois des agents parisiens sont arrêtés : Brottier, La Villeheurnoy et Duverne de Praile.

Pichegru est dénoncé et sera envoyé à Cayenne.

Après cette arrestation, les agents sont remplacés par l’abbé d’Estrigny, directeur de l’agence royale du Pas de Calais et par le comte de Rochecot qui va assurer l’intérim jusqu’au 22 février 1797. Seul rescapé, Despomelles arrive à s’enfuir et rejoint Wickham en Suisse avec un grand nombre de députés. Ces arrestations entraînent la disgrâce du duc de La Vauguyon car il est le père du prince de Carency. D’Avaray a été le témoin des discussions entre le père et le fils, où tous les secrets étaient révélés. S’en est fini de l’option constitutionnelle, prête à composer avec la république.Pour désarmer La Vauguyon, le roi nomme le comte de Saint Priest, alors à Vienne. Celui-ci ne reçoit pas le courrier, en fait bloqué par La Vauguyon. Ce geste entraînera sa révocation définitive le jour des Cendres, 13 février 1797. Il part pour Hambourg où il arrive le 7 mars suivant. De cet asile, il fait imprimer puis répandre en Allemagne, Angleterre et France, les lettres qu’il avait écrite pour sa défense à Louis XVIII.

Le prince de Carency ajoute, dans les dépêches parisiennes, différents échos témoignant de la mauvaise gratitude du roi vis à vis de ses fidèles.

Pendant ce temps, Montgaillard a volé des papiers compromettant pour Condé, dans ses relations avec Pichegru. Il se réfugie à l’auberge du Faucon à Neufchâtel et demande une rançon de 500 louis d’or le 25 mars.

Fauche Borel lui vole les papiers dans la chambre à 5 heures du matin ce même jour. Il découvre que les vraies lettres sont en fait cachées chez la veuve Serini à Bâle. Il obtient sans problème de cette dame la restitution des 17 lettres de Condé.

L’abbé de La Marre est chargé de recréer une agence sur Paris mais il obtient dans son règlement l’abandon du système royaliste insurrectionnel.

Le roi conseille même à Condé, qui stationne à Mulheim, dans une lettre du 7 avril 1797 de suivre ses actes et d’arrêter les combats. L’abbé de La Marre quitte Blanckenberg le 5 avril pour se rendre à Paris. Il utilise une des trois voitures mises à disposition par le roi pour ses émissaires.

Il n’y a toujours aucune nouvelle du marquis de Bésignan qui devait aller à Lausanne chercher les passeports promis par le comte de Grabianka et nécessaires aux personnes que le roi enverrait à Paris pour négocier avec le Directoire.

En fait le marquis ne risquait pas de donner signe car le polonais n’avait pu se procurer ces faux documents. Le roi ne fut ni déçu, ni surpris, tout comme d’Avaray, car il n’avait guère cru « aux belles promesses de ce fou de Bésignan ».

Cet épisode, ainsi que la vague d’arrestations dans la capitale, semblaient montrer que les négociations avec le Directoire pouvaient être considérées comme compromises.

Pourtant, il restait quelques projets, fruits des contacts travaillés par Sourdat, un des nouveaux agents de Paris. Barras et Carnot semblaient prêts à céder sur deux points: l’établissement du roi dans une principauté proche de la frontière et le financement officiel par le directoire des représentants de la monarchie. Mais la nomination des nouveaux agents de Paris est difficile. Le nom du prince de La Trémoille mécontente Wickham qui envoie un de ses agents pour créer et entretenir les dissensions. Ainsi, l’abbé de Dampierre et l’abbé d’Estrigny se dérobent. Pichegru aurait pu être désigné mais il vient d’être élu président du conseil des Cinq Cents.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. prince de La Trémoille

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le prince de La Trémoille

Un compromis est trouvé avec deux têtes, le prince de La Trémoille, choisi par le roi, et le baron d’André, préféré par Wickham. Les contacts avec Barras et Carnot s’intensifient. Ces derniers proposent de lever une armée de plus de 100 000 hommes à laquelle l’armée des émigrés pourrait se joindre. Ces affirmations de Sourdat sont combattues par l’abbé de La Marre.

Le roi écrit aux français le 10 mars. Son papier est publié par Fauche Borel qui se charge aussi de sa diffusion.

Après les victoires de Bonaparte en Italie, l’Autriche demande une trève qu’elle signe à Leoben. Les royalistes décident alors de tout faire pour peser sur les prochaines élections en France. Des listes sont dressées de personnages susceptibles d’être achetés au moment des elections.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. leoben

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

En Ardèche, les clans commencent à se déchirer. Lamothe blesse Allier et garde la montagne dès le printemps 1797. Il a la main sur des bandes de « chauffeurs » qui torturent et violent.

En avril 1797, les élections se déroulent sous la terreur. Les royalistes prennent tous les postes décisionnels. Les jacobins fuient le département de l’Ardèche.

Le 16 mai 1797, Bonaparte renverse le gouvernement de Venise. D’antraigues est obligé de fuir avec le ministre de Russie. Il sera arrété le 21 mai à Trieste sur ordre de Bernadotte puis mis au secret afin de lui faire avouer ses tractations avec Pichegru. Devant sa résistance, qui semble à postériori logique car il ne connaissait pas Montgaillard et avait surtout passé le temps à fuir ce personnage, les républicains fabriquent de faux documents sur une correspondance factice entre les royalistes et le général Pichegru. Pendant ce temps, Pichegru et Imbert Colomès sont élus au conseil des cinq cents et Pichegru en devient président.

Le 13 juin 1797, en Ardèche, Lamothe et Vialle, son aide de camp, sont capturés puis transférés au Puy. Le premier va mourir en prison le 14 novembre suivant dans des circonstances inexplicables.

Le 18 août 1797, fut capturé à Nyons, Jean Pierre Dumaine dit Montauban, chef de la «Compagnie du Soleil», à la tête d’une bande organisée qui dévalisait les courriers postaux. Il sera purement et simplement relâché en ayant fourni de faux certificats et passeports.

En août 1797, Surville revient. Sa mission a échouée. Le roi et Condé refusent de lui donner le commandement. Il rentre en Vivarais malgré l’interdiction formelle des princes. Pourquoi continuer une lutte armée quand on sait qu’à partir du mois d’octobre 1797, toutes les administrations de l’Ardèche sont aux mains des royalistes. Divers décrets préparent alors une restauration monarchiste. Le retour des émigrés est à nouveau favorisé, les cultes autorisés, les acquéreurs de biens nationaux les abandonnent, contraints ou forcés, la désertion est encouragée par la délivrance d’autorisations provisoires pour rester dans les foyers en attendant un congé définitif.

Dominique Allier reprend contact depuis quelque temps avec ses partisans ; Perrochon, Pongard, Surville, Gallier et Chabert. Il tente de réorganiser le parti contre-révolutionnaire avec l’appui des émigrés de la rive gauche, aux ordres de St Christol.

Le 28 août d’Antraigues s’échappe de la prison de Milan grâce à l’intervention énergique de sa femme. Il tente alors d’expliquer dans une missive bien alambiquée les différentes falsifications dont il a été témoin. Il demande à Fauche Borel de bien vouloir diffuser ce libellé mais celui-ci avoue que les explications noircissent la vérité et restreint de sa propre initiative la diffusion du document.

Le 18 fructidor, 4 septembre 1797, reste une date clef dans l’histoire de la révolution française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. 04_09_1797

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Coup d'état du 18 fructidor

Le directoire exécute un véritable coup d’état contre la majorité du Conseil des Anciens et du Conseil des Cinq Cents. C’est la période la plus favorable aux entreprises royalistes et au rétablissement d’une monarchie constitutionnelle. Cependant, la Convention qui vient d’être dissoute, a décrété avant de disparaître que les 2/3 de ses membres figureraient de droit dans la nouvelle assemblée. Donc, seul 1/3 des membres sont à élire mais ils peuvent être choisi dans les éléments les plus favorables à l’arrêt des excès de la révolution.

Il est vrai que plusieurs points indiquent l’essoufflement des conflits. Les émigrés sont éparpillés en Angleterre, Suisse, Allemagne, Russie et Suède. La Vendée est frappée par le désastre de Quiberon.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. quiberon

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Désastre de Quiberon

La Prusse et l’Espagne ont signé un traité de paix, l’Autriche veut les imiter.

Si l’on fait le tour des différents camps émigrés :

Le prince de Condé campe dans le pays de Bade, parmi les autrichiens qui le tiennent en défiance et ne l’emploient pas. Les troupes de Condé sont à la solde des autrichiens qui sont prêts à demander la paix. Condé négocie donc avec la Russie et son tsar, Paul 1er, pour obtenir qu’il les prît à son service. Déjà, les émigrés ont revêtu l’uniforme moscovite et passent en Wolkynie, dans la Pologne russe, avec le prince de Condé, son petit-fils le duc d’Enghein et les deux fils du comte d’Artois, le duc d’Angoulème et le duc de Berry.

Le comte d’Artois,lui,réside en Ecosse, dans le château de Holy Rood, près d’Edimbourg, depuis 1795, à son retour de l’île d’Yeu.

Le duc de Bourbon, fils unique de Condé et père du duc d’Enghein, vit à Londres mais se tient prêt à rentrer en France pour prendre la tête d’une insurrection. Il attend les ordres du roi, évitant les contacts avec le comte d’Artois qu’il ne peut supporter.

Le roi, Louis XVIII, est ,à cette date, à Blanckenberg, dans le duché de Brunswick en Allemagne. Il est entouré de deux conseillers très influents, le duc de La Vauguyon et le comte d’Avaray.

Ce dernier est l’ardent défenseur du rétablissement de l’ancienne monarchie, alors que La Vauguyon est partisan d’une solution plus douce, faite de compromis avec le pouvoir actuel, en vue d’une monarchie constitutionnelle.

L’agence de Paris a créé un Institut Philanthropique qui est, en fait, l’organe de propagande officielle des idées royalistes. Cet institut, sous la houlette de Despomelles, dispose de comités dans chaque chef lieu de département. Dans le même temps, les royalistes forment une légion de volontaires sur Paris appelée «les collets noirs».

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. collets noirs

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les collets noirs

Au début de septembre, donc le 4 pour être exact, Barras, aidé de Augereau, envoyé par Bonaparte, risque un coup d’éclat.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Barras

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. augereau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Augereau

 

Il fournit les «vraies fausses» preuves d’un complot entre Pichegru et les royalistes, à partir des «vraies fausses» lettres du comte d’Antraigues, écrites en fait par le géolier de ce dernier. Le Directoire exécutif déclare « La patrie en danger », ce qui entraîne une vague d’arrestations quand Barras dévoile le complot royaliste. Le Directoire annule les élections dans 49 départements.

De nombreux royalistes se réfugient en Suisse, dans la demeure de Fauche Borel. Ils sont aidés matériellement par le maire de Neufchâtel, Monsieur de Pierre.

L’abbé de La Marre se réfugie en Suisse puis à Blanckenberg, mais pense déjà à approcher le général Bonaparte qu’il évoque dans ses courriers du 29 septembre 1797.

Fauche-Borel essaie, lui aussi, de fuir Paris. Cet homme est décrit de la façon suivante :

« haute taille, forte corpulence, cheveux ébouriffés et grisonnants sur une tête massive, traits lourds et communs, gros yeux clairs à fleur de tête, sans expression, mains à la peau rude.

Ce personnage, que l’on va retrouver plusieurs fois dans les diverses intrigues, est officiellement établi comme éditeur à Neufchâtel en Suisse. Là, il gagne progressivement la confiance des émigrés qui le chargent de différentes missions. C’est ainsi qu’il sera l’adjoint de l’espion Montgaillard lors de la négociation avec le général Pichegru. Fauche-Borel est arrivé à Paris à la mi-août 1797 pour reprendre contact avec ce général devenu président du conseil des Cinq Cents. L’éditeur suisse est logé à l’hôtel du Nord, rue de Richelieu, sous le nom de Frédéric Borelly. Après l’arrestation de Pichegru, Fauche-Borel est traqué dans la ville de Paris qu’il n’arrive pas à quitter. C’est alors qu’il rencontre David Monnier, qui l’héberge. Ce dernier a comme ami un nommé Botot qui est le secrétaire de Barras. Il peut lui fournir un faux passeport. Il peut enfin quitter la capitale le 13 septembre et rejoint Neufchâtel. En Suisse, il ne peut entrer en contact avec Wickham. Celui-ci vient d’être expulsé sur la demande du directoire français. L’agence de Suisse est maintenant transférée à Berne. Les émigrés fuient de toutes part, certains pour Bâle d’autre pour Hambourg, ville libre qui devient vite la plaque tournante de l’espionnage.

Le 18 fructidor marque la fin des espérances d’une négociation entre les républicains et les royalistes constitutionnels.

Les mouvements insurrectionnels, on dirait maintenant « la branche armée » reprennent toute leur importance.

Il faut savoir de plus que l’Autriche signe enfin la paix avec la France. Condé et son armée part en Pologne au service des russes. En effet, ses troupes sont abandonnées par l’Autriche et l’Angleterre. Le tsar laisse le choix aux émigrés de cette armée entre prendre un emploi dans l’armée russe ou s’établir dans des terres en Crimée. Il s’en suit un long trajet pour retrouver un nouveau campement; Moravie, Silésie, Gallicie et enfin la Volkynie, autour de Dubno, en Pologne où l’armée des princes restera jusqu’au printemps 1798.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. dubno

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Dubno

Il rejoindront la Suisse lors de la seconde coalition mais y arriveront après la bataille de Zurich et resteront sous les ordres de l’Angleterre jusqu’en 1800, date de la dissolution officielle de l’armée de Condé.

L’armée républicaine redevient libre aux frontières et donc peut rentrer rétablir la force et le droit républicain. Le roi Louis XVIII donne l’ordre d’observer une période d’accalmie dans les conflits intérieurs en attendant la formation d’une nouvelle coalition étrangère.

A ce moment là, deux centres insurrectionnels existent:

La Normandie et la Vendée avec à sa tête le comte de Frotté qui la dirige de Londres,

le Midi avec ses bandes d’émigrés.

Louis XVIII veut temporiser.

Il préfère pour l’instant renforcer le clergé, soudoyer l’armée et en particulier un de ses principaux chefs, dont la notoriété augmente de jour en jour ; le nommé Bonaparte. Les contacts sont très serrés avec ce jeune officier. L’abbé de La Marre en parle dans ses lettres. Ses dires sont confirmés par le comte de Vernègues qui réside alors en Italie.

Il a rencontré à Milan, un négociant de Marseille, Nicolas Clary, émigré dont la sœur avait épousé Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon et ambassadeur de la république à Rome.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. clary

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Julie Clary

Le 27 septembre 1797, Napoléon aurait du recevoir par l’intermédiaire de Vernègues, les pouvoirs signés par le roi. Cependant, l’assassinat ce même jour, du général Duphot repousse l’audience qui devait avoir lieu à Rome. Ce sera la dernière occasion réelle de négociation avec le futur empereur.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. duphot

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Général Duphot

De la même façon, les royalistes ont abordé le général Berthier, alors adjoint de Masséna en Suisse. Ce soldat avait été sous les ordres du baron de Gouvernet, commandant en second de la garde nationale en octobre 1789. Il lui est proposé d’appuyer les rebelles de l’Est et du Lyonnais. Là aussi, les négociations seront un échec.

Le coup d’état du 18 fructidor, le 4 septembre 1797, donne un coup de semonce dans le département de l’Ardèche. Les royalistes, se sentant menacés, prennent des mesures drastiques pour faire respecter l’ordre et appliquer les nouveaux décrets. Les jacobins reviennent en triomphe. La chasse aux sorcières débute entraînant destitutions en chaîne et démissions.

Les émigrés sont pourchassés. 150 arrêtés de radiation sont signés, les autres fuient vers la Suisse ou se réfugient dans les montagnes.

Le 14 septembre 1797, cependant, Allier et Saint Christol attaquent la ville de Pont Saint Esprit et prennent la citadelle. Et bien entendu, l’on retrouve notre agitateur favori en tête de cette équipée. Sous sa signature le titre de « Général de l’Armée des deux Conseils »…

Voici le récit de cette attaque relatée par « Le Moniteur » :

« quelques jours après le 18 fructidor, une insurrection se manifesta dans le midi de la France. Elle était suscitée par deux fameux chefs de contre-révolution; Saint Christol, émigré rentré et rayé provisoirement par le département du Vaucluse, et Bésignan, autre émigré. Ils parvinrent à réunir et armer une troupe assez considérable. Le 27 fructidor, à six huers du matin, ils s’emparèrent de la citadelle de Saint Esprit. Ils prenaient le titre remarquable de  » généraux des deux conseils ». Maître de cette place, l’un d’eux envoya l’ordre suivant au caissier de la république.

« Monsieur Lefèbvre, caissier de la république au Port Saint louis, remettra l’argent de sa caisse au présent porteur. Le 14 septembre 1797 (27 fructidor an V).

Signé : Saint Christol, général de l’armée des deux conseils. »

Plusieurs habitants de la ville, effrayés, en sortirent; cependant une partie de la garde nationale répondit à l’appel. Les administrateurs municipaux décidèrent que deux d’entre eux se dévoueraient et que, sans escorte, sans arme, mais décorés de leur écharpe, ils se présenteraient à la citadelle.

A leur approche, ces administrateurs furent couchés en joue. Ils parvinrent auprès du chef St Christol et lui demandèrent de quel droit il s’était emparé du fort de la commune. Il répondit qu’il en avait agi ainsi par nécessité et que sa troupe n’était armée que pour faire exécuter la constitution de l’an III. Les municipaux répliquèrent que cette constitution était en plein exercice, n’éprouvait aucune résistance, et le sommèrent, au nom de la loi, de se retirer: Il s’y refusa. En sortant, les municipaux furent insultés par des hommes de ce chef, qui leur criaient:

« Avec vos f….,rubans rouges, blancs et bleus! Qu’est-ce que tu f… de cette cocarde?

Les municipaux dépêchèrent des courriers dans les communes voisines, à l’administration centrale du Gard, au Général Boisset pour leur demander des secours.

Bientôt Saint Christol fit mettre des sentinelles à toutes les portes de la ville, et vint lui-même à l’assemblée de la commune, y répéta qu’il avait pris les armes pour la constitution de l’an III. On le somma de nouveau de faire retirer sa troupe, il répondit qu’il ne sortirait point de la ville, et que, dût-il avoir ses quatre membres cloués aux portes, il resterait.

Saint Christol se rendit chez le garde-magasin des vivres et lui demanda douze cents rations de pain pour alimenter sa troupe.

A deux heures, des détachements de la bande de St Christol se portèrent chez divers particuliers de la ville, les mirent à contribution et désarmèrent, au nom du roi, la garde nationale.

A six heures et demie du soir, une troupe de ces brigands se présenta de nouveau dans le lieu des séances de la municipalité et, braquant leurs armes à feu sur les municipaux, leur déclarèrent que la municipalité était destituée. Les municipaux, mis en fuite, se réunirent dans une maison du faubourg. Menacés d’y être arrêtés, ils se retirèrent à Saint Paulet, commune voisine.

Enfin quatre cents hommes de troupe de ligne, commandés par l’adjudant-général Alméras, s’avancèrent sur la ville de Pont St Esprit. Les brigands, effrayés, ne les attendirent pas. Après avoir levé une contribution, ils évacuèrent la ville, passant le Rhône sur le pont, traînant avec eux cinq pièces de canon pris dans la citadelle.

Saint Christol et sa troupe se potèrent sur la commune de Bollène (Boulène) et y tuèrent sept à huit personnes; De là, ils se rendirent à Sainte Cécile et à Valréas. Vivement poursuivie, cette troupe se dispersa.

Pendant ce temps, Allier et Fontanieu se replient vers l’Ardèche où ils sévissent un trimestre dans le Tanargue dans les cités de Aubenas, Antraigues, Villeneuve de Berg et Bourg St Andéol. Ils disposent de plusieurs centaines d’hommes répartis en petits détachements très mobiles. Des émissaires, venant du Dauphiné et de la Provence et pourvus de nombreux passeports, parcourent le pays pour appeler au soulèvement général.

A la fin de l’année, l’administration centrale de l’Ardèche, pressée de toutes parts, demande officiellement au ministre de la police l’autorisation de faire arrêter les voyageurs qui ne suivent pas les routes fixées sur leur passeport.

Tout ne va pas pour le mieux dans les rangs de Dominique Allier. Un de ses lieutenants, Pallier-Gadret, le trahit en révélant aux républicains l’attaque imminente de la ville de Joyeuse. Allier, sentant la trahison, se retire alors sans attaquer dans les montagnes le 30 septembre.

Le 2 octobre 1797, la colonne traverse Ste Eulalie puis file vers la Lozère avant de revenir, deux semaines après, vers les cantons des Vans, de Bannes, de Largentière et de Bourg St Andéol. Allier s’installe à nouveau dans les bois de Bauzon, de Mazan et du Tanargue. Les troupes royalistes y construisent de baraquements, des magasins de ravitaillement et des arsenaux.

Le 19 novembre 1797, le général Boisset réunit à Privas une cinquantaine d’hommes. Enjolras obtient des renforts de Pradelles et de Langogne pour couper la retraite aux brigands du côté de la Lozère et de la Haute Loire, en espérant les rejeter sur la région de Joyeuse et des Vans. La colonne de Boisset fouille les bois et les ravins de Bauzon. Cinq brigands seront capturés ainsi que deux de leurs chefs: Lamothe-Pongard qui sera fusillé à Montpellier et Chabert dit la Vendée qui parviendra à s’échapper.

Le 26 novembre, Allier, Surville et Pongard interviennent dans le canton de Coucouron.

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Au début de l’année, Fauche-Borel quitte Neufchâtel et se rend à Hambourg. Cela lui est d’autant plus aisé que son frère, Pierre Fauche y est installé, lui aussi comme éditeur. Il vient même de publier les premiers écrits de Rivarol. De cet asile, Fauche-Borel offre à nouveau ses services au roi. Dans les salons, il rencontre le marquis Descours de La Maisonfort, ancien officier, décrit comme brouillon, agité, touche à tout. Il sera capturé en 1802 puis interné à l’île d’Elbe d’où il s’évadera. On le retrouvera en 1812 installé en Russie. De là, Fauche-Borel décide de partir pour l’Angleterre.

Au début de cette année, l’Angleterre envoie un nouvel agent en Suisse, nommé Talbot. Les diplomates anglais sont dans toutes les cours d’Europe. Albion essaie de recréer une coalition mais la Russie et la Prusse ne veulent pas encore franchir le pas. Pendant ce balai diplomatique, Fauche-Borel reste bloqué à Londres. David Monnier, son sauveur, avait rallumé l’espoir d’une négociation avec Barras. Le secret était bien gardé entre les trois hommes.

En juillet 1798, Louis XVIII est expulsé de Blanckenberg par le gouvernement prussien. Il va aller s’installer à Mitau, sous la protection du tsar. La cour de Louis XVIII quitte Blanckenberg le 10 février 1798 et arrive à Mitau au bout de 31 jours de marche, par Kustrin, près de Berlin, Leipzig, Bromberg, Koenigsberg et Kowno en Lituanie. Louis XVIII s’installe dans le château des anciens grands ducs de Courlande, offert par le tsar Paul 1er.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. mittau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Résidence de Mitau

Le général Bonaparte vole de victoires en victoires et devient pour les émigrés de Mitau le seul sujet de négociations possible. Plusieurs propositions sont échafaudées mais seul l’abbé de La Marre garde le choix du négociateur chargé d’approcher ce jeune général. Les discussions vont bon train et le temps passe. Bonaparte s’embarque pour l’Egypte le 19 mai 1798 d’où il ne reviendra que le 9 octobre 1799.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. egypte

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Napoleon Bonaparte en Egypte

Le comte de Saint Priest arrive à Mitau pour prendre ses fonctions ministérielles. Mais le 21 juin, il est envoyé à Saint Petersbourg pour négocier avec le tsar. Il ne sera pas reçu et sera renvoyé auprès du roi de France. Le Tsar est irrité des demandes de mendicité venant de Mitau et des nobles français réfugiés dans toute l’Europe. Louis XVIII réalise alors qu’il vit dans une prison dorée.

Sourdat reparle alors des dispositions de Barras mais n’envoie aucun émissaire à la cour du roi.

En août 1798, David Monnier se présente à Hambourg, chez Pierre Fauche. Il explique à La Maisonfort le projet travaillé avec Fauche-Borel et Barras. Le marquis décide de monnayer lui-même le secret sans le dire à Fauche-Borel qui reste bloqué en Angleterre. Il renvoie David Monnier à Paris en septembre. La Maisonfort écrit au roi qui répondra le 8 novembre en désignant le duc de Fleury comme unique interlocuteur de Barras. Le duc quitte Mitau avec l’acte d’indemnité et de sûreté exigé par Barras, ainsi que la reconnaissance de 12 millions de livres tournois à payer au président du directoire.

Le 27 septembre 1798, se présentent au service des étrangers du ministère de l’intérieur à Londres, dirigé par Wickham, quatre étrangers. Parmi eux se trouvent Pichegru, échappé de Cayenne le 3 juin précédent.

De nouveaux plans sont constitués car Pichegru est un général célèbre, moins peut-être que Bonaparte, mais celui-ci est en Egypte.

Pichegru est désigné pour diriger les insurrections en Suisse puis en Franche Comté. Pendant ce temps, Willot agirait en Provence. Cependant Pichegru demande que le roi Louis XVIII soit reconnu par les alliés comme unique prétendant au trône. Les diplomates anglais s’y opposent ce qui retarde les plans de soulèvement.

Fauche-Borel va profiter de son séjour pour rencontrer le général Pichegru. Il lui parle du projet de négociation avec Barras et en fait un rapport pour Mitau le 15 octobre. Le gouvernement anglais décide d’éloigner Pichegru. Il ne peut plus avoir de contact avec les français émigrés. Il partira pour l’Allemagne le 3 décembre, sur un navire anglais qui le déposera à Cuxhaven, petit port à l’embouchure de l’Elbe, situé à vingt lieues de Hambourg.

Fauche-Borel était parti avant lui. Il découvre alors la trahison de La Maisonfort. Mais les ressentiments n’ont pas le temps de prendre de l’ampleur. En effet, le même jour arrivent Pichegru et le duc de Fleury.

Quant au général Willot, évoqué plus haut, et prévu à la tête de l’insurrection générale du Midi, il débarque lui aussi ce 3 décembre mais en Angleterre. Il arrive de Suisse après avoir fait un séjour à Uberlingen, près du lac de Constance, convalescence nécessaire à sa déportation à Cayenne. Mais il va attendre l’autorisation des anglais qui ne sont pas pressés. Il s’installera à Barnes, près de Londres, jusqu’en juillet 1799. On peut comprendre les anglais car les plans français semblent de plus en plus désordonnés. Ne voit-on pas le général Dumouriez, proscrit depuis 1794, proposer un débarquement sur les plages normandes à la tête d’une armée «neutre» danoise!

Le traité de Campoformio, préparé à Léoben en Autriche fut signé par Bonaparte et Cobenzl, suspendant les «campagnes d’Italie».

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. campoformio

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Traité de Campoformio

L’Autriche abandonnait à la France la Belgique, les pays de la rive gauche du Rhin, les îles ioniennes et reconnaissait la république cisalpine.

En compensation, elle recevait une partie de la Vénétie, l’Istrie et la Dalmatie. Cet accord entre le directoire et la cour de Vienne laissait le champ libre à une invasion française en Suisse.

Déjà le général Brune presse ses troupes aux frontières.

Après le traité de Campoformio, le général Motte est rappelé dans l’Ardèche à la tête d’une troupe de 400 à 500 soldats. Il s’appuie sur des espions bien payés et lance une vaste traque du 23 décembre au 3 janvier 1798 dans le Tanargue. Les chefs royalistes fuient de toutes parts ; le Gard, la Lozère, la Haute Loire et l’est du Rhône. Allier et Surville disparaissent plusieurs mois en Haute Loire, où ils seront dénoncés et arrêtés le 1er septembre 1798 à Tiranges.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Carte de la région de Ste Eulalie

Le 3ème jour complémentaire de l’an VI (19 septembre 1798) des lettres sont saisies sur le nommé Hamond en Haute Loire. Il était chargé par Dominique Allier de les transmettre à sa femme. Ces courriers, écrits pendant le séjour en prison, donnent quelques détails supplémentaires.

Allier confirme le lieu des réunions qui se situe en Ardèche au lieu dit du Clapas, commune de Ste Eulalie, chez un certain Charreya, dit Moussu Charreya, fermier du domaine.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Ste Eulalie: Le mont gerbier des joncs

Il précise ensuite le chemin habituel parcouru par ces agitateurs, passant de lieux sûrs en refuges secrets, allant de Rives de Gier, St Chamons, St Etienne, Yssingeau, Estable, Gerbier pour atteindre le Clapas. Il ajoute que 50 livres seront suffisantes pour assurer sa liberté et celle de ses deux complices. Il donne enfin l’ordre d’un rassemblement. Une troupe de cent hommes lancerait une attaque de diversion sur Pradelle s’attachant juste à prendre quelques otages parmi le notabilités avant de faire retraite. Cette affaire ferait sortir la garnison du Puy qui serait tentée de les poursuivre dans les bois de Bauzon et de Mazan. Cette manœuvre de diversion permettrait à un autre détachement d’intervenir sur le Puy et de délivrer Allier.

Le 22 octobre 1798, la Haute Loire confirme le transfert de Dominique Allier, Charbonnel et Robert vers les prisons de Lyon.

Allier finira sur l’échafaud à Lyon.

Le procès du marquis de Surville, né en 1755, a lieu en Haute Loire le 27 septembre 1798. Il sera fusillé le lendemain matin à 10 heures au Puy.

Après la prise de Fribourg, l’occupation de Morat et la prise de Berne, la Suisse devient le 22 mars 1798 la république helvétique sous domination française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. suisse

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. République helvétique

suisse

République helvétique

Fauche Borel arrive à fuir Neufchâtel grâce à un passeport fourni par M. Richard, jadis commis de son père et maintenant à la tête d’un établissement de diligences à Lyon et en même temps fournisseur officiel de l’armée française. Il arrive à passer le Rhin et échoue sur la rive droite dans l’auberge du « Cor de chasse » où il reprend quelques forces avant de partir pour Augsbourg.

Dans cette ville, on peut en effet rencontrer tout ce qui se fait de mieux au sein des intrigues politiques :

– Quelques émigrés suisses, Steiguer, Vatteville ou Moutach apporte réconfort matériel à leur concitoyen.

– Le ministre de la Russie, de Stahelberg, est attentif à tous les projets.

– Le président de Vezet converse fréquemment avec de Précy et Dandé. Ils croisent souvent Wickham, le représentant de l’Angleterre.

En mai 1798, Fauche Borel part à Franckfort puis Leipzig pour rejoindre Berlin. Il cotoie l’abbé Sieyès, alors ambassadeur de France.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. sieyes

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Sieyes, ambassadeur de France

Il repart à nouveau. Fauche Borel vient de rencontrer chez son frère installé à Hambourg comme éditeur, le marquis de la Maisonfort. Il le décrit comme originaire du Berry, de fortune médiocre.

Il opérait avant la révolution dans un régiment de cavalerie puis en 1792 avait rejoint l’armée des princes avant d’être licencié. Il avait traîné en Allemagne pendant plusieurs années avant de se fixer en 1797 à Brunswick avec femme et enfants dans la maison «le carolin». C’était un homme décrit comme immoral et joueur, poursuivi par ses créanciers. Il venait à Hambourg proposer un manuscrit « l’état réel de la France en 1797» dont le ton était d’actualité surtout chez un éditeur qui avait dans son écurie le célèbre Rivarol.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. rivarol

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Rivarol

Il arrive à prendre emprise sur le frère de Fauche Borel au point de lui faire transférer son établissement à Brunswick et de s’associer avec lui. Cet accord et le déménagement entraînent des dettes supplémentaires que l’éditeur règle avec un emprunt de 40.000 francs en hypothéquant sa propre maison de Hambourg. L’affaire fait grand bruit dans le landerneau des émigrés. Un calembourg circule et anime le soirées :

«Quel est l’émigré qui a le plus de caractères?»

«Condé, Rivarol?»

«Non, La Maisonfort, qui s’est fait imprimeur et qui par conséquent a beaucoup de caractères.»

Fauche Borel profite de son séjour à Hambourg pour écrire à David Monier. Il part ensuite pour Londres. Il effectue le trajet de Cuxhaven pour débarquer du paquebot à Harcih avant de regagner Londres où il est reçu par Pitt.

Pichegru , après son évasion de Guyane, protégé par le Surinam, arrive lui aussi le 24 septembre à Deptfort. Il est reçu à Londres sercrètement sous le nom de capitaine Pictet. Il vit alors retiré des affaires actuelles dans sa résidence de Grown Court Westminster. Pichegru n’accorde des entrevues qu’à Wickham et aux ministres anglais.

A sa suite, arrivent les rescapés de l’évasion de Guyane : Willot, de la Rue, d’Ossonville…

Pichegru, alors malade, va se retirer à Epson, à 15 milles de Londres. Le 20 novembre 1798, il rencontre le roi Georges III au parlement. Son séjour est maintenant connu de tous les émigrés français. Il reçoit Fauche Borel mais n’est pas d’accord sur le projet de négociation avec Barras, rapellant à son interlocuteur que ce dernier a signé son acte de déportation.

Pendant ce temps, David Monier écrit à Fauche Borel à Hambourg pour lui annoncer son arrivée le 12 octobre. Mais celui ci est encore à Londres et les missives adressées sous le nom de Borelly ne lui sont pas transmises. David Monier, attendant sans comprendre l’éditeur suisse, confie à La Maison fort le projet de Barras, puis il retourne à Paris en laissant le soin à ce dernier de transmettre les dernières tractations. Pichegru se rallie enfin au complot présenté par Fauche Borel.

Mais La Maisonfort profite de l’absence de Fauche Borel pour passer au premier plan dans les négociations en écrivant au roi par l’intermédaiaire de de Thoveney, agent du roi en poste à Hambourg. Il lui propose de cerner le plan autour de 4 personnages qui détiendront le secret des négociations. Le roi répond le 13 novembre 1798 en confiant tous les pouvoirs au duc de Fleury.

Depuis le 11 mai 1798, les élections qui ont ramené les jacobins au pouvoir du département de l’Ardèche, sont annulées par le Conseil des Anciens. Leurs adversaires prennent leur place et le mouvement royaliste reprend de l’ampleur. Les chouans reviennent mais leurs chefs historiques, Allier, Surville, Perrochon et Fontanieu ont disparu. Les émigrés ne représentent qu’une petite portion au sein de cette nouvelle armée dont les rôles principaux sont maintenant tenus par des déserteurs ou des brigands.

A la fin du mois, le général Motte est remplacé par les généraux Petit-Guillaume, Pille et Malye qui connaissent mal le pays. Les administrations cantonales ne répondent pas aux demandes concernant les suspects, soutenus par la population. Les quelques chouans capturés par hasard s’échappent sans difficulté.

La loi du 10 vendémiaire an 7 (1er octobre 1798), en instituant la responsabilité des communes dans le maintien de l’ordre public, tente de mettre un coup d’arrêt dans cette anarchie. Elle sera suivie, le 16 octobre, par la proclamation de l’état de siège dans douze cantons du Tanargue et dans les cantons de Satillieu et Lamastre.

Rien y fait. L’administration centrale du département de l’Ardèche constate, dans une lettre du 16 février 1798, que ses arrêtés sont resté lettres mortes. La levée de l’état de siège, en mai 1798, sera le signe final de l’impuissance réelle des administrateurs. Ceux-ci rappellent cependant l’interdiction d’entretenir de barques sur la rive droite du Rhône, passage de repli préféré des agitateurs royalistes. L’anarchie et la terreur sont à l’ordre du jour dans les campagnes battues par les colonnes infernales de Montchauffé, adjoint de Nivet.

Le 02 novembre 1798, Joseph Justin Constantin Duclos, père du marquis, fournit un certificat de résidence de la commune d’Orpierre où il résidait depuis le 21 juillet. Un descriptif du grand père fut fourni à l’occasion : taille de 1 mètre 652 mm, cheveux et sourcils blonds mêlés de gris, yeux bleus, nez gros, barbe grise, front découvert, visage rond.

Ainsi au début de novembre 1798, circulent de véritables compagnies formées de 80 à 100 hommes, bien organisés et disciplinés, aux ordres d’officiers aguerris envoyés par les départements voisins. La levée de troupes n’est pas difficile car beaucoup de conscrits, ne voulant pas obéir à la loi de conscription de 1798, les rejoignent et bénéficie ainsi de soldes plus élevés en restant au pays. Au total, l’armée royaliste est forte de 500 à 600 soldats, bien encadrés par des chefs expérimentés et reconnus, Deroudilhe La Vermalette, Chabert, Duny, Leynaud, Platon et les 4 frères Auzas. Un de ces quatre frères, dit Tristan Blanc, est alors admis comme le chef incontesté des « Brigands Royaux ». Un an plus tard, il fera sa soumission puis cherchera ensuite à reformer sa bande en 1800 mais sera pris et fusillé à la fin de janvier 1802.

En attendant, la bande royale opère dans les cantons d’Aubenas, de Villeneuve de Berg et de Largentière. Elle met en place un impôt royaliste par des lettres signée « Cœur de Roi ». Le soutien extérieur est galvanisé par la reprise de la guerre aux frontières et l’échec des armées de la république. Les royalistes ont de fréquents rapports avec les chefs des bandes royales. Ils espèrent un vaste soulèvement en relation avec les vendéens, les insurgés du Sud Ouest et les bataillons des armées étrangères coalisées et, en particulier, de l’armée de Souvarow.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. souvorov

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Souvorov

Cette insurrection aura lieu après les récoltes de 1799 sous les ordres du comte de Brison, fils, ancien émigré qui réside en toute impunité au château de Saint Pierreville dans le canton de Largentière. Est désigné dans le même temps, comme son premier lieutenant, Ducros de Tauriers. Ces deux personnages dirigeaient le camp de Jalès en 1790 puis en février 1791. On retrouve Ducros de Tauriers en 1792 dans la conspiration de Saillans.

En face des royalistes, le général Petit-Guillaume, commandant la neuvième division militaire à Montpellier, et ses subordonnés, Malye et Nivet, chargés de la subdivision de l’Ardèche, ont peu de troupes à opposer. Les soldats désertent pour remplir le camp des insurgés. C’est alors que Petit-Guillaume et Malye sont dénoncés comme favorables aux royalistes. Petit-Guillaume avait choisi, comme aide de camp, un nommé Costes, ancien partisan de Saillans et royaliste fanatique. Le ministère de la guerre ordonna la destitution de Costes qui révèlent tous les plans aux chouans. Mais le général refuse d’obtempérer en espérant ainsi arrêter les massacres perpétués par ses colonnes mobiles et obtenir une amnistie qui ramènerait le calme.

Fauche Borel, après une traversée éprouvante de 7 jours arrive à Hambourg. Pichegru le rejoint après 17 jours de mer et débarque à Bode Kesa au soir du 24 décembre sous un froid impressionnant. Fauche Borel le rejoint mais, entre-temps Pichegru est arti pour Walsrode puis Brunswick. Fauche Borel le rattrape par Hambourg, Altona puis Zelle. David Monier est parti de Paris. Il mettra 18 jours pour les retrouver car il est resté bloqué à Dusseldorf à cause des inondations. Le froid terrible qui sévit dans cette région va faire des ravages dans la population pendant les deux mois qui suivent.

Les troupes françaises occupent l’Egypte, le Vatican, Naples et le Piémont.

En décembre 1798, cédant enfin aux efforts répétés des diplomates anglais, le tsar Paul 1er signe un traité d’alliance pour l’envoi de 45 000 hommes en Suisse et en Italie. Ces deux armées seront entretenues par l’argent britannique.

Puis, la rupture des négociations de Rastadt donne naissance à une nouvelle coalition contre la république française : Russie, Angleterre, Naples, Piémont retrouvent la Turquie. Le corps de Condé reçoit l’ordre de marcher pour se joindre aux armées austro-russes de Souvarow.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. coalition

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Une nouvelle coalition.

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Wickham est à nouveau envoyé en Suisse pour reprendre contact avec l’agence royale. Il s’arrête à Hambourg afin de rencontrer les émigrés. Fauche-Borel, La Maisonfort,le duc de Fleury et Pichegru sont là. Ce dernier porte un nom d’emprunt, capitaine Pictet et se cache en Saxe Gotha en attendant le retour de David Monnier. Le duc de Fleury demande des garanties sur Barras. Après l’arrivée de David Monnier, les relations entre ces différents compères sont au plus bas. Le 7 mars, Monier, sous la direction de La Maisonfort, écrit au roi pour se plaindre du peu de confiance manifesté par l’émissaire royal. Il demande dans cette même lettre que La Maisonfort puisse avoir une entrevue avec Louis XVIII.

A cette époque les troupes françaises plient sur tous les fronts. Les demandes de Barras sur sa «sûreté et indemnité» semblent de plus en plus crédibles. David Monier repart donc pour Paris afin de servir de principal interlocuteur auprès de ce directeur.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. paul de barras

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Paul de Barras

Au mois de mai, Fauche-Borel, le duc de Fleury et La Maisonfort décident de partir chercher un soutien financier auprès du tsar. Ils passent par Berlin afin d’obtenir les passeports nécessaires à leur voyage en Russie. Ils en profitent pour échanger leurs chapeaux car Paul 1er oblige par décret au port du chapeau à trois cornes. Tout porteur de chapeau rond peut être interpellé.

Ils font halte à Mitau, auprès du roi Louis XVIII. A la suite de différentes intrigues, seul La Maisonfort sera désigné pour aller rencontrer le tsar à Saint Petersbourg et le mettre au courant des négociations avec Barras. Afin d’atténuer les regrets de Fauche-Borel, le roi lui confie une autre mission. Il doit rejoindre Pichegru puis se rendre à Londres. Dans le même temps, on le charge de porter à David Monnier qui réside à Hambourg, les lettres patentes destinées à Barras datées du 8 mai. Ces courriers lui assure sûreté devant les tribunaux du royaume et une indemnité de 12 millions de livres tournoi pour lui ainsi que la couverture de tous les frais engagés dans le mouvement insurrectionnel.

Louis XVIII attend avec impatience la réponse du tsar. Il pense pouvoir jouer un rôle essentiel dans la coalition qui se fait jour. Les conditions ne peuvent guère être plus favorables. Sans compter la négociation avec Barras, il y a quatre projets:

  • Pichegru qui, soutenu par les russes, pourrait traverser les frontières de l’Est et envahir la Franche-Comté.
  • Willot, aux avant-postes autrichiens, se chargerait du Dauphiné et de la Provence.
  • Précy qui travaille à soulever Lyon, Le Puy, Rodez et Mende.
  • Et enfin, Dumouriez et son plan de débarquement en Normandie à la tête d’une armée anglo-danoise.

Une ombre reste au tableau : Pichegru ne se rend pas en Suisse où on l’attend avec les armées russes. Il reste encore au 21 juin dans le duché de Brunswick, bien que le roi lui ait reconnu le rôle d’unique interlocuteur dans les pourparlers avec Barras.

Le 15 mai 1799, La Maisonfort est reçu à Saint Pétersbourg.

Il y rencontre le comte de Blacas, futur ministre de Louis XVIII lors de la restauration.Il modifie légèrement les propositions pour en faire des exigences.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. BLACAS

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le comte de Blacas

Il demande au tsar des sommes considérables pour le projet Barras, d’en être l’unique responsable, d’avoir personnellement de passeports et autres recommandations pour la Suisse, Hambourg et l’Angleterre.

Bien entendu les russes refusent de s’engager et en particulier sur deux points :

Les finances

La guerre en France, présentée comme une libération donc sans partage des territoires conquis par les coalisés.

Le 25 mai, La Maisonfort rentre à Mitau avec une simple lettre de recommandation auprès du gouvernement anglais.

Le 4 juin, LaMaisonfort quitte St Petersbourg pour arriver à Mitau le 8 juin. Il est reçu par le roi qui lui remet la croix de St Louis ainsi que les galons de colonel.

Le 16 juin, Barras arrive à se débarrasser des trois chefs extrémistes du Directoire. Il devient, avec Sieyès, le maitre du Directoire. Malheureusement pour lui, Sieyès est probablement au courant, en tant qu’ancien ministre de France à Berlin, des tractations secrètes entre les royalistes et Barras. Leur arrivée au pouvoir entraîne paradoxalement la montée en puissance du mouvement jacobin, extrémiste qui pourchasse les émigrés. Sieyès fait arrêter David Monier qui sera emprisonné au Temple. Barras fait nommer Fouché à la police et obtient en échange la libération de Monier.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Joseph Fouché

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Joseph Fouché, duc d'Otrente

Entre temps, la cour de Mitau a beaucoup à faire. Le 2 juin, la reine arrive à Mitau, suivie de Madame Royale, fille de Louis XVI et donc nièce de Louis XVIII, qui, après sa captivité au Temple, avait trouvé refuge en Autriche.

Cette dernière va épouser le duc d’Angoulème le 10 juin, dans cet îlot d’exil.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Mariage du Duc et de la Duchesse d'Angoulème

La Maisonfort est invité à la tables des princes et l’on parle beaucoup du futur. Il repart le lendemain. Il sera à Essen le 20 juin.

Le 24 juin, La Maisonfort est en Westphalie avec Pichegru et Fauche-Borel, qui ne s’est pas rendu en Angleterre, sous prétexte qu’il attend les réponses de David Monnier. Ils font tous les trois des allers et retours à Augsbourg où se trouve maintenant l’agence royale, sous la direction de Wickham. Ils mettent au point un petit corps d’armée qui, sous le commandement du comte d’Artois, devrait rentrer en France, derrière les alliés, par la Suisse et Besançon. Dumouriez, déçu par le non-soutien des Anglais, dans son plan de débarquement en Normandie avec les troupes danoises, se rapproche de plus en plus des belges qui lui proposent de prendre la tête d’une insurrection armée.

A ce moment là, David Monnier envoie un courrier annonçant qu’il abandonne définitivement les pourparlers avec Barras. Pichegru, apprenant cette nouvelle, se retire du complot et part en Suisse. Ne voulant pas abandonner leur grande idée, Fauche-Borel et La Maisonfort se retirent à Hambourg.

Le marquis de Bésignan est signalé en Franche Comté où il fait partie de l’insurrection. Il est arrêté mais réussi à s’évader.

Les premières campagnes alliées en 1799 sont couronnées de succès :

En Allemagne, Jourdan est battu par l’archiduc Charles.

En Italie, Scherer est rejeté de l’Adige puis Moreau recule devant Souvarov.

En Suisse, les armées russes et autrichiennes envahissent le pays.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Suvorov_Gotthard

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Suvorov au passage du col du Gotthard

Le roi Louis XVIII insiste à nouveau pour prendre la tête des troupes alliées mais, cette fois ci encore, il n’aura aucune réponse. Les coalisés, et surtout l’Angleterre et l’Autriche, veulent obtenir la paix avec la France et son gouvernement et ne considèrent pas comme obligatoire la nécessité de rétablir une monarchie. Les émigrés sont considérés comme des protégés et sont tenus à l’écart des pourparlers.

Dès juillet, le roi et d’Avaray décident de rentrer en contact avec le général Bonaparte. Celui-ci est encore en Egypte et les différents courriers restent lettres mortes.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. bonaparte

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bonaparte

L’affaire Barras semble tomber à l’eau et faire maintenant partie des nombreuses intrigues qui ont émaillé l’histoire de l’émigration. Fauche Borel et La Maisonfort n’ont pas abandonné. Ils sont à Wesel lorsqu’ils reçoivent deux lettres de David Monier, datées du 7 et 12 juillet, qui sont très vagues. Le 6 août Fauche Borel écrit à Paul 1er pour le prévenir qu’il prend à son compte les contacts avec Barras. Il lui demande son autorisation car il faut se souvenir que l’éditeur est sous l’autorité du tsar.

C’est à cette date qu’un inconnu, se disant français et émigré, se présente à Londres au duc de Portland, ministre de l’intérieur. Il se fait appeler « Paradis ». Après un long entretien avec l’homme d’état, l’inconnu obtint la promesse d’être logé et nourri aux frais de la couronne, à la condition de vivre retiré, de ne voir personne sans l’assentiment des autorités anglaises, de ne recevoir aucune correspondance et de ne pas en envoyer. Au bout de quelques jours, Paradis est autorisé à rencontrer le duc d’Harcourt, représentant du roi Louis XVIII. Il se présente: Marquis de Bésignan, et explique ses démarches. Il s’est mis en rapport avec une parente de Barras et a reçu d’elle l’assurance que ce directeur, très disposé à rétablir la monarchie, n’exigeait pour le prix de ses services, que le gouvernement d’une île française.

« Monsieur Paradis, écrivait ironiquement d’Harcourt, demande qu’il lui soit remis la légère somme d’un million pour la distribuer à quatre officiers de l’état major de Paris qui veulent, si le Directoire n’est pas pour le roi, se tourner contre lui. »

D’Harcourt ayant objecté la détresse du trésor royal, Bésignan répliqua, non sans désinvolture, que le paiement qu’il demandait ne constituait qu’une avance qu’il serait en état de rembourser au bout de quinze jours. Ce délai devait suffire aux conspirateurs pour s’emparer des caisses publiques. Et , comme il insistait, le représentant du roi ne put l’éconduire et s’en débarrasser qu’en lui répondant que d’autres agents s’occupaient déjà d’une négociation analogue.

Mais Bésignan ne se tenait pas pour battu.

La semaine suivante, il écrivait au comte d’Artois pour demander la conservation des pouvoirs qu’il tenait du roi,

« les pouvoirs qu’il a d’organiser le Midi de la France et de prendre toutes les mesures pour engager les fidèles sujets du roi à s’armer pour renverser partout l’idole du crime, y replacer les autels de la vraie religion et aller aux frontières ouvrir le passage au souverain légitime. »

Dans cette lettre, Bésignan ajoutait :

« Je ne demande pour Paris et pour y faire proclamer le roi avec sûreté, après avoir renversé le trône de l’impie, que la somme de quatre millions : savoir un million pour l’état major et les trois autres pour acheter la garde des deux conseils et payer sa solde pendant trois mois. »

Le comte d’Artois ne prit pas plus au sérieux que ne l’avait fait d’Harcourt les propositions et les requêtes du marquis. Quand elles furent connues à Mitau, il n’en était déjà plus question à Londres. Le roi resta convaincu que Bésignan, ayant surpris à Berlin au ailleurs quelque écho de l’affaire imaginée par Fauche-Borel, s’était empressé de se l’approprier pour en tirer profit.

L’Ardèche : En juillet 1799, une colonne de 600 hommes arrive sous les ordres de Nivet, acquis aux volontés des jacobins. Les colonnes infernales organisent des expéditions dans tout le Tanargue. La chasse aux brigands du roi reprend violemment dans toute l’Ardèche et la Lozère pendant le mois d’août jusqu’au 8 septembre.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. colonnes

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. colonnes

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les colonnes infernales

Pendant ce temps, Tristan Blanc s’empare d’Aubenas le 31 août. La guérilla est totale entre deux troupes entraînées et se livrant aux pires exactions. Pendant les mois de septembre et octobre, Leynaud de la Souche est tué mais la plupart des chefs royalistes capturés ne sont pas condamnés. Les jurés ont peur des représailles.

L’armée républicaine subit revers sur revers : Trébia, Turin, Mantoue. Le roi des deux Sardaignes peut rentrer en triomphateur à Naples.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. trebia

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bataille de Trebia

Le 17 août , un émissaire du roi rencontre Dumouriez sur Hambourg. Willot vient d’arriver d’Angleterre. Ils décident d’un plan de débarquement sur le littoral provençal, avec le soutien de l’armée autrichienne. Ils se séparent quelques jours plus tard. Dumouriez va se mettre à la disposition du tsar tandis que Willot rejoint Wickham.

Au mois de septembre, malgré les différents échecs, Fauche-Borel tente de rentrer directement en contact avec Barras. Celui-ci se doute d’un complot et en informe Fouché, ministre de la police. David Monnier est arrêté. En fait, il s’agissait dès le début, et sur les aveux de Monnier, d’une véritable escroquerie, montée de toutes pièces par David Monnier qui voulait récupérer les sommes consacrées aux insurrections par les émigrés.

La lettre de Fauche Borel adressée à Barras est lue pendant une séance du directoire sur la demande de Talleyrand, ministre des relations extérieures. La réponse officielle sera faite, avec reprise des négociations, le 10 septembre.

En fait deux clans se font face au directoire, Barras de plus en plus esseulé et Sieyès allié aux frères Bonaparte. Barras envoie Tropez de Guérin comme émissaire officiel pour les négociations. Son titre est «  envoyé extraordinaire, ministre plénipotentiaire de la République Française ». Il se rend à Wesel pour voir Fauche Borel le 24 septembre. Les discussions vont durer jusqu’au 2 octobre. Le rendez-vous officiel, pour l’échange des traités est fixé pour le 26 de ce mois à Franckfort.

Pendant ce temps,le marquis de Bésignan imaginait des plans de plus en plus audacieux. C’est ainsi qu’il soumit:

  • Un plan d’organisation des troupes royales
  • Une capitulation au roi de Suède pour une légion de 11.000 à 12.000 hommes

(archives du Ministère des Affaires Etrangères : inventaire sommaire, août à décembre 1799)

Le 19 septembre, victoire du général Brune en Hollande sur 40 000 anglorusses commandés par le duc d’York.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. brune

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le Général Brune

Le 26 septembre, victoire de Zurich par Massena sur les armées russes et autrichiennes de Korsakof puis sur l’armée italienne de Souvarov. Cependant, la bataille de Zurich, le 25 septembre amène un coup d’arrêt. Des soldats de Massena trouvent dans la malle de Korsakov des documents faisant état des tractations avec Barras.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. zurich

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bataille de Zurich

L’abbé de la Marre est chargé officiellement de rentrer en contact avec le général Bonaparte qui vient de rentrer d’Egypte. Celui-ci débarque à Fréjus le 9 et arrive à Paris le 16 octobre.

L’émissaire de Louis XVIII part pour l’Angleterre le 20 décembre avec les lettres et les pouvoirs à remettre à l’abbé de la Marre. L’abbé de la Marre est en poste à Londres où il a mis son temps à profit pour observer le monde des émigrés français.

Pendant ce temps deux choses se sont déroulées:

le 9 novembre, après un rapide coup d’état, le consulat est déclaré officiellement en France. L’abbé de la Marre a rejoint Paris puis est parti en Russie. Les lettres pour Bonaparte sont lettres mortes. Barras envoie ce même 9 novembre Tropez de Guérin à Franckfort pour rencontrer Fauche Borel. Il reçoit l’ordre de retourner sur Paris lors de son passage à Mayence et se présente le 16 devant Bonaparte.

Le tsar ne répond pas à Dumouriez et se retire de la coalition. Le 21 octobre, il demande au prince de Condé de ramener ses troupes en Wolkynie.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. instauration du consulat à vie

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Instauration du consulat à vie.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1800

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Après l’arrêt de la deuxième coalition, Fauche Borel rejoint Pichegru qui s’est réfugié à Leitershoff, près d’Augsbourg.

Il y rencontre à l’occasion d’un bal masqué le général Willot, les neveux du général de Précy, le baron de Roll ainsi que de Stakelberg, ambassadeur de Russie. Puis Fauche Borel part à Londres au début du printemps. La traversée sera marquée par la poursuite d’un corsaire français.

L’abbé de la Marre arrive à Mitau à la fin du mois de janvier et explique au roi le mouvement royaliste: incapacité, vanité, indiscrétion, rivalité, défiance, prétention, dédain sont les adjectifs qui imagent le mieux l’agence de Londres. Par contre, à Paris, les agents sont solides, désintéressés, prudents, honorables et neufs, n’ayant jamais trempé dans les complots. Cette agence propose d’ailleurs officiellement de mener les tractations avec le consulat; soit ils obtiennent le rétablissement de la monarchie, en échange d’avantages certains, soit il favorise un renversement du pouvoir en place et nomme un gouvernement provisoire, attendant le retour du roi. Leur seule condition est de laisser les agents de Londres dans l’ignorance de ce projet.

Il est vrai que pendant cet hiver, l’agence de Londres a mené sa propre guerre. Un complot amenant un coup d’état a été forgé sans informer le roi. Son meneur, le chevalier de Coigny, fut cependant empêché le 9 novembre 1799. Ces évènements n’étaient pas encore connus à la cour du roi.

Louis XVIII veut ménager ses différentes représentations. Il propose de nommer le baron d’André de l’agence de Souabe, comme intermédiaire entre d’une part le roi et Paris et d’autre part le comte d’Artois et Londres.

Le 20 février sont rédigés les différents mémoires et ordres pour le gouvernement provisoire, les généraux Pichegru et Willot, ainsi que pour le duc de Berry, à l’armée de Condé, qui dirigera l’expédition militaire au nom du roi. Une condition était toutefois liée aux pouvoirs donnés à l’agence de Paris; celle de s’adjoindre un des représentants de Londres, le nommé Coigny.

De la Marre quitte le 23 février Mitau pour rencontrer en mars à Augsbourg, le baron d’André de l’agence de Souabe.

Moreau passe le Rhin en avril, gagne trois batailles, prend Memmingen, occupe Augsbourg et remporte une victoire à Hochstedt sur la rive gauche du Danube entraînant la totale désorganisation des armées autrichiennes.

Fauche Borel se rend à Munzingen et retrouve Wickham dans un couvent situé à 10 ou 12 lieux de Vienne. L’Autriche signe un traité avec Moreau à Parsdorf, à côté de Munich.

Le roi de Prusse visite ses troupes sur la ligne de neutralité à Wesel où se trouve Pichegru.

L’agence royale d’Augsbourg, qui a été dispersée, se réfugie dans la province prussienne de Franconie, principalement à Bareuth. On y retrouve Dandré, Frey et Imbert Colomès.

En avril, de la Marre se trouve à Paris et forme le gouvernement provisoire. Le marquis de Clermont-Gallerande, dit Saint Pierre, en devient le président. L’abbé de Montesquiou, dit Prudent, et Royer-Collard, dit Aubert sont ses adjoints. Le baron d’André, dit Kilien, est nommé officiellement émissaire.

Le 2 mai, ils découvrent que Coigny est invité officiellement à faire partie des négociations. Les trois membres envoient leur démission au roi qui la reçoit le même jour que l’annonce de la bataille de Marengo le 14 juin 1800.

Pendant ce temps, Fauche Borel quitte Londres dès les premiers jours de juin. Il embarque à Harwich sur le paquebot « le Dolphin » du capitaine Flyn. Pendant la traversée, le navire est arraisonné par « le Napoléon » du capitaine Pollet de Boulogne. Fauche Borel s’en sort sans encombre grâce au faux passeport sous le nom de Fréville, horloger suisse.

L’abbé de la Marre quitte Paris.

Coigny s’entoure alors d’agents connus donc fichés par la police de Fouché; l’abbé Matel, de Hyde de Neuville, etc, tous subalternes de l’abbé Brottier. Ils sont protégés par Dutheil, l’agent français du roi en Angleterre.

De la Marre refuse d’intriguer avec cette équipe. Sa démission est refusée.

Le baron d’André est envoyé en Angleterre pour atténuer le problème auprès de Monsieur, frère du roi. De toute manière, l’agence de Paris n’a pas le choix. Les anglais ne fournissent de finances qu’aux seuls représentants désignés par les émigrés basés en Angleterre.

Les tractations avec Bonaparte sont freinées. Montesquiou, chargé de faire passer les lettres au jeune général, tarde à les remettre.

La proposition est simple et alléchante. Louis XVIII propose de tailler un royaume en Italie pour le jeune consul en échange de la récupération de son trône.

La réponse sera faite le 7 août. Bonaparte offre le royaume de Pologne à Louis XVIII ou une émigration en Espagne, comme pensionné du gouvernement français.

Fauche Borel rejoint l’agence royale à Bayreuth en novembre. Pichegru les rejoint à son tour.

Le 03 décembre 1800, victoire de Hohenlinden de Moreau qui entraîne une signature d’armistice entre l’archiduc Charles et Moreau.

Pierre Duclos , marquis de Bésignan, est signalé dans Paris. Il entretien une correspondance serrée avec d’André. (archives du Ministère des Affaires Etrangères; inventaire sommaire: novembre decembre 1800)

Le 24 décembre, l’attentat de la rue St Nicaise dit «attentat de la machine infernale» à Paris, contre le premier consul, et fomenté par les chouans, en relation étroite avec les agents de Londres et peut être en compagnie du Marquis de Bésignan, arrête définitivement toute négociation.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. St Nicaise

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Attentat de la rue St Nicaise

 

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. cadoudal

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Arrestation de Cadoudal.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1801-1806

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Le tsar ordonne à Louis XVIII de quitter Mitau, sans destination précise. La lettre de Bonaparte, datée du 7 août 1800 arrive le 20 janvier, jour du départ de la cour. L’attentat de décembre contre le consul est connu pendant l’exil. Louis XVIII qui attend une proposition de résidence est à ce moment là à Koenigsberg. Il arrivera le 22 février à Varsovie.Le 9 février le congrès de Lunéville signe la paix entre l’Autriche et la France. Seule l’Angleterre continue la guerre. Mais les subsides sont coupés pour les émigrés.

L’agence de Paris et son conseil royal, gouvernement provisoire, sont dissous.

Le prince de Condé arrive avec le duc d’Enghein, à Vienne le 5 juin. Ils vont tous se séparer :

Condé part pour Prague, Leipzig puis Brunswick.

Enghein va à Gratz

Louis XVIII ira à Varsovie.

Fauche Borel rejoint Neufchâtel

Le roi de Prusse, sur demande de Bonaparte, fait arrêter les agents royalistes à Bayreuth; de Précy, Imbert Colomès, le comte de La Varenne.

Pichegru a eu le temps de s’enfuir et rejoindra Londres.

Dandré est déjà loin.

Les trois inculpés retrouverons rapidement leur liberté, à la diminution des pressions du consulat français.

L’armistice est rompu en Allemagne et en Italie. Fauche Borel part pour Hambourg puis Londres où il arrive le 1er juillet 1801.

Bonaparte accorda l’amnistie aux émigrés par sénatus-consulte du 6 floréal an X (26 avril 1802), mais de nombreux émigrés étaient déjà rentrés en France

1806

Mort à Naples de Pierre Charles Duclos, marquis de Bésignan.

LES ANNEES SUIVANTES

La disparition de Pierre Duclos arrive au moment de la normalisation de la République sous la poussée de Napoléon Bonaparte.

Les dernières résistances sont vaincues dans le territoire national. L’armée avance de victoire en victoire, jusqu’à un certain village de Waterloo. La Restauration prend le relais. Les biens des émigrés sont alors indemnisés par le royaume.

La famille Duclos a été pratiquement désintégrée par cette vague révolutionnaire mais nous la retrouvons ensuite, désunies, dans maintes réclamations. Voici, en quelques lignes, les derniers rebondissements de l’affaire de Bésignan.

Le 17 février 1800, le canton de Sainte Jalle disparait. Il fut englobé par l’arrondissement de Nyons. Les villages de Gouvernet et La Bâtie Verdun furent rattachés à St Sauveur.

Le 11 novembre 1800, le prêtre Jean Monnet-Duclos de Grignan, frère du marquis fut amnistié.

Le 25 novembre 1800, 6 livres de valeur libératoire furent données à Joseph Henri Villelongue ,officier de santé.

Le 30 septembre 1801, François Brès, instituteur, remplaça Villelongue, comme secrétaire de la commune de Sainte Jalle.

Le 23 octobre 1802, le capitaine commandant la gendarmerie du département de la Drome donna les amnisties, suivant la loi du 24 floréal an 10 ( 14.05.1802). A Sainte Jalle, nous notons dans les registres de l’époque :

– Bonniface Jean, 31 ans, amnistié pour désertion n°466 dans l’état des amnistiés de l’arrondissement de Valence, autorisé à rentrer dans ses foyers.

– Branche Jean Baptiste, 27 ans 4 mois, n° 508.

– Arnavon Jean Joseph, 31 ans, 5 pieds 5 pouces n° 465.

Le 22 octobre 1803, à l’Isle-sur-la-Sorgue, certificat d’amnistie pour François Hector Bésignan, ,frère du marquis. Ce certificat arriva juste au décès de son épouse, « tombée malade au premier jour des noces ». Hector Bésignan était inscrit comme lieutenant de vaisseau au service du roi, embarqué à Marseille.

Le 29 mai 1805, mourut dans sa maison de Sainte Jalle Joseph Henri Villelongue à 3 heures du matin à l’âge de 78 ans.

En 1805 Napoléon fut sacré roi d’Italie.

La loi du 5 décembre 1814 rendit aux émigrés leurs biens confisqués par l’Etat et non vendus. La loi du 27 avril 1825 affecta à leur indemnisation 30 millions de rente au capital d’un milliard (le fameux milliard des émigrés).

Le 28 décembre 1816, la mairie de Buis Les Baronnies remplit un certificat pour la marquise de Bésignan :

« …appartient à madame Duclos, veuve, habitante en cette ville de buis, puis à Bésignan… fortune estimée à 400.000 francs…siège soutenu contre les troupes envoyées par le général Montesquiou sous les ordres du général d’Albignac…détenue pendant vingt sept mois dans les cachots des prisons criminelles de cette ville et de Valence…domestiques guillotinés à paris…ses fils, capitaine adjoint à l’état major de la place de Paris…puisqu’elle partagea tous les sacrifices et tous les périls de son mari dont la conduite magnanime est encore un sujet d’admiration dans le département… »

Le 21 novembre 1817, dans le « Journal des débats politiques et littéraires », un marquis de Bésignan est cité dans l’état major de la place de Paris. Fils??

Plusieurs années après, très précisément datée du 20 juillet 1825, les archives nous fournissent une lettre de François Hector, frère du marquis :

« Mon père , pour réparer à mon égard une préférence exclusive et injuste qu’il avait eu pour mon frère aîné, me nomma en ces vieux jours, au retour de mon émigration, son héritier universel des mêmes biens dont il avait disposé envers ce même frère en le mariant, biens que celui-ci répudia au commencement de la révolution… »

Il demandait les pièces suivantes :

  • testament de Abel Taxis du 21.10.1754
  • contrat de mariage de Charles Duclos du 02.02.1780
  • répudiation du marquis du 20.06.1789

La liquidation des dettes se fit entre :

1. Monsieur Taxis, du Poët : 24613 francs

2. Madame Duclos, femme : 85769 francs

3. Dame Charlotte Flour Saint Genis :69085 francs

4. Dame Mariane Louise Flour Saint Genis :

5. et Dame Pauline Emilie Flour Saint Genis 6516,60 francs

6. Sieur Jean Baptiste Guillaume Lépine : 27533,34 francs

Louis Désiré Ulysse est considéré à ce moment comme l’unique héritier.

Le 04 août de la même année 1825, un courrier fut adressé :

« à monsieur le chevalier de Bésignan…

juge de paix du canton de l’Isle….

Le produit de la vente en assignats est de 184.610 francs avec des dettes liquidées de 110.382 francs… »

Le 16 janvier1826, une lettre René de Taxis du Poët, habitant d’Orpierre, fournit le testament de Dame Marie Anne de Taxis de Bésignan daté d’avril 1777 pour preuve de ses créances.

Le 18 mars1826, une lettre reconsidérait les biens de Duclos :

  • actifs : 71437,80 francs
  • passifs : 144431,94 francs

donc excédent de passif de 72994,14

Datée du 26.09.1826, nous retrouvons aussi une lettre d’un créancier, Montségur de Dampmartin qui demandait un accord pour 34049,94 francs.

Le 19 novembre 1827 au tribunal de paix du canton de Nyons, a comparu Louis Désiré Ulysse Duclos, marquis de Bésignan, domicilié à Sisteron.

Il fit constater l’estimatif des revenus de 1790 de Pierre Charles Joseph Marie Duclos, son père, soit : 4400 francs en immeubles sur le canton de Nyons, 5000 francs sur le canton de Mirabel.

Deux ans après, le 7 septembre 1829, il récidivait en présentant un mémoire soutenu par sept témoins et contenant :

1. Extrait des registres de la justice de paix du canton de Buis du 17.09.1827 :

les biens vendus avaient un revenu net en 1790 de 15.000 francs à Bésignan.

2. Acte de notoriété délivré au brevet par le juge de paix du canton de Nyons le 19.09.1827

4000 francs de valeurs

3. Acte de notoriété délivré au brevet par le juge de paix du canton de Nyons le 19.09.1827

En fournissant l’acte d’abandon définitif du sieur Joseph Duclos en date du 16 vendémiaire an VII (07.10.1798) = 5000 francs

Ce qui donne un total de 24.400 francs avec un arriéré de 18 années soit un total de 439.200 francs.

La lettre est de Louis Désiré Duclos adressée à Son Excellence Monseigneur le Ministre des Finances en date du 31 août 1827. L’héritier avait un fondé de pouvoir en la personne de Monsieur André Gabriel Thérèse Berthier, domicilié au n° 24 bis de la rue Gervaudan à Paris.

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Marquis de campagne: Biographie du Marquis de Bésignan

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Pierre Duclos, dit le Marquis de Bésignan, et la Révolution Française

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Pierre Charles Marie Joseph Duclos, marquis de Bésignan, connut une vie mouvementée, digne de figurer dans les meilleurs romans populaires.

Ce que nous nous proposons de faire avec cet ouvrage, est d’en tracer les grandes lignes depuis sa naissance jusqu’à sa disparition et sa mort, sans doute à l’étranger, et qui demeurent à ce jour un mystère.

Tous les événements, anecdotes et dates qui se trouvent dans cet ouvrage sont rigoureusement exacts. Cependant, certains flous demeurent dans les archives, ainsi que des «trous» que nous n’avons pu combler. Nous les signalons simplement.

Duclos de Bésignan fut – quelquefois un peu malgré lui – un artisan de la révolution française. Il fut surtout victime d’une époque où les alliés d’hier devenaient les ennemis d’aujourd’hui et au cours de laquelle, il était bien difficile, pour un petit noble de la campagne, de choisir définitivement son camp sans risquer la guillotine. Il faut comprendre que le marquis a tout juste vingt ans quand il hérite de Bésignan et qu’il ignore à peu près tout de la gestion des terres et domaines qui lui incombent.. Son Père lui lègue surtout des dettes, qu’il cherchera à combler sa vie durant, allant de catastrophe en catastrophe.

Comme un héros de roman, Bésignan est un personnage attachant. Puissiez-vous prendre autant de plaisir à le découvrir que nous en avons eu à le faire en consultant les archives.Les Duclaux-Bésignan sont originaires de Nyons où l’on relève en 1327 un Claude Duclaux. Ensuite vint Antoine Duclos, comme marchand à Nyons en 1585. Les archives sont malheureusement muettes sur la lignée jusqu’à ce qu’apparaisse, en 1696, Pierre Duclos, châtelain royal aux Baronnies. La famille a donc été anoblie entre temps. A moins que ce Pierre Duclos ait été le premier anobli. A ce sujet, les archives consultées ne nous donnent guère de détail. La famille s’est répandue par la suite dans les Baronnies : à Mirabel-aux-Baronnies, à La Rochette-du-Buis, à Bésignan et à Buis-les-Baronnies.

La famille Duclos est originaire des Baronnies Drômoises, région située à l’Est du département de la Drôme.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Mirabel aux Baronnies

Cartes de Buis-les-Baronnies et ses environs
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Au Buis, les Duclaux Bésignan possèdent une maison ainsi décrite dans le cadastre de 1726 :  « Parcelle de M. Abel Taxil, seigneur de Bésignan, maison sous les petits arcs et chambre y jointe, acquise de M. Bourdelon curé, confronté du levant les murailles de la ville, du couchant la place du marché et maison de Georges Roux, du midy de Sr Jacques Pascal et de bize de Georges Roux et dudit Sr Bourdelon contenant compris six toises pour la dite chambre trente et une toises estimées à trois deniers petits par toise trois sols vingt et un petits deniers somme grosse 46 livres dix sols. »

On parle le 11 septembre 1768 de louer cet immeuble pour servir d’hôtel de ville.

Le 22 janvier 1776 nous pouvons noter que Duclaux de la Rochette est écuyer à Grenoble, prévôt général de la maréchaussée du Dauphiné.

Le grand-père du marquis, François Justin Duclaux, s’est marié avec Marie de Taxis.

Son père était Joseph Justin Constantin Philippe Duclos, né le 17 mai 1721 à Mirabel aux Baronnies. Il épousa en l’église de Bésignan, le 19 novembre 1748, Marguerite Geneviève de Blosset, fille de Hector de Blosset et de Anne Charlotte de Taxis. Il acquit Bésignan en 1766. Marguerite Geneviève de Blosset mourut le 23 août 1785, âgée d’environ 45 ans.

De cette union naquirent sept enfants :

Marie-Rose, qui mourut à l’âge de deux mois : (° 01.06.1751,+ 19.08.1751)

Marie-Anne, Angélique, Marguerite, née le 04 avril 1756.

Pierre Charles Marie Joseph, le futur marquis de Bésignan, né le 10.04.1759 à Mirabel aux Baronnies.

Marie Justine Reine Jeanne, née en 1760 et qui mourut à l’âge de trente ans.

Marie Joséphine, qui devint religieuse.

Jean Hector, (on ignore s’il avait d’autres prénoms) qui fut curé de Grignan.

François Marie Joseph Hector, né en 1768, qui devint lieutenant de la Marine Royale puis finit sa vie à l’Isle-sur-la-Sorgue.

Pierre Charles Marie Joseph épousa sa cousine, Marie Jeanne Martine de la Mésangère le 02 février 1780. De cette union naquirent quatre enfants :

Pierre Constantin Hercule, baptisé le 10 novembre 1780 en l’hôtel particulier des Bésignan et qui mourut à l’âge de 9 ans.

Louis Désiré Ulysse, né à Bésignan le 21 août 1782

Hippolyte, né le 13 août 1783, qui devint capitaine des gardes de Murat, sur la place de Paris. Il mourut probablement en Guadeloupe.

Jean Achille Armand, né le 13 août 1783 à Mirabel et qui mourut dans les suites de l’incendie du château. (Nuit du 27 au 28 août 1792).

Louis Désiré Ulysse était receveur municipal des contributions indirectes à Sisteron en 1823.

Il se maria avec Mademoiselle Taxis du Poët et eu deux enfants.

Il est l’auteur de deux ouvrages :

1 – « Considérations sur l’agriculture et projets d’amélioration soumis au jugement de tous les hommes éclairés, afin de les mettre à même de contribuer à leur exécution. (Paris, Pihan de la Forest 1828, in-8° de 31 pp et deux tableaux. »

2 – « Considérations politiques, morales et industrielles applicables à l’extinction du Paupérisme, par une œuvre de Charité, à l’Election industrielle et politique du Libre-Echange, à un nouveau système de Finances, enfin à l’Organisation des Banques territoriales et communales. »( Marseille, E. Mengelle, 1846, in-12 de 58 pp).

Nous ignorons tout des enfants qu’eut éventuellement son frère François Marie Joseph Hector.

Sa sœur Marie Anne Angélique Marguerite, quant à elle, épousa René de Taxis du Poët, un lointain cousin, né le 22 novembre 1744 à Orpierre.

Le mariage eut lieu le 20 mars 1776. René de Taxis du Poët devint un ardent défenseur de la Révolution, fut élu maire de son village. Il changea son nom en Publicolas lors d’un baptême civil le 12 novembre 1793. Ces cinq enfants furent rebaptisés en :

•Brutus, né le 25 septembre 1777.

•Caïus, né le 08 août 1781.

•Décius, né le 06 août 1782.

•Aéréta, née le 22 octobre 1789.

•Cornélia, née le 08 juillet 1792.

Les relations entre René Taxis dit Publicolas et son beau-frère, le marquis de Bésignan, ont été très orageuses et cela dès le testament de 1781. Il pourchassera Pierre Charles Duclos pendant toute la période révolutionnaire afin d’obtenir le paiement de ses dettes. Puis le calme revenu, ayant repris son identité réelle, René de Taxis du Poët réclamera une partie de l’indemnité réservée aux émigrés, comme parent d’un royaliste.

A cette époque, 3 branches principales composaient la famille :

1 – Celle de Pierre Charles Joseph Marie Duclos, marquis de Bésignan.

2 – Celle des Duclos de La Mésangère.

3 – Enfin celle des Duclos de Marville.

Leurs armes se représentaient de gueules à deux clefs de sable passées en sautoir, au chef cousu d’azur chargé de trois étoiles d’argent.

Le marquis appartenait donc à une vieille famille de Nyons transplantée à Mirabel avec François Justin Duclos,(son grand-père) seigneur de Molestre, maire perpétuel de Mirabel qui acquit en 1703 une partie de la seigneurie de Bésignan en épousant Marie de Taxis, fille et héritière d’Adam, co-seigneur dudit lieu.

La terre et le château de Bésignan lui furent cédés par son père à l’occasion de son mariage avec Marie Jeanne Martine Duclos de la Mésangère, sa parente, le 2 février 1780. Par testament de sa mère, Geneviève, Marguerite, daté du 30 juillet 1781, il héritait en même temps du domaine de Mirabel, mais la donation fut signée réellement le 08 mars 1786. Dans ce testament, le jeune marquis s’engageait à laisser l’usufruit à son père et à verser 20.000 livres aux autres enfants :

Le 30 juin 1786, le père du marquis, affolé par les dettes de son fils, demanda la révocation du testament et de la donation. Celle-ci ne sera effective que le 20 juin 1789, soit trois ans plus tard.

Après la destruction de son château (voir plus loin) et son évasion dans la nuit du 27 au 28 août 1792, le marquis gagna la frontière pour s’engager dans l’armée de Condé. Déçu par le mauvais accueil que lui réserva ce dernier, il revint sur Lyon pour prendre part à d’obscures intrigues. Il offrit ensuite ses services aux princes pour soulever le Forez. N’ayant aucune réponse, il se rendit à Mannheim où le prince de Condé, qui ne le prenait toujours pas au sérieux, le plaça sous les ordres de M. de Chevanne, un des chefs du parti royaliste à Lyon. C’est alors que, sans ordre, comme on le verra plus tard, il projeta seul de s’emparer de la citadelle de Besançon.

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Serge Billard Baltyde

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