21 juillet 2011 by

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1792

5 comments

Catégories: Biographie, Tags: , , ,

Marquis de Bésignan

Agenda 1792 du Marquis de Bésignan

Article Précédent : Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1791

Le 18 janvier, Monsieur, frère du roi, émigré depuis le 29 juin 1791, fut déchu de ses droits à la régence.

Le 22 janvier, Barbier de Villecroze, qui avait remplacé Bertrand le 14 août 1791, puis avait démissionné le 19.12.1791, fut réélu maire de Buis.

Le 25 janvier, l’Assemblée Nationale lançait un ultimatum à l’Autriche.

Le premier février, par décret, l’Assemblée fit obligation, à tout voyageur se déplaçant à l’intérieur du royaume, de se munir d’un passeport sous peine d’arrestation.

Le 07 février, l’Autriche et la Prusse signaient une nouvelle convention militaire dirigée contre la France.

Le 09 février, décret de l’Assemblée qui mit sous séquestre les biens des émigrés. Le roi le sanctionna deux jours après.

Le 28 février, le 3ème régiment de volontaires, installé sur Buis les Baronnies, manquait de pain.

Le 06 mars, acte du notaire royal Barjavel de Sainte Jalle pour la signature du bail de la Grange de la Cour, appartenant au Marquis Pierre Charles Duclos. Les fermiers étaient François Clément, de Sainte Jalle, et Pierre Barjavel, de Bellecombe, son beau-frère.

Le 28 mars, décret divisant le Comtat Venaissin en deux districts ; celui de Vaucluse (Avignon) dépendant des Bouches du Rhône et celui de l’Ouvèze (Carpentras)

Le mois d’avril fut marqué par le gel des oliviers.

Le 16 avril, le «Club des amis de la constitution» de Buis les Baronnies invitait les gardes nationales de La Roche. Ceux-ci se présentèrent en armes. La municipalité les fit désarmer aux portes de la ville.

Le 17 avril à Nyons, le 4ème bataillon de la Drôme s’insurgeait contre l’augmentation du prix du pain.

Le 18 avril, de fortes pluies se produisirent dans la région.

Le 20 avril, déclaration de guerre contre l’Autriche. La France avait peur des invasions, de la trahison, des contre-révolutions.

Au printemps, le curé Jullian, de la paroisse St Claude de Sainte Jalle , était acquis à la constitution civile du clergé.

Pendant cette période, des nouvelles peu rassurantes arrivent de Jalès en Ardèche. Les témoins parlaient de la constitution d’une armée d’aristocrates sous le commandement du maréchal de camp Conway, secondé par le comte de Saillans.

marquis

Dès avril, toutes les occasions servent de prétexte pour sous-entendre que le marquis de Bésignan était la cheville ouvrière d’une conspiration contre-révolutionnaire.

Certains affirmaient que le Marquis Pierre Charles Duclos correspondait avec des émigrés. D’autres le voyaient accumuler denrées et munitions. Il parut même que le château du Marquis était devenu un repère pour de nombreux hommes armés. On les voyait circuler à cheval, le jour comme la nuit. Ces émissaires faisaient peur dans les campagnes. De plus, le marquis fit réparer les fortifications du donjon, ce qui semblait bien confirmer les rumeurs. Les communes voisines appelèrent l’administration du district à la vigilance.

Le 31 avril, un mardi, Isidore Jourdan, sergent, et Joseph Gayte, fusilier, de la 8ème compagnie du 2ème bataillon de volontaires nationaux, en patrouille sur Bésignan, rencontraient Madame Duclos, épouse du Marquis, qui portait des salades. Ils lui demandèrent à manger. Comme elle refusait, les deux soldats la poursuivirent «le sabre nu à la main». La marquise tomba en voulant fuir et se blessa. Son mari, Pierre Duclos sortit alors du château. Il menaça, avec un fusil, les deux volontaires qui préférèrent s’éloigner.

Madame de Bésignan écrit le 05 mai au commandant du bataillon de Gap, en garnison au Buis ;

« Je viens d’apprendre que, d’après la motion qui en a été faite au club de votre ville (Le Buis NDLR), une partie de votre bataillon doit venir désarmer le château que nous habitons ;Je ne saurais croire que les chefs du bataillon de Gap soient pour quelque chose dans ce projet ; votre réputation et celle de vos officiers m’est un sûr garant du contraire ; mais comme il peut fort bien arriver que des soldats indisciplinés ne voulussent point suivre l’inspiration de leurs chefs, j’ai voulu vous prévenir que mon mari est déterminé à résister à toute entreprise illégale, et, quoiqu’il y eût peu de générosité à nous attaquer avant que je ne sois remise de la chute malencontreuse que je fis mardi passé, je vous réponds que je m’aiderai de toutes mes forces à défendre mon mari et mes trois enfants ; je ne vous ai point porté mes plaintes sur l’attentat de quelques uns de vos soldats, qui furent cause de ma chute, parce que je crois que les punitions sont inutiles aujourd’hui et qu’il faut laisser passer l’orage ; mais ils m’ont poursuivi le sabre nud à la main et voulaient me forcer à leur donner à boire et à manger. Mon mari, qui me vit tout en sang, fut au moment de faire feu, il est vrai, si on eut persisté à entrer de force ; il ne crut pas cependant devoir venger aussi violemment le sang que je répandais, tout danger ayant cessé et ne craignant plus les menaces d’aussi peu de monde ; mais s’il fut assez généreux une fois, vous pouvez avertir vos soldats qu’il ne le serait peut être pas une autre. J’espère cependant de votre zèle pour le bon ordre que de pareilles tentatives n’auront plus lieu et que vous ne souffrire pas que des citoyens tranquilles dans leur propriété et qui ne veulent point la quitter y soient inquiétés.. »

Le 07 mai, le marquis de Bésignan fut prévenu par trois personnes qu’une troupe s’approchait. A 10 heures du matin (départ du buis), 400 volontaires du bataillon de Gap en garnison au Buis vinrent siéger autour du château de Bésignan sous la demande des commissaires de la société des amis de la constitution ;

Le marquis écrit à ce sujet le même jour :

« A peine y voyait-on ce matin que j’ai aperçu sur une hauteur, qui domine la maison de campagne que j’habite, une troupe de gens armés, baïonnette au bout du fusil et dont les préparatifs me démontraient une attaque formelle. C’étaient environ 400 volontaires du bataillon de Gap, qui, sur la motion décrétée presque en même temps que proposée hier soir, à 8 heures, au club de Buis, se mirent en marche à 10 heures, pour ne pas donner le temps à aucun de mes amis de m’avertir ; mais, malgré la célérité de leur marche, je fus prévenu par trois personnes qui voulurent bien avoir la générosité de défendre une seul homme, une femme et trois enfants dont le plus âgé n’a que 11 ans. »

Il n’y rencontrèrent que Pierre Charles Duclos, marquis de Bésignan avec sa femme Martine Duclos de la Mésangère et 3 enfants, tous âgés de moins de 11 ans. Il semble que le marquis ait eu un problème avec le lieutenant de gendarmerie et les 4 commissaires du club de Buis car il refusa de désarmer et interdit la visite des lieux en leur présentant l’illégalité d’une telle mesure. Pendant ce temps, la marquise répondait à trois officiers :

« Nous n’ouvrirons jamais nos portes qu’à des commissaires du district ou du département et sous la condition même qu’ils ne seront pas suivi d’une troupe aussi nombreuse, qui ne saurait être appelée protectrice. »

« Puisque c’est là votre dernier mot, répondirent les officiers, nous allons faire retirer notre troupe ; mais nous avons conçu une trop haute idée de la fermeté de votre mari pour que nous nous en allions sans le connaître. »

Le marquis de Bésignan, à ces mots, se montra et remercia les officiers. Les troupes se replièrent difficilement malgré les ordres non sans avoir effectué une soixantaine de tirs.

Les évènements colportés jusqu’en la ville de Buis montraient la détermination de la famille Duclos. Le curé constitutionnel Garcin et ses amis de la Constitution s’adressèrent alors au district pour réclamer une sanction exemplaire contre le Marquis. La municipalité de Buis, au contraire, écrivit le 23 mai que tout était calme et surtout insista sur le fait que la commune ne pouvait pas loger de troupes supplémentaires.

Le 30 mai, à Rochebrune, le maire Jean Etienne Mielle, assisté de Etienne Bernard, Pierre Bernard, officiers municipaux et de Michel Bernard, procureur,

« …supplie messieurs les administrateurs du directoire du département de la Drôme de donner des ordres pour faire la vigile des armes du sieur Duclos… »

Depuis quelque temps, à Rémuzat, un mur de séparation avait été construit entre la première nef de l’église et une chapelle servant de seconde nef. Ainsi chacun, selon ses convictions républicaines ou non, pouvait choisir entre la messe du curé assermenté et l’office du prêtre réfractaire. Le 04 juin, les patriotes des environs se rassemblèrent et se rendirent en armes au village pour faire respecter la loi. Devant le danger d’affrontements violents, le corps municipal demanda l’intervention des gendarmes de La Motte, Rémuzat et Buis. Le District de Nyons envoya des commissaires pour faire cesser les attroupements. Le mur de séparation fut finalement abattu.

Le 07 juin, à Sainte Jalle, le vicaire prêta serment à la constitution alors que le curé s’y refusait.

Le 10 juin, ce fut la fin des inondations. Le petite Fer, née le 04.06 et décédée, avait pu enfin être baptisée et conduite au cimetière de Condorcet.

Le 11 juin, malgré le courrier du conseil de la commune, quatre compagnies du 1er bataillon des volontaires des Bouches du Rhône arrivaient au Buis. Des accrochages entre militaires et buxois survinrent aussitôt.

Le 13 juin, un émissaire arriva dans la ville de Buis, en provenance de Sault. Il annonça qu’une troupe de gens en armes voulait faire une incursion au Buis. Le curé Garcin et cinq volontaires furent désignés pour aller à leur rencontre.

Le 14 juin, 40 commissaires, députés des amis de la constitution, arrivèrent le soir au Buis et demandèrent à être logés, eux aussi, chez l’habitant.

Le 26 juin, la commune du Poët Sigillat dressait l’état des citoyens actifs.

Nous sommes en pleine période d’orages.

Le 27 juin, « Pour faire cesser la fermentation que les plaintes contradictoires des communes et du sieur Duclos font naître dans une partie du district », le district de Nyons envoyait Bernard dit Lacroix, membre du directoire de Nyons. Il se joignit aux maires de Sainte Jalle, Bésignan, Rochebrune et Le Poët Sigillat afin de vérifier l’état du château du Marquis et dresser l’inventaire des armes et des provisions :

6 fusils à deux coups, un fusil de voiture très court, un fusil simple appartenant au berger, un fusil de munition, 5 de remparts, 5 de chasse, une carabine, 6 pistolets d’arçon, 2 à deux coups, 2 simples, 14 livres 2 onces de petites balles mêlées, 22 livres de plomb en petit grenaille, 145 cartouches à plomb, 2 livres 2 onces de poudre, 10 quintaux de farine mais d’aucune autre provision.

Le marquis les justifia

« pour la défense et la sûreté de sa personne, d’après les menaces qui leur avaient été faites, ainsi qu’aux personnes de sa maison et qu’on lui faisait même journellement, de le brûler dans sa dite maison et de détruire entièrement sa récolte en grains ».

La visite se déroula sans problème:

«Les sieurs maires ont été très satisfaits après ladite vérification qui a dissipé entièrement leurs craintes»

Mais dès le début juillet, le maire Rolland et les bésignanais adressaient au directoire du département un nouveau courrier en forme de supplique :

« Le conseil général de la commune du lieu de Bésignan expose qu’il est bien douloureux pour cette municipalité de n’avoir à adresser aux autorités constituées que des plaintes toujours relatives au sieur Duclos de ce lieu et ses adhérents.

Ces plaintes sont d’autant plus aggravantes, qu’elles sont perpétuelles et journalières. Il ne cesse d’entretenir dans sa maison de campagne des gens suspects et malintentionnés, outre qu’il ne respecte aucune propriété ; il ne cherche, au contraire, qu’à détruire et endommager nos campagnes, soit en venant d’ici ou de là, soit en chassant dans nos récoltes pendantes…Et comme ils sont en nombre plus considérable qu’on ne trouve de personnes réunies dans cette municipalité pour les dissiper, et qu’ils sont inconnus, nous ne pouvons donner aucune suite à de tels attroupements. Ils ne cessent de menacer les propriétaires qui les réprimandent quand ils chassent dans leurs propriétés ensemencées.

Ils sont venus à cette extrémité de mettre le fusil en joue contre différentes personnes. Il semble que son ci-devant château doit devenir forteresse, par les fortifications qu’il y fait continuellement, même les jours de dimanche et fêtes, et par les personnes qu’il renferme, et en voyant arriver de toutes parts des espions qui portent et remportent les nouvelles aux aristocrates qui sont coalisés avec lui de différents endroits. Il est des personnes qui sont si effrayées d’un tel appareil, qu’elles ont pris le parti de sortir de cette municipalité.

A ces causes, nous recourons à ce qu’il vous plaise, Messieurs, de vouloir bien employer les secours que les lois vous mettent en main et que la prudence vous suggèrera.

Signé : J. Roland, maire ; J. Blanchard, J. Monier, officiers municipaux ; J.C. Roland, notable ; Deydier, C. Arnaud ; Meffre, procureur de la commune ; Sauvayre, curé. »

Le 04 juillet, le comte de Saillans, lieutenant général de l’armée des Princes était à la tête d’une troupe de 1500 à 2000 hommes. Il venait de s’emparer du château de Banne, près de Jalès en Vivarais. Il résistera du 04 au 11 juillet aux forces révolutionnaires. Des émissaires envoyés par les émigrés, comme Monier La Carré, parcourraient les différentes villes de la Drôme pour y racoler des recrues.

Le curé de Bellecombe, Esprit Vautour, était maintenant incapable de tenir seul les registres d’état civil. Le relais fut assuré officiellement par le curé du Poët Sigillat, Pierre Sibend.

Le 08 juillet : déclaration de la patrie en danger.

La campagne allait mal. La récolte en blé était mauvaise, mais restait bonne en pomme de terre et sarrasin, dit blé noir.

Le 22 juillet, décès à Malaucène de Antoine Amable Courcy, ancien vicaire de Sainte Jalle.

Le 28 juillet, on demandait des volontaires à Sainte Jalle. Les autrichiens entraient dans le nord de la France

En juillet, un feu de joie fut fait dans le village de Condorcet pour brûler les documents anciens. Le marquis de Condorcet, alors député de Paris, avait lui même fait voter, à l’Assemblée Législative, le décret ordonnant de détruire les archives et titres de noblesse.

Le 22 juillet, les registres d’inscription des volontaires étaient disponibles à Nyons, soit pour le 2ème bataillon de la Drôme commandé par JB Charras, soit pour le 6ème bataillon commandé par Charponnet.

Le 06 août : «Par devant Jean Pierre Brochery, président du tribunal…un certain nombre de volontaires du bataillon de la Haute Garonne…, une trentaine,…(se massent) devant la porte de l’église paroissiale de Bésignan…»

10 août : prise des Tuileries : La commune insurrectionnelle de Paris prenait le contrôle de l’Assemblée Législative, massacrait les Suisses, déposait le roi.. La convention décidée par la Législative vit l’élection de 749 députés dont pour la Drôme : l’évêque Marbos et Olivier de Gérente de Mollans.

Ce fut le début de la terreur.

Le 11 août, Joseph Roux, se rendait à Bésignan. Il en fera la déposition le 19 suivant. Le marquis lui répondit vertement. Après quoi, il lui montra un drapeau rouge, fait avec une jupe de sa femme, portant en lettres noires : «Déclaration de guerre».

13 août : Incarcération de la famille royale au Temple.

18 août : Suppression officielle des congrégations.

Fermeture de la chapelle des pénitents de Sainte Jalle.

Le 19 août, Jean Teste de Sainte Jalle fit une déposition à M. Loubier, juge de paix du canton de Sainte Jalle pour signaler que le  Marquis Duclos-Bésignan faisait des préparatifs contre Sainte Jalle et entretenait des relations avec des aristocrates.

« Cejourd’hui 19 août 1792, l’an IV de la liberté, à dix heures du matin, par devant nous juge de paix du canton de Sainte Jalle est comparu Jean-Pierre Teste, fils de Jean, citoyen de ce lieu de Sainte Jalle, lequel nous a affirmé avec serment que, le jeudi 16 du courant, une femme de ce lieu se trouva sur la rue, et lui dit secrètement que le sieur Bésignan, avec sa troupe, devait venir au premier jour dans ce lieu de Sainte Jalle pour y mettre tout à feu et à sang, et que s’il voulait s’en soustraire il n’avait qu’à marquer sa porte, et que cette même femme lui avait dit, toujours secrètement, d’en avertir la municipalité, sans la compromettre ; que ledit Bésignan l’avait dit à elle et à son mari ; de même que s’il entendait dire quelque chose contre lui, d’aller lui en faire part, en criant à la porte ce mot : Bésignan, et que cette alerte devait arriver avant le 24 du présent mois. Elle ajouta qu’il lui avait fait voir une grande quantité de lettres venant des frontières du royaume et de divers ennemis de l’état ; que certaines lui avaient été apportées des exprès dans leurs queues, et qu’il avait fait moudre dans huit jours treize saumées de blé-froment pour provision, et qu’il continue toujours, et en présence de sieur Etienne Bonneau, maire de ce lieu, et de M. Jullian, curé de cette paroisse, il a signé sa déposition ; dont acte, Encore présents les sieurs Guintrandy, Jean-Joseph Teste et Jean-Baptiste Allemand, citoyens de ce lieu.

Signé : JP Teste, E. Bonneau, maire, Jullian, curé, Guintrandy, J-Joseph Teste, B. Allemand, F. Loubier, juge de paix, Teste, secrétaire greffier. »

Le même 19 août, Joseph Roux rendit compte de sa visite.

« Du même jour et an que dessus, à cinq heures du soir, est encore comparu par-devant nous juge de paix sieur Joseph Roux, citoyen de ce lieu de Sainte Jalle, lequel nous a affirmé avec serment que le samedi 11 du courant, il fut au lieu de Bésignan, au château du sieur Duclos, où étant il a trouvé le sieur Duclos, et il lui a demandé des nouvelles du temps ; il lui a répondu qu’il aurait en moins de vingt-quatre heures de temps plus de 4000 hommes à son service, et même tout le Comtat, et que quand on apporterait des pièces de 4, elles ne feraient pas plus qu’à son cul, et qu’il se foutait de tous ses ennemis, qu’il avait assez de pain, et quand il aurait fini, il mangerait de la bouroulette, et qu’il lui présenta un drapeau rouge auquel étaient écrits en lettres noires ces mots : « Déclaration de guerre, » et de suite, il lui fit lecture d’une lettre venant des pays étrangers qui lui disait de tenir ferme, qu’on lui donnerait bientôt du secours, et que si le roi était inquiété, ou qu’on lui fît quelque tort, on passerait tous les parisiens au fil de l’épée, et tous ceux qui ne voudraient pas se soumettre à eux et surtout les intrus…et que l’assemblée nationale n’a jamais dit si bien la vérité que quand elle a déclaré la patrie en danger ; qu’on faisait des troupes, mais qu’elles n’iraient pas au camp sans qu’elles fussent mortes de faim et que Lyon n’avait point voulu en fournir. Ledit Roux déclare qu’il ne se rappelle pas de beaucoup d’autres propos hostiles qu’il lui avait tenus et a signé ; dont acte.

Roux, F. Loubier, juge de paix ; Teste, secrétaire greffier. Extrait sur la minute ? Signé F. Loubier, juge de paix ; Teste, secrétaire greffier. »

Le 20 août, L’Assemblée Législative ratifiait l’action antérieure des paysans par les décrets du 20 et 25 août en leur accordant une première concession : En cas de contestation, le débiteur est tenu de fournir les preuves de son bon droit.

Le Marquis de Bésignan fut alors obligé de produire lui-même le titre primitif d’inféodation pour avoir gain de cause sur Bésignan et le Poët Sigillat.

Le 20 août, lettre du procureur syndic du district de l’Ouvèze, Courtaut :

« Il revient tous les jours que le château de Bésignan est un repaire de contre-révolutionnaires. Nos patriotes s’exaltent justement aux récits qu’on en fait et nous avons toutes les peines du monde à les contenir… Il y a dans notre arsenal depuis hier 4 pièces de canon, dont deux de 4 et deux de huit. Si le danger est réel, vous pouvez en disposer de même que tous les patriotes de notre ville…. »

Le même jour, une autre lettre était écrite par Ferrier, originaire de Buis, ouvrier qui travaillait à Bésignan :

« J’ai appris, ma chère Jeanne, avec un grand déplaisir, la situation où tu as été de la frayeur que ces coquins t’ont mise. J’espère que cela ne fera rien. Je te prie de tâcher de te transporter au Bos où à Girod si tu peux. J’aurais bien du plaisir de te voir. Fais-moi le dire par Monsieur Gleize et ne manque pas à Dieu. Je t’embrasse de tout mon cœur. »

Cette lettre fut confiée à Dominique Gleyze.

Quelques heures après, une patrouille du détachement des volontaires de la Haute Garonne, conduite par le Lieutenant Furguier, arrêta un inconnu en possession d’une lettre venant de Bésignan.

L’interrogatoire rapporta les éléments suivants :

Le suspect s’appelait Dominique Gleyze, régent de quatrième, résident à Mende, Lozère, âgé de 20 ans. Il avait quitté Mende le 15 juillet pour se rendre au Buis, ville où il était arrivé début août.

Il était allé voir son ami Ricard, vitrier originaire de Buis, qui travaillait pour le Marquis au château de Bésignan. Sur sa demande, il y était resté trois jours. Les autres personnes présentes au château se nommaient :

Sulpice, soldat du Régiment Soissonais

Ferrier, qui lui avait donc confié une lettre pour sa femme

Joseph Ricard, vitrier

Pascal, originaire de Buis

Béranger, de Malaucène

Mionnais, menuisier

Ces gens étaient là pour les travaux. Ils avaient passé le samedi à des jeux; loto, dames et autres…

Dominique Gleyze n’avait pas vu de préparatifs particulier mais certains montaient la garde. Il avait voulu ouvrir une fenêtre et avait été arrêté dans son geste. Celle-ci avait été refermée sur le champ. Gleyze avait vu 7 à 8 fusils dont quelques uns à deux coups avec 1 paire de pistolets mais ne pouvait donner aucune information sur leur usage. Il n’y avait pas eu de correspondance, sauf la lettre de Ferrier pour son épouse.

La fouille du suspect permit de découvrir un pistolet de poche.

Dominique Gleyze sera ensuite relâché, faute de preuve.

Le 20 août, Joseph d’Audiffret, suppléant au tribunal de Buis et son frère cadet, prêtre, dénoncés comme ayant participé à la conspiration du comte de Saillans, furent appréhendés au Buis. Ils furent ensuite transférés à la citadelle de Montélimar le 25 août.

Le 21 août, la société patriotique de Vinsobres alertait ses sœurs de St Paul, Orange, Suze et Valréas. Considérant le château du marquis de Bésignan comme «un nouveau Jalès», et constatant que «le Sieur Duclos paraît avoir de grandes protections dans notre district de Nyons de même que dans notre département», elle invita les «frères et amis» à passer à l’action.

Capitulation de Longwy, le 22 août

Ce même jour, le directoire du département, par peur d’un émeute populaire, décidait de rendre une nouvelle visite au Marquis de Bésignan pour «calmer les inquiétudes que donne le château de Bésignan, depuis longtemps suspect aux habitants, et qu’ils voudraient réduire par la force.»

Deux administrateurs du district de Nyons, Caton et Alexandre Romieu, arrivèrent à Bésignan avec un certain nombres de gendarmes et de gardes nationaux.

A leur approche, le marquis ferma les portes. Il monta dans une des tours pour hisser son drapeau rouge. Puis Duclos cria d’une fenêtre :

«qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château, qu’il avait été menacé par ses ci-devant vassaux, et que s’il périssait, il périrait beaucoup de monde.».

Le marquis refusa l’entrée du château qui était visiblement en état de répondre à toute attaque.

La troupe était composée de volontaires de Haute Garonne, placés sous le commandement de Guillaume Ayral.

marquis

Guillaume Ayral

Celui-ci ordonna alors le siège du château. Les soldats cherchèrent à se loger, soit dans le village pour les plus chanceux, soit dans un camp formé à proximité et appelé «camp de l’égalité». Ce camps fut installé à la ferme de La Cour, sous Fontbonne.

marquis

Cadastre de Bésignan

 

marquis

Section B du cadastre de Bésignan

 

marquis

Lieu dit » Le Château » Section B du cadastre de Bésignan

«  Nous François Nicolas Joseph César Caton et Antoine Alexandre Romieu, administrateurs du district de Nyons, commissaires nommés par l’arrêté du conseil d’administration du jour d’hier, à l’effet de nous rendre à Bésignan pour les causes énoncées audit arrêté, étant arrivés cejourd’hui, à huit heures du matin, au moulin de Sainte Jalle, dit vulgairement le Moulin du Plan, que nous avions indiqué pour le lieu de réunion à MM. Les commandants des volontaires nationaux en garnison au Buis, de la gendarmerie nationale de Nyons et du Buis, avons trouvé lesdits volontaires et gendarmes arrivés.

Nous avons fait part à MM. Les commandants de l’objet de notre mission, et avons fait lire, à la tête de la troupe assemblée, l’extrait de l’arrêté du conseil d’administration, et de suite nous nous sommes mis en marche, accompagnés de la troupe, pour nous rendre au ci-devant château de Bésignan.

Lorsque nous en avons été à une portée de fusil, nous avons priés MM. les commandants de faire faire halte à leurs troupes respectives, et nous nous sommes avancés, accompagnés des commandants des volontaires et de la gendarmerie, de plusieurs officiers et gendarmes, précédés d’un tambour. Nous avons aperçu plusieurs hommes armés sur les toits de la maison et aux fenêtres: Le nombre nous a apparu être de quinze à vingt. Un moment après, nous avons vu un drapeau rouge arboré sur une des tours.

Nous nous sommes arrêtés, avons attaché un mouchoir blanc au bout d’une canne, avons fait battre un ban par le tambour, et avons fait flotter notre drapeau blanc en avançant. Au signe d’intentions pacifiques de notre part, le drapeau rouge a été baissé. Un des hommes que nous avions aperçu armé d’un fusil sur le toit, a fait le mouvement de repos sous les armes.

Etant arrivés sous les fenêtres de la maison, un dame, que nous avons reconnu être l’épouse du sieur Duclos fils, s’est montrée, et nous a demandé qui nous étions et ce que nous voulions. Nous lui avons répondu que nous étions des commissaires du district, qui souhaitions parler au sieur Duclos fils: elle nous a dit que nous pouvions lui parler à elle, que son mari était à son poste.

Ayant insisté, et lui ayant donné notre parole que la troupe qui était arrêtée n’avancerait pas sans notre ordre, elle s’est décidée à faire appeler son mari, qui a paru à la même fenêtre. Il nous a fait les mêmes questions que son épouse; nous lui avons fait la même réponse, en ajoutant que, sur les bruits alarmants qui s’étaient répandus, le district nous avait députés pour visiter la quantité des armes et des munitions renfermées dans sa maison. Il a dit que le district n’avait point d’ordre à lui donner; que d’ailleurs la visite que nous voulions faire avait déjà été faite par un commissaire du directoire, et que depuis l’état de sa maison n’avait pas changé; que d’ailleurs des visites domiciliaires ne se faisaient pas de cette manière ; que des commissaires ne marchaient pas avec une armée de baïonnettes.

Nous lui avons observé que la troupe n’était pas dans des intentions hostiles; que nous répondions d’elle; il nous a répliqué que nous étions bien hardi d’en répondre, qu’à Paris on n’avait pas pu en être maître, et nous a demandé d’où émanaient nos pouvoirs; que nous n’ignorions pas que le roi était suspendu. Nous lui avons dit que nos pouvoirs émanait d’une autorité constituée: il nous a dit que le roi était aussi autorité constituée, et qu’il avait été suspendu, et quelle autorité il y avait dans le moment. Nous lui avons dit que l’assemblée nationale était l’autorité supérieure seule qui fût reconnue par les Français dans ce moment, et que ses décrets devaient être exécutés comme lois du royaume. Il nous demandé si nos pouvoirs étaient antérieurs ou postérieurs à la suspension du roi: nous lui avons répondu qu’ils étaient postérieurs. En ce cas là, nous a-t-il dit, vous pouvez faire ce que vous voudrez.

Nous avons vainement employé toutes les voies de l’exhortation et de la douceur pour l’engager à nous laisser remplir notre mission: il nous a dit qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château; qu’il avait été menacé par ses ci-devant vassaux, et que s’il périssait il périrait beaucoup de monde. Nous lui avons demandé pourquoi ce drapeau rouge arboré sur sa maison; qu’aux termes de la loi du 8 juillet dernier, c’était un signe de ralliement et de rébellion: il n’a rien répondu.

Nous l’avons sommé pour la dernière fois de nous ouvrir les portes de sa maison; il nous a dit qu’il ne laisserait entrer que quatre personnes. Nous lui avons dit que puisqu’il persistait dans ses résolutions, nous allions nous retirer, et que l’administration se verrait forcée d’employer des moyens violents pour le réduire: il a dit qu’il était résolu à tout.

Nous nous sommes retirés à l’endroit où la troupe s’était arrêtée, et de suite se sont présentés à nous les sieurs Loubier et Teste, juge de paix et secrétaire de paix du canton de Sainte Jalle, lesquels nous ont exhibé des dépositions faites devant le tribunal de paix contre le sieur Duclos fils.

La gravité des faits contenus dans lesdites dépositions nous a engagés à requérir le commandant des volontaires de se cantonner au village de Bésignan et de cerner par des postes le château, avec réquisition de mettre en état d’arrestation toutes personnes qui sortiraient du château. Nous avons de suite fait une réquisition à la municipalité de Bésignan pour faire fournir le logement et l’étape à la troupe jusqu’à nouvel ordre. Le commandant nous ayant observé qu’il n’avait pas assez de monde pour faire les patrouilles nécessaires, nous avons requis le commandant du bataillon de Sainte Jalle de commander tel nombre d’hommes que le commandant des volontaires jugera convenable, pour l’aider dans sa garde des postes, jusqu’à ce que l’administration ait statué à cet égard.

Le juge de paix de Sainte Jalle, sur notre réquisition, nous a remis une copie certifiée de la déposition ci-dessus relatée, qui sera jointe audit procès-verbal.

Nous nous sommes retirés à Sainte Jalle, où nous avons dressé le procès-verbal, que nous avons signé avec les commandants et officiers des volontaires et de la gendarmerie et gendarmes qui nous accompagnaient.

Fait à Sainte Jalle, le 22 août 1792, l’an IV de la liberté à deux heures du soir.

Signé Alexandre Romieu, Caton, Guillaume Marie Ayral, commandant, Reynaud, gendarme, Lasserre, capitaine ; Chevandier-Valdrôme, lieutenant de gendarmerie 12me division. »

Le Marquis Duclos adressa au département une lettre qui fut saisie.

Le 22 août, la municipalité de Buis se plaignait officiellement des troubles de l’ordre public déclenchés par l’arrivée des troupes.

Le 23 août, lettre du procureur syndic du district de l’Ouvèze, Courtaut :

«Le club de la ville s’assemble à cet égard ; Il délibèrera sans doute de s’y porter en force et de mener leurs canons qu’on demande. L’administration ne pourra arrêter une ardeur si intense et de porter secours à ses frères qui en réclament…».

Guillaume Marie Ayral, commandant des volontaires qui cernaient le château du marquis, fit un état des lieux en ce même jour.

« Au Directoire du district de Nyons,

Frères et amis, je vous ai promis de vous donner connaissance de la situation de notre camp : je m’acquitte de ma parole. La nuit a été tranquille. Des patrouilles, qui se croisaient sans cesse, ont cerné toute la nuit le château, où régnait aussi la plus grande surveillance.

Ce matin, j’ai rapproché les postes à deux portées de fusil du château. J’ai cru devoir les multiplier, parce qu’une colline laissait une trouée par où l’on aurait pu s’échapper. Tous nos volontaires brûlent de monter à l’assaut, et comptent pour rien leurs fatigues.

Ce matin, lorsque je faisais la ronde des postes, M. Duclos m’a demandé une conférence pour affaires importantes. J’ai consenti à me transporter à moitié chemin du château. Il s’est plaint que j’interceptais toute communication avec l’extérieur.

Tels sont mes ordres, lui ai-je répondu.

Si j’avais prévu, hier, j’aurais souffert la visite domiciliaire, quoique illégale.

Vous en étiez le maître, et vous vous seriez évité ces moyens de rigueur.

Je vais écrire au département, pour savoir de lui quand tout ceci prendra fin.

Quand nous aurons des canons.

En attendez-vous ?

Oui.

Mes murailles résisteront à leurs coups, et je me défendrai vigoureusement.

A la bonne heure.

Mais pourquoi faire des brèches, puisqu’il y a des fenêtres par lesquelles vous pourriez entrer ?

C’est que nous ne voulons nous introduire que par la brèche.

Je vais écrire ; me promettez-vous de faire tenir mes lettres au district et au département ?

Je vous le promets.

Devez-vous toujours me garder ainsi ?

Jusqu’à nouvel ordre.

Mais je puis faire aussi des lois chez moi, et si vos volontaires s’approchent jusque dans la colline, je ferai tirer dessus.

Ils riposteront.

Tous les passages me sont fermés. Je prends ma viande au Buis ; je suis forcé de m’en passer.

Nos volontaires ne mangent que du pain.

Je vais écrire.

Je ferai prendre vos lettres.

Voilà notre conversation. J’ai cru devoir vous en faire part.

Je vous préviens que l’étapier de Nyons a refusé de fournir l’étape sur votre réquisition.

En conséquence, je vous prie d’adresser de suite à la municipalité de Buis des ordres pour le forcer de la fournir pour demain et les deux jours déjà écoulés. En attendant, nous vivons comme nous pouvons, et l’on nous fournit du vin du moulin du Plan.

Nous attendons avec impatience des canons pour terminer ce siège. Deux compagnies de gardes nationales sont venues ce matin s’offrir à le continuer avec nous.

Je suis avec la plus intime cordialité votre affectionné concitoyen.

Signé ; Guillaume-Marie Ayral, capitaine-commandant, au camp de l’Egalité ce 23 août l’an IV. »

La lettre faite par le marquis Duclos et remise ce jour :

« Bésignan, ce 23 août 1792,

Messieurs, quelle fut ma surprise lorsque je vis hier, sans motif, approcher de ma demeure un membre du district entouré de beaucoup de monde, et suivi, à 150 toises de distance, d’un gros corps de troupes qui n’avait rien moins l’apparence de protéger les lois, mais plutôt celle de faire une attaque vigoureuse et vexatoire!

Ma surprise fut bien plus grande lorsque l’administrateur énonça sa mission. Muni d’un extrait du procès-verbal de visite dressé le 27 juin dernier à la suite des mouvements et inquiétudes de plusieurs municipalités voisines, je ne pouvais croire avoir donné lieu à une seconde, tandis que ma position n’avait nullement changé, et que bien loin d’avoir rien fait pour aigrir les esprits, je n’avais eu rien tant à cœur, malgré les dangers qui m’ont toujours entouré, que de montrer la plus grande tranquillité.

Après avoir témoigné mon étonnement à M. l’administrateur, il n’insista pas moins à faire une seconde visite domiciliaire, réprouvée par les lois. Je lui répondis que je m’étais bien volontiers soumis à la première, par suite de mon dévouement à la tranquillité publique ; que je me rendrais, quoique à contre cœur, à la seconde, toujours d’après les mêmes motifs, si la loi n’était entourée que de gens suffisants pour la protéger ou pour sa dignité, mais que la suite d’environ 200 hommes ne devait pas être regardée de ma part comme une simple protection.

J’ajoutai que, lors de la première visite, l’administrateur commis ne s’entoura que de deux gendarmes ; qu’aucune démarche postérieure n’avait pu rien altérer dans les formes, et que j’étais prêt, si l’on voulait venir de la même manière, à ouvrir mes portes.

M. l’administrateur, je ne sais sous quel prétexte, n’écouta point mes représentation et se retira.

Sa retraite fut suivie de dispositions dans la troupe aussi singulières que contre le droit des gens. Dans un instant, ma demeure fut entourée par la troupe entière, de manière à ne me laisser aucune communication, pas même celles nécessaires à ma subsistance et à celle de ma maison ; ce matin même, les postes multipliés posés dans la journée d’hier ont reçu l’ordre de me resserrer encore plus.

Quelles que soient les autorités, elles ont des règles à suivre, et excepté qu’on ne veuille faire croire à l’univers entiers qu’il n’en existe plus en France, on doit du moins en conserver l’ombre.

D’après ces principes, M. l’administrateur aurait dû, au préalable, rendre compte de sa mission, de mes réponses et de mes interpellations, et prendre les ordres ultérieurs de ses commettants ; mais il ne devait pas, quand on se soumet même à des ordres que la constitution réprouve, commander de son pur mouvement des dispositions hostiles.

J’oubliais d’ajouter que, sur mes diverses représentations, M. l’administrateur me parla de la loi du 8 juillet dernier ; sans la connaître précisément, je répondis que la municipalité du lieu ne m’avait fait aucune réquisition au sujet de mes armes, et qu’au reste ne m’ayant jamais fait l’honneur de m’inscrire au rôle des citoyens actifs, je ne croyais pas être soumis à la remise de mes armes , étant forcé, par la nature de ma position, à ne compter que sur elles pour mon salut et celui de ma famille.

Il est notoire que la conduite qu’on tient et qu’on va tenir me porte les plus grands dommages. L’administration présente voudra bien me permettre de lui observer qu’elle m’est responsable de tous ceux qu’elle aurait pu éviter, et je ne doute pas d’un instant que mes représentations n’amènent des réflexions aussi sages qu’humaines.

Qu’on n’imagine pas qu’un père de famille, résigné à lutter contre la mort et déterminé à défendre avec héroïsme ses enfants, se laisse ébranler à des appareils de guerre, qui ne devraient être employés que contre des puissances ennemies…Mes résolutions ne changeront jamais. J’ai déjà dit souvent aux administrateurs que je sais subir la loi quelconque qui existe, mais que lorsqu’elles se voilent pour laisser consommer le crime, j’avais assez de caractère pour résister à son exécution ou mourir avec honneur.

J’ai l’honneur d’être avec respect, Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

J. Duclos-Bésignan

PS : J’envoie copie de la présente aux administrations supérieures. »

Le Buis envoya 50 hommes de la garde nationale du canton. Les commissaires Caton et Romieu renouvelèrent leur démarche sans plus de succès.

«Ne se croyant pas suffisamment en force pour faire exécuter la loi», ils demandèrent au conseil du département d’obtenir du maréchal de camp Poncet, chef d’état major de l’armée du midi, l’envoi de troupes de ligne et d’artillerie.

Le capitaine commandant des volontaires nationaux partit de Nyons pour Bésignan avec «130 paquets contenant chacun 6 cartouches à balle dans deux petits caissons en bois.»

Antoine Louis François Bertrand de Montfort, vibailli du Buis depuis 1775, député du Tiers Etat pour le Dauphiné à l’Assemblée Constituante, mais contesté depuis le 28 juin 1788, était juge au tribunal de district siégeant au Buis.

Connu pour la tiédeur de ses sentiments révolutionnaires, il quitta le Buis le 24 août, pendant huit jours, évitant de prendre des décisions sur le Marquis de Bésignan.

Barbier, maire, avait pris le même chemin vers Valence. Il fut remplacé provisoirement par Jouve.

Toujours ce même jour, Courtaut, procureur syndic du district de l’Ouvèze, envoyait le courrier suivant :

«Nous vous donnons avis qu’un rassemblement d’hommes armés avec du canon, est sorti ce matin de nos murs pour se porter sur le château de Bésignan…».

A huit heures du soir, arriva au Buis, sans avoir prévenu, une troupe de gardes nationales de Malaucène, en provenance de Carpentras forte de 160 hommes et deux canons. Ils furent logés chez l’habitant ce qui entraîna des troubles dès la première nuit. La municipalité se plaignit à nouveau par écrit au District à 11 heures du soir.

Ce même soir, le commandant Guillaume-Marie Ayral, écrivait du camp de l’égalité, devant le château du Marquis de Bésignan :

«(le marquis)…demande le passage pour se procurer des vivres et un médecin pour prendre soin de sa famille, malade… Refus de la première demande ainsi que de la deuxième…Nous n’en attendons pas moins des canons comme le plus utiles des remèdes…En attendant, je fais resserrer les postes plus que jamais et notre prisonnier, monnayant de ses forces si ses demandes ne sont pas octroyées, je fais monter trois officiers cette nuit et renforce la garde pour éviter toute surprise…»

Pendant ce temps, les deux administrateurs de Nyons retirés à Sainte Jalle réquisitionnaient toutes les gardes nationales des environs et demandaient des forces au Général d’Albignac, commandant de la réserve de l’armée du Midi.

Celui-ci quitta Pont Saint Esprit le 25 août à 6 heures du soir pour arriver à Nyons le 26 à 5 heures du matin. Le château du Marquis de Bésignan était considéré à cinq heures de marche. La troupe se mit en route avant midi et traversa Sainte Jalle un peu avant 15 heures.

Le 25 août, à cinq heures de l’après midi au camp de l’Egalité, un volontaire du poste de la Liberté remonta vers le camp de l’Egalité, pour apporter une lettre remise par le père du marquis :

«Monsieur,

Mon fils ne pouvant sans danger sortir de chez lui , j’avais cru devoir me rendre chez lui, pour lui aider à faire des récoltes, seul motif qui m’y ait amené.

Les dangers qui le menacent ne doivent, ne me semble, me regarder personnellement, par la conduite hors du moindre écart, connue de tout le monde, que j’ai tenu pendant tout le cour de la révolution.

Si mon fils a mérité la menace que l’on prend, ça toujours été contre mon avis, qu’il n’a jamais voulu écouter. Ainsi, je me remets en confiance, entre vos mains et celle de votre garnison, persuadé que je suis, de votre loyauté…»

Le conseil militaire se rendit sur place pour interroger le sieur Duclos, père du marquis.

Il confirma alors :

N’avoir pris aucune part aux complots de son fils.

Qu’il avait saisi un instant favorable pour s’évader.

Il ajouta

«qu’ayant chez lui un cheval depuis deux ans, il désirerait de faire demander à son fils». «Mais nous lui avons représenté que nous était interdit depuis le matin, toute correspondance…».

Le sous lieutenant Bonastré, de la 7ème compagnie de volontaires de la Haute Garonne, avait vu l’évasion. Le Marquis Duclos avait crié au poste :

Le Marquis: « Renvoyez-moi cet homme ! »

Le père: « Je n’en veux rien faire ! »

Le Marquis: « Vous êtes donc un traître. »

Les commandants du blocus remarquèrent «en outre, que le ci-devant château de Bésignan, a pris dès ce moment un appareil de défense plus marqué, que toutes les portes et fenêtres ont été fermées. Les personnes qui se promenaient ordinairement, se sont retirées à l’intérieur. Une sentinelle a été placée sur les toits et l’on a cru apercevoir que des trous placés dans les tours s’étaient agrandis, on ne sait pourquoi…»

A la même date, le district de Buis écrivait aux communes voisines pour des réquisitions : «Un rassemblement considérable de troupe se fait à Bésignan pour détruire une maison suspecte. Il faut des vivres et surtout du pain et du vin.» Il demandait une contribution aux autres villages pour «moudre et cuire sans discontinuer

Le 26 août, décret qui donnait aux prêtres réfractaires 15 jours pour sortir de France sous peine de déportation en Guyane.

Le lundi 26 août à 16 heures du soir, les membres du directoire, Alexandre Romieu et César Cotton avaient installé leur quartier général au Moulin du Plan.

Outre le détachement de l’armée de réserve du Midi, commandée par le lieutenant général d’Albignac (quelques centaines d’hommes, seuls trois canons sont disponibles, deux canons ont été laissé à Nyons par d’Albignac), se concentrait un détachement de gardes nationaux de Carpentras et de Malaucène, venu sans réquisition mais avec trois pièces de canon. Ces derniers avaient été reçus par le général qui leur permit de se joindre à l’armée. Des volontaires du département de Haute Garonne sous les ordres du capitaine Ayral, des grenadiers du 2ème bataillon des volontaires de l’Ariège et ceux du 7ème régiment d’infanterie étaient déjà là. Une animosité apparut aussitôt entre les gardes nationaux et l’armée régulière.

A la découverte du château du Marquis, le général d’Albignac s’écria : «C’est un poisson d’avril!»

L’armée se positionna ensuite sur une esplanade faisant face au château du marquis, à une distance d ‘environ 450 à 500 pas. Dès que le Marquis de Bésignan vit le rassemblement, il arbora un drapeau blanc. Mais les trois canons et chariots de munition vinrent aussi s’aligner à l’extrémité de l’esplanade, la plus près du château. Le Marquis lança alors des bravades de sa fenêtre, en agitant son drapeau rouge . Puis le marquis le hissa à la place du drapeau blanc. Il refusa à ce moment de reconnaître la légitimité du pouvoir insurrectionnel de Paris.

Le Marquis de Bésignan fit ensuite tirer plusieurs coups de mousquets. Plusieurs décharges de pièce de huit ripostèrent sans pouvoir toucher le château. Il s’en suivit une certaine confusion dans les rangs de l’armée, ce qui nécessita l’intervention du général.

Celui-ci fut ensuite convoqué par M. Grangier, commissaire du Département de la Drôme, député à l’armée. Ce dernier lui demanda d’employer les forces qu’il avait à sa disposition et celles qui allaient arriver le lendemain (27.08) pour assiéger le château du Marquis.

De retour sur l’esplanade, le général tint conseil avec ses troupes et nomma deux adjudants majors. Il plaça des postes et cerna le château du Marquis pour empêcher la fuite des rebelles. La position de l’esplanade s’avérait en fait peu avantageuse pour les canons.

Le général d’Albignac décida alors de rassembler quelques paysans pour former une compagnie de sapeurs et de pionniers. Il leur expliqua qu’il fallait construire dans la nuit des retranchements à environ 300 pas du château du marquis et y placer l’artillerie.

Le même jour, la mairie de Sainte Jalle, en la personne de son maire, Bonneau, accusait la bonne réception de la lettre circulaire de réquisition pour les troupes, envoyée par la municipalité de la ville de Buis. Elle y répondit que :

«Malheureusement, les moulins vont fort lentement, à cause de la pénurie d’eau. En outre, le vin manque et nos voisins ne sont pas mieux approvisionnés.»

Le mardi 27 à 4 heures 30 du matin, l’aile du château fut battue en brèche du coté Nord avec une pièce de huit.

A 10 heures, la tour septentrionale fut démolie. Un nouveau retranchement fut construit sur la partie méridionale à environ 250 pas du château par les canonniers de Pont Saint Esprit. Deux pièces de quatre y furent installées.

La riposte ne s’arrêtait pas. Trois canons tiraient continuellement sur le château. Cependant, à chaque fois, le Marquis apparaissait dans les trous faits par les boulets pour tirer un coup de carabine. Il réussit à blesser deux canonniers. Pendant ce temps, quelques gardes nationaux quittaient sans ordre le camp de siège pour réquisitionner les villages voisins.

Vers les 11 heures du matin, le général vit arriver au camp des moutons et quatre bœufs morts. Exaspéré par tant d’indiscipline, d’Albignac fit relever les postes confiés aux gardes de Malaucène et Carpentras sous prétexte d’insubordination. Une compagnie du 7ème régiment d’infanterie prit leur place.

Vers midi, la situation était établie comme suit : Il ne restait plus que 50 à 60 boulets de 8, les cartouches diminuaient, les secours attendus de Nyons n’arriveraient que le soir vers 6 heures. Le général d’Albignac donna alors l’ordre de cesser le feu afin de conserver assez de munition en cas de sortie des rebelles. Le calme revenu, les soldats admiraient la résistance des assiégés. Les discussions allaient bon train.

Le général profita du répit pour faire installer une infirmerie car il y avait déjà deux blessés. Il demanda au commissaire de requérir les chirurgiens des villages voisins. En moins de deux heures, l’infirmerie fut établie. Trois chirurgiens furent nommés, dont probablement Joseph Henri Villelongue, de Sainte Jalle, et les premiers soins furent donnés. Durant ce laps de temps, le général tentait de discuter avec le Marquis pour arrêter les combats et obtenir sa capitulation.

Devant son refus, d’Albignac décida d’incendier le château, car il avait remarqué que celui-ci était entouré de magasins de foin et de paille.

A ce moment-là, le commandant de Malaucène qui avait avec lui sa femme déguisée en homme, insulta ouvertement le général d’Albignac en lui reprochant « d’empêcher tous les moyens de pouvoir s’indemniser lui et ses troupes des dépenses qu’il avait faites depuis quelques jours » et en le traitant de « aristocrate et traître »

Le commandant de Malaucène voulut dès lors semer le troubles dans les rangs de l’armée régulière en leur faisant miroiter les récompenses possibles. Pendant ce temps, l’incendie prenait de l’ampleur. Le Marquis Duclos « tantôt occupé à éteindre les flammes par les secours de l’eau et dans un autre instant à faire des décharges continuelles sur tous les postes qui cernaient le château », parvint à diminuer l’incendie et à blesser sept soldats dont deux à mort.

A 16 heures, les renforts de Nyons n’étaient toujours pas arrivés. Les assiégés hissèrent le drapeau blanc pour capituler. Le général y aurait consenti si une grande partie de ses troupes ne s’y était opposé. Le commandant des gardes nationales en profita pour semer la zizanie et augmenter le trouble dans les esprits en insinuant qu’il ne s’agissait que d’une ruse des assiégés.

Sous la pression, d’Albignac ordonna alors de poursuivre l’incendie mais sans tirer un seul coup de fusil.

Vers 18 heures 30, les deux canons de Pont Saint Esprit qui étaient restés à Nyons par ordre du général ainsi que les chariots de munitions arrivèrent au camp.

Le général fit doubler les postes de garde pour la nuit afin d’éviter toute évasion. Il décida aussi de rallumer l’incendie qui s’était éteint doucement en fin d’après midi.

Dans le même temps, l’ordre fut donné de rassembler pionniers et sapeurs pour former de nouveaux retranchements plus près du château, à 150 pas, et pour y placer les cinq pièces de canon.

Utilisant le prétexte de marquer l’emplacement de ces nouvelles tranchées, le général d’Albignac fit secrètement avertir le marquis qu’il lui accordait trois heures pour disparaître. Mais il fut alors entouré par une horde de gens à la tête de laquelle on retrouvait le commandant de Malaucène. Celui-ci conseilla de «lui mettre la tête en bas ». Le général sortit son épée mais fut aussitôt protégé par ses partisans. Les esprits s’échauffaient de plus en plus entre les deux camps . D’Albignac, toujours encadré par ses soldats, revint sur l’esplanade et arriva alors à calmer ses hommes qui hurlaient vengeance. Il partit inspecter ensuite les différents postes ainsi que le chantier des retranchements.

Vers minuit, le Marquis remplaçait les portes du châteaux qui avaient brûlées. Il cloua, à grands coups de marteau, des planches bien épaisses. Le bruit se répercutait volontairement au milieu des couchages des assiégeants.

Pendant ce temps la municipalité de Crest écrivait que le sieur Duclos père, en état d’arrestation, traduit dans la prison de Valence, venait d’arriver en ville, escorté de deux gendarmes nationaux.

Le mercredi 28 août, dans la nuit, un officier des volontaires de Haute Garonne, qui, malgré un coup de feu qu’il avait reçu à la joue dans la journée, n’avait pas voulu confier le commandement des postes de nuit, aperçut les rebelles en train de faire une tentative d’évasion. Il donna l’alerte et toute l’armée se mit en mouvement. Une corde fut découverte à une des fenêtres. Elle fut coupée par les soldats. Les feux furent allumés à tous les postes de garde. Certains guets furent rapprochés du château.

A 4 heures du matin, au lever du jour, les canons reprirent un tir continuel pendant deux heures.

A 6 heures, la tour du côté Nord, lieu de retranchement du Marquis et de ses partisans, fut démolie. Les sapeurs voulurent enfoncer les portes qui se révélèrent brûlées de l’intérieur. Ils furent obligés de monter par une fenêtre d’où pendait la fameuse corde. Personne ne restait dans les lieux. La corde avait donc bien servie pour l’évasion. La petite troupe visita la tour et découvrit deux hommes brûlés et un autre prêt à expirer. Au moment de le sortir de la tour, le plancher de l’appartement s’enfonça. Il n’y eut aucun blessé.

Les soldats, maintenant totalement déchaînés et portés par les paroles du commandant de Malaucène, se portèrent ensuite vers le château pour le dévaster.

On en sortit une grande quantité de meubles et de provisions. Le général et les commissaires récupèrent les papiers dans lesquels se trouvaient des correspondances royalistes. Un procès-verbal fut dressé.

Dans la matinée, le général donna l’ordre à de petits détachements d’inspecter les environs du village.

Une femme fut arrêtée peu après et conduite devant la maison du curé pour être interrogée. Elle déclara « être la femme du sieur Duclos, avoir été retenue de force avec ses trois enfants, que son mari était le seul coupable ».

Elle ajouta que « son mari n’avait jamais été dans l’intention de sortir de sa forteresse, qu‘il était décidé d’y périr plutôt que de se rendre, qu‘elle s’était sauvée à son insu et qu’elle était sûre que son mari était encore dans les mêmes intentions ».

Le général ordonna alors une garde sûre pour faire la visite complète du château, détruit pratiquement en totalité par le feu. La recherche fut vaine. Une partie de l’armée voulait « poignarder la fugitive ». D’Albignac s’y opposa ce qui créa une certaine confusion.

Il fut obligé de prendre la parole face à ses troupes et aux commissaires qui laissaient faire les soldats. Il dit à ses soldats « que si messieurs les commissaires voulaient la soustraire au glaive de la loi, qu’ils eussent à lui donner une réquisition formelle, que la prisonnière était entre les mains de sa troupe, qu’elle serait conduite à Valence pour en faire un exemple à tout l’empire et qu’il était décidé à perdre la vie plutôt que de se laisser séduire. » Nous verrons, quelques jours plus tard, que cette femme était en fait une des servantes du Marquis de Bésignan, Marguerite Galland. Par son attitude, elle permit aux fuyards de prendre une certaine longueur d’avance.

Le reste de la journée fut employée à soigner les neuf soldats blessés. On leur donna des matelas et ils furent portés dans les villages voisins.

Le général donna alors l’ordre aux grenadiers du 2ème bataillon de volontaires de l’Ariège, au 7ème régiment d’infanterie et aux canonniers de se retirer et de rejoindre leur unité.

A 17 heures 30, au moment où d’Albignac montait sur son cheval, le commandant de Malaucène s’adressa à lui pour lui demander un « certificat de bien vivre pour sa troupe » Le général refusa et lui dit que « s’il se retirait dans son pays avec sa troupe en respectant les lois dans la personne de la dame Duclos, et dans les propriétés et les gens, il le lui enverrait ».

Sur ces derniers mots, le général leva le camp et quitta la vallée. Il arriva à Nyons à 11 heures du soir et repartit une heure après pour Pont Saint Esprit.

Au total, le château fut canonné pendant 36 heures. Ils étaient, outre la famille du marquis Duclos, 8 défenseurs seulement à tenir le siège. Parmi eux, François Marie Joseph Hector Duclos, frère du marquis, né en 1768, mort en 1837, officier de la marine française, qui, émigré en Suède, était revenu en 1792 à Bésignan pour aider son frère. Il réussit à s’évader dans cette nuit du 27 août et se cacha pendant un mois dans une grotte puis parvint à gagner l’étranger. Le marquis, quant à lui, passa une nuit au Turc de La Fare dans une bergerie puis réussit à échapper à ses poursuivants.

marquis

Bésignan sur la carte de Cassini

 

marquis

« Le turc » lieu dit sur la carte de Cassini, de l’autre côté du col de Peyruergue

 

Le 28 août, cinq membres de la municipalité de Buis démissionnaient suite aux désordres créés par la troupe de Carpentras.

Le maire de Sainte Jalle, Etienne Bonneau, se plaignait que des gens, « tant étranger que domiciliés en ce lieu » étaient en train de piller le château pendant que les hommes participaient au siège de Bésignan.

A Bésignan, Sauvayre demandait un dédommagement pour les frais de la campagne contre le château du marquis, soit :

  • 2 barils de vin
  • bois pour le feu
  • bouteilles, carafes…
  • 6 plats, pots et cuillères
  • linge divers
  • souliers, serviettes…
  • comestibles
  • logement de quatre officiers volontaires pendant 6 jours
  • logement de 8 gardes nationales pendant 4 jours.

A Saint Sauveur Gouvernet, les officiers municipaux de Bellecombe « ont requis de donner secours et force par notre garde nationale à l’effet de mettre en état d’arrestation le citoyen Autran fils, fuyant du ci-devant château de Bésignan. », signé Barnouin, commandant en second.

Le détachement partit à la poursuite de Autran et Estrata, prêtre. Il les rattrapa au quartier Soubeyran et arrêta Autran. Celui-ci fut amené à Saint Sauveur puis transféré à Sainte Jalle sur demande de Teste, commandant en chef du bataillon du canton.

Le 29 août, l’abbé Autran fut emmené sur Nyons. Deydier, juge de paix du canton, allait relater le massacre du conspirateur :

« Le 29 août 1792, jour de foire à Nyons, la ville était pleine de gardes nationaux, volontaires, Carpentrassiens, revenant de l’expédition du ci-devant château de Bésignan ; la foire avait attiré beaucoup d’étrangers. Le Sieur Autran de Rémuzat, l’un des complices des conspirations du Sieur Duclos, ci-devant Bésignan, et son envoyé à Chambéry, fut conduit par devant le conseil d’administration du district qui ordonna de le mettre en prison en attendant de le faire traduire à Valence. Une garde fut placée à la porte.

A une heure de l’après midi, au moment du déjeuner, le peuple s’attroupa, il courut et exécuta le noir projet de forcer la garde ; la porte de la prison fut ouverte, la victime en fut arrachée et à peine arrivée à la porte de la ville, elle reçut les coups de la mort ; son corps fut traîné ensuite dans un champ voisin et taillé en pièces par des scélérats qui promenèrent ses membres dans la ville… des pieds, des mains, etc. furent accrochés au-dessus de la porte d’entrée donnant sur la place.»

En raison de grande effervescence qui régnait dans la ville, « il y aurait eu le plus grand danger de déployer la force patriotique contre les auteurs de ce crime odieux ». Le directoire du département estima que les circonstances ne lui permettaient pas « de rien entreprendre pour la punition des coupables » et il se borna à faire part de l’événement à l’assemblée nationale.

Le 29 août, élection de Jean Etienne Championnet comme commandant du 6ème bataillon des Volontaires de la Drôme.

Le même jour, assassinat à La Roche sur le Buis de Pierre Juste Elzéard Garcin, curé constitutionnel de Buis. Le coupable désigné fut Alexis Garcin, son frère.

Une dispute avait eu lieu au sujet des papiers compromettants qui auraient été découverts après le siège du château du Marquis de Bésignan. Le sieur Garcin, aîné, prétendit que les documents n’étaient pas aussi dangereux qu’on le prétendait. Il parla ensuite de Brantes, lieu connu pour être le centre d’un rassemblement probable de royalistes. Le médecin, qui constata le décès, admit qu’il pouvait s’agir d’une simple chute dans l’escalier de la cave. Alexis Garcin sera relaxé.

Encore le même jour, le gros de la troupe de Carpentras quittait le Buis pour se rendre à Autanne.

Les châteaux de Gouvernet (incendie et destruction du donjon), St Sauveur et Sainte Jalle furent pillés et incendiés par les habitants. C’était le début d’un mouvement populaire qui allait enflammer tout le département.

La servante du Marquis de Bésignan, Marguerite Galland, était enfermée dans la prison de Buis.

Le même jour, André Souvite, commandant en second du bataillon du canton de Mollans était à Plaisians. Il demanda le renfort d’un détachement du côté du midi du Mont Ventoux, pour «battre patrouille». «Bésignan et trois de ses hommes sont passés dans ce pays…»

Le juge de paix de Buis écrivait :

«instruit par la clameur publique que dans le ci-devant château de Bésignan, il a été trouvé une lettre et un mémoire qui annoncent que le sieur Barbier, fils aîné, de cette ville, s’étant coalisé avec le sieur Duclos… et qu’il y avait entretenu une correspondance établie pour faire réunir des projets et des conspirations contre la chose publique…».

Le fils Barbier habitait au premier étage de la maison de Joseph Laurent Chambron, boulanger. Le jour de la réquisition, il était absent depuis quelques jours. Les scellés furent posés jusqu’au 13 décembre 1792.

Le 30 août, réquisition de Fayon, voiturier de Nyons, qui avait travaillé trois jours, afin de renforcer les voitures portant les canons de Saint Esprit.

Le 30 août, les paysans de Villeperdrix envahirent le château puis vendirent meubles et effets.

Le 31 août, un détachement de seize gardes nationaux accompagnés d’un gendarme se lançait à la poursuite des fuyards. Une lettre du Sieur Bonfils, lieutenant des grenadiers du Bataillon de la ville de Nyons requis le 30.08 pour la poursuite des évadés, donnent quelques détails: Outre le peu d’empressement et d’aide matérielle de la part de la population, un soit disant témoin les avait envoyés vers le Mont Ventoux. De retour par Montbrun, les grenadiers ont capturé deux des coupables dont l’un s’appelait Pascal dit Brayanne. Ils abandonnèrent les recherches après cinq nuits et cinq jours de cheval.

marquis

Trajet supposé de la fuite du marquis

Il nous semble bien que Pierre Duclos, marquis bien seul maintenant, soit passé ce jour-là dans le pays de Sault. Il est allé se réfugier chez le comte de Grabianka,au n°22 de la rue de la Colombe, aujourd’hui rue Agricol-en Avignon. Ce dernier prétendant au trône de pologne, en résidence forcée sur Avignon gérait la secte dite des « Illuminés d’Avignon » (En face de Voltaire, de Diderot, de d’Alembert, incrédules et sceptiques, allaient se dresser Swedenborg, Martinez Pascalis, Saint-Martin, Mesmer et Cagliostro, fondateurs de groupes mystiques adonnés à toutes les pratiques de la théurgie, de la magie et de l’illuminisme.

Marquis

Les Illuminés d’Avignon

De tous ces groupes, un des moins connus, bien qu’il soit mentionné dans tous les dictionnaires et dans toutes les encyclopédies, est sans contredit celui des Illuminés d’Avignon, dont le fondateur est le bénédictin Antoine Joseph Pernety: Les Illuminés d’Avignon. Etude sur Dom Pernety et son Groupe.Paris, Librairie Critique Emile Nourry, 1927.Auteur Jean Bricaud).Ce rendez-vous devenait de fait, par sa toile de relations en Europe, la base d’exfiltration de tous les royalistes. Pour notre marquis, il semble même que cet appui lui a permis de « rebondir » dans les situations les plus difficiles; quels pouvaient donc ses liens avec le Comte de Grabianka et surtout quel intêret pouvait-il y avoir à soutenir parfois contre vents et marées un agitateur venu du fin fond de la campagne, ignorant le bon usage de la cour??

http://hautsgrades.over-blog.com/article-les-illumines-d-avignon-61236961.html

Le Marquis de Bésignan partait rejoindre l’armée des Princes placée sous le commandement du Prince de Condé dans la région de Turin. Le Marquis ne fait qu’y passer, « sans faire ni bien ni mal » mais il arrive à inspirer confiance au vieux prince de Condé. Notre Marquis sera chargé d’aller à Rome, rencontrer le Pape Pie VI pour lui demander de s’allier à la coalition en levant des troupes « comme intéressé à rentrer dans la propriété du comtat venaissin ». L’entrevue demandée au Pape et obtenue, a fait l’objet d’un compte-rendu officiel dont nous n’avons pu avoir d’extrait, malheureusement.

Le 31 août, les biens du marquis furent mis sous séquestres. Le même jour, le fermier de la Grange adressa une requête au district afin de résilier son bail. L’inventaire du mobilier du Marquis Duclos fut dressé.

Les documents, retrouvés aux archives départementales, concernent une maison tenue à titre de ferme de Barbier de Villecroze. Celui-ci assistait à la visite, ajoutant quelques remarques sur l’appartenance de certains objets :

1/ Dans la salle consistante :

    • 3 fauteuils à bras, bois de noyer, en mauvais état, garnis de tapisserie de laine
    • 1 fauteuil en étoffe, fil et soie jaunes, en mauvais état
    • 1 commode bois de noyer à trois tiroirs, vides
    • 14 chaises, bois de saule
    • 1 fauteuil garni en paille
    • 1 coffre vide
    • 1 paire de chenets, pince mouchette et pelles garnies en argent haché avec deux soufflets
    • 1 commode de bois d’olivier qui appartient à Barbier de Villecroze
    • 1 tapisserie représentant l’histoire de Thésée qui appartient à Barbier de Villecroze
    • 2 rideaux de fenêtre
    • 1 miroir sur la cheminée avec 2 bras à bougie de cristal
    • 1 bois de lit avec son fond composé de cinq planches, son cadre et ses tringles en bois de noyer
    • 1 table de nuit

2/ Dans la salle à manger, visant sur la terrasse :

    • 2 tables en noyer suspendues aux deux côtés de la cheminée, sans chef
    • 1 demi chandelle et un morceau de papier dans lequel il y a du café moulu
    • 1 chiffonnier en noyer
    • quelques pièces de rapport
    • 1 jatte de faïence blanche où manque le pot à sauce
    • 2 fauteuils garnis d’étoffe jaune
    • 3 chaises et un fauteuil de saule, garni en paille
    • 1 bureau à quatre tiroirs
    • 1 bassinet de cuivre
    • 1 lampe dite à la florentine
    • 4 fers à repasser
    • 1 tasse de faïence blanche sans soucoupe
    • 2 chauffe-pieds
    • 1 table à manger, bois sapin, avec des pieds pleins en noyer
    • 1 table à jouer pliante avec un damier dessus. Dans le tiroir, 3 boites à jouer garnies de fiches et jetons
    • 2 corbeilles d’osier
    • 1 bande fer pour retenir les cendres de la cheminée
    • 1 portière à rideau de bourrette rouge, jaune et vert
    • 1 armoire ouverte avec trois étagères, vides
    • 1 portrait de Villecroze et de son épouse
    • 1 tableau représentant le Mont Parnasse
    • Les tapisseries des appartements sont en cuir vert et bande dorée

3/ Dans une chambre visant sur la terrasse :

    • On note surtout une quenouille en cinq pièces et trois fuseaux.

4/ Dans une chambre visant sur le jardin :

    • Mauvaises pièces d’étoffe
    • 1 lit d’enfant à balustre en bois
    • 1 métier à brocher

5/ Dans le petit cabinet attenant à cette chambre :

    • 2 paquets d’affiches du Dauphiné
    • 1 paquet des Gazettes de Paris ( seront brûlées sur la place de Buis lors de la mise en vente des biens)
    • 118 volumes des Causes Célèbres
    • 50 journaux des Annales Politiques de Linguet

6/ Dans un petit cabinet fermé à clef

    • vide

7/ Dans la cuisine :

    • ustensiles de peu de valeur

8/ Dans la chambre attenante à la cuisine, dite chambre de la fille :

    • mobilier sans valeur

9/ Après un nouveau passage dans la cuisine, une dépense attenante :

    • 103 bouteilles de vin et un tonneau de vin étranger

Gazette de Paris: journal royaliste paru en France du 1er octobre 1789 au 10 août 1792

Le premier septembre, les enfants et la femme du marquis, qui a les pieds en sang, furent capturés au Turc de la Fare. Les trois garçons du Marquis ont été ensuite emmenés au Buis.

Ils ne firent pas l’objet d’un mandat. Les trois enfants ont été recueillis dans la maison grangière du citoyen Bonfils dit Labeaume. Les frais de nourriture, d’un total de 723 livres, lui furent remboursés par le département le 03 mars 1793. Dix jours plus tard, le conseil municipal de Buis décidait qu’ils ne seraient plus à la charge de la municipalité.

Leur mère, Martine Duclos, femme du Marquis, avait rejoint sa servante dans les geôles de Buis sous la responsabilité du Dr Giraud, futur médecin des prisons.

Le samedi 1er septembre, Paris apprit que les Prussiens avaient pris Verdun.

Le lendemain, les assemblées cantonales désignaient leurs électeurs qui se rendirent à Valence pour élire les 9 députés drômois à la convention.

La révolution décida la confiscation et la vente des biens des émigrés (2 septembre 1792).

Cette période marquait le début d’un soulèvement populaire spontané, d’une « chasse aux sorcières » guidée par la misère et la peur. Les paysans se vengèrent sur les nobles ou bourgeois, saccagèrent les maisons suspectes et détruirent toutes les marques de royauté. La hiérarchie révolutionnaire allait mesurer rapidement le danger de ces manifestations qui faisaient tâche d’huile à partir du château du Marquis de Bésignan ;

Ainsi, le 02 septembre, plus de deux cents hommes et femmes de Bouvières mirent le château au pillage, vendirent le mobilier aux enchères puis commencèrent la démolition.

Le même jour, les habitants de Chalançon investirent le château de Volvent.

Le 03 septembre, ces mêmes habitants de Bouvières se rendaient au château voisin de Guisans où les meubles furent également vendus.

Pendant ce temps, on dressait l’état des fournitures de la commune de Bellecombe Tarendol pour le siège du château du Marquis de Bésignan :

  • 7,72 quintaux de farine
  • 8 eymines de blé
  • 4 moutons
  • 8 livres de fromage
  • 10 livres d’huile
  • 12 douzaines d’œufs
  • 4 draps….

Le 6 septembre, à Buis les Baronnies, les scellés furent posés sur les papiers des sieurs Chevandier de Valdrôme et Barbier de Villecroze, considérés comme complices dans l’évasion du marquis.

Il est étonnant de remarquer que ce même jour Valence se plaignait de n’avoir pas reçu les papiers saisis dans le château du Marquis de Bésignan.

Le 9 septembre, pillage du château d’Aubres et des châteaux de Aulan, Mollans, Entrechaux (c’est le jour de la fête des laboureurs à Entrechaux) et Monségur.

Le 10 septembre, lors de la séance publique du conseil municipal de Buis, la décision fut prise de réquisitionner le commandant de la garde nationale pour fournir 8 hommes à l’effet de garder à vue Madeleine Tourniaire. En effet, deux lettres écrites par le marquis de Bésignan avaient été découvertes dans sa maison.

Le 12 août, André Rippert, en sa qualité d’officier municipal, posait les scellés sur les deux maisons de Mirabel appartenant aux Duclos et sur sept liasses de papiers considérés comme de la plus haute importance et pouvant donc servir de preuves accablantes.

Le 15 septembre fut le jour de la visite à la maison Tourniaire et de l’interrogatoire de la suspecte :

Madeleine Tourniaire, 28 ans. Elle faisait les « commissions et non des affaires politiques ».

Elle répondit qu’il y avait environ dix mois, le Marquis Duclos l’avait priée de lui livrer dix livres de poudre à canon du Comtat. Devant sa surprise, le Marquis lui avait racontée que cette poudre était destinée à faire sauter un rocher qui se trouvait dans ses fonds.

A une autre question, Madeleine Tourniaire répondit que, depuis environ trois mois, le Marquis Duclos et son épouse lui demandaient 30 livres de poudre, ce qu’elle avait refusé.

20 septembre : bataille de Valmy : 36000 soldats commandés par Kellermann ont vaincu 34000 prussiens conduits par le Duc de Brunswick.

21 septembre : abolition de la royauté et proclamation de la république

22 septembre : 1er jour de l’an 1 de la République.

Les vendanges étaient abondantes.

Le 26 septembre : A Mollans, « avons reçu hier à 8 heures du soir Morin, fermier de Bésignan, envoyé de la part de la municipalité de Pierrelongue, arrêté par le sieur Gresse, procureur de la commune de Mollans, et par le sieur Barthélémy Geli ». Il allait ensuite être transféré pour être jugé.

Le premier octobre, tous les rebelles de Bésignan furent transférés à Valence sous une escorte de trente gardes. Les trois enfants du Marquis furent gardés au Buis, comme nous l’avons déjà évoqué, ainsi que leur mère. Elle présentait, selon le certificat établi par Clément, médecin et Lieutaud, chirurgien, une « fluxion de poitrine avec fièvre putride » rendant le voyage dangereux.

Le 04 octobre, Gaspard Nicolas, négociant au Buis, est arrêté en possession d’une lettre d’émigré : « Le héros Brunswick s’avance sur la ville coupable, tout plie devant nos braves prussiens. Les traîtres s’accrochent à tous les moyens; ils ont coupé tous les arbres depuis Chalons jusqu’à Paris pour obstruer et retarder la marche de nos libérateurs et reculer le moment du supplice qui est dû à leurs crimes…». Ce courrier sera la pièce maîtresse du dossier d’inculpation comme complice du marquis.

A la même date, les biens des Duclos-Bésignan sont placés sous séquestre.

Le 3 octobre, l’armée de Condé vient se poster à Willingen.

La révolution décida l’exécution de tout émigré pris les armes à la main (9 octobre 1792), le bannissement à perpétuité des émigrés et la peine de mort contre ceux qui repassaient la frontière (23 octobre 1792).

Le 14 octobre, le général Montesquoiu, commandant l’armée du midi, dans laquelle se trouvaient les bataillons drômois, se trouvait en Savoie. Les députés savoyards demandèrent à faire partie intégrante de la République Française et à former le 84ème département, celui du Mont Blanc.

Le 15 octobre fut marqué par le procès de Joseph Clément, né à Brantes, 75 ans. Il aurait tenu des propos contre-révolutionnaires, en état d’ivresse dans un cabaret de Saint Auban, en compagnie de Charasse.

Dans les actes du procès sont relevés les éléments suivants :

Lettre de Clément : « Les soussignés sont et voulons être et protester en bons et fidèles aristocrates pour tout ce qui regarde de la constitution et que nous voulons et attestons soutenir dans cet état sans se porter préjudice et nous nous obligeons à soutenir la résistance de tout notre pouvoir

Clément, notaire à Brantes, avait un fils émigré dans le Piémont avec qui il entretenait une correspondance tous les quinze jours.

Il avait annoncé un rassemblement de 4000 hommes dans le camp de Brantes.

Des témoins racontèrent que le 10 août, jour de la foire, au premier étage de l’auberge de Chambron, le sieur Clément parlait déjà d’un foyer contre-révolutionnaire à Brantes. Il voulait signer des pactes avec les notables de l’arrière pays d’où la lettre citée en premier.

Nous retrouvons ainsi, par hasard, la confirmation de certains propos du marquis de Bésignan, propos qui étaient passés à l’époque pour de simples bravades.

Le 06 novembre : victoire de Jemmapes par Dumouriez. Les Autrichiens furent chassés de la Belgique et les Prussiens rejetés au delà du Rhin.

Le 17 novembre, Louis Capet fut condamné à mort en présence du député de Nyons, Jacomin.

A cette date, suppression officielle des revenus des confréries de pénitents en particuliers le droit de plantis autour des cimetières.

Le 27 novembre : annexion de la Savoie.

marquis

Article suivant : Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1793

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Merci de nous laisser votre commentaire.
Serge Billard Baltyde

5 Responses to Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1792

  1. Aubert

    Bonjour Serge,

    Je suis tombée par hasard sur ton site, j’ai eu plaisir à redécouvrir ton livre ! J’en profite pour te demander de tes nouvelles de toi et ta famille ? J’espère pouvoir les retransmettre à la mienne.

    Cordialement
    Marjorie Aubert de Bésignan
    (Petite fille de Claude et Jean Aubert et fille d’Alain et Chrystelle)

  2. Bentin Sophie

    Monsieur, j’écris actuellement une monographie sur le village de Brantes et j’ai été particulièrement intéressée par votre compte-rendu du procès du notaire Clément, tenu au Buis en octobre 1792. Puis-je vous demander quelles sont les références de vos sources et comment souhaitez-vous que je cite votre étude? A-telle été publiée sur papier? Cordialement, Sophie Bentin

    • Serge Billard

      Bonjour,
      J’ai fouillé partout. C’est surement dans la bibliographie que je propose que les éléments qui vous intéressent se trouvent.
      Tenez-moi au courant. Je continue à chercher pour vous et publierai le tout sur ce site.
      Bon courage et surtout bravo. Si vous voulez que je mette votre monographie sur mon site je suis à votre disposition.
      A bientôt

      serge

  3. Robert Collis

    Cher Serge,
    Je suis très intéressé par votre référence à Bésignan qui trouve un refuge avec Grabianka à Avignon le 31 août 1792. Je me demande si vous pourriez m’en dire plus sur cette information, y compris votre source. Toute aide serait grandement appréciée.

    Cordialement, Robert Collis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *