Marquis de Bésignan

Agenda 1791 du Marquis

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Le 18 janvier, la ville de Malaucène fit parvenir une dépêche au Buis-les-Baronnies annonçant qu’elle s’unissait à la Nation Française et voulait être incorporée au département de la Drôme. Le Buis accepta de lui porter assistance.

Les nouveaux troubles du Comtat et du Bas Vivarais ranimèrent les alarmes. L’armée avignonnaise marcha sur Carpentras où le directoire de la Drôme décida d’envoyer 150 gardes nationaux du district de Nyons. L’armée d’Avignon fut repoussée.

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Quatre jour plus tard, Henri d’Albert conduisit à Carpentras un détachement de volontaires de Buis pour porter secours aux communautés du Comtat, dans les Etats du Pape et lutter contre le brigandage.

Monseigneur de Messey quittait la ville de Valence sans prêter le serment civique, pour se réfugier à Tournon. La lutte religieuse devenait inévitable et débutait dans les deux camps les plus opposés : Celui du parti aristocratique renforcé par de nombreuses femmes du peuple et celui du parti anticlérical qui sera appuyé par le pouvoir.

Le 12 février, de Loquin, colonel de la garde nationale du régiment de Buis ramena le détachement parti à Carpentras.

Le lendemain, dans la commune de Buis les Baronnies, le curé Lunel puis Louis, Joachim Armand, vicaire, prêtèrent serment dans un discours qui allait être refusé par le district de Nyons.

Le 19 février, Sainte Jalle fut nommée comme chef lieu de canton par décret de février 1790. Ce canton comprenait les communes de : Arpavon, Autanne, La Bâtie Verdun, Bellecombe, Bésignan, Gouvernet, Montaulieu, Montréal, Le Poët Sigillat, Rochebrune, Sahune et Saint Sauveur.

Le 13 juin, de nouvelles élections eurent lieu à Sainte Jalle. Villelongue, le médecin du village, faisait partie des trois plus anciens et à ce titre fut nommé scrutateur du vote. Il y eut 36 votants. 25 voix se portèrent sur Teste qui devint le nouveau maire de la commune.

Le 14 juin, la loi Le Chapellier abolit les corporations et les associations d’ouvriers. La grève fut déclarée illégale.

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Le Chapellier

L’armée de Condé établit son quartier général à Worms. Le comte d’Artois, lui, se trouve à Coblenz.

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L’armée des émigrés

A partir du 17 juin, à Sainte Jalle, Teste remplaça François Loubier comme procureur de la commune. Deux sujets furent évoqués lors de la première réunion officielle :

– L’arrosage de l’année précédente (1790) a causé des difficultés.

– Il fallait un précepteur pour la petite enfance.

Ce fut Joseph Limousin de Mirabel qui fut nommé à ce poste pour un an, à raison de 100 livres et 1 sou par quintal de grain apporté au moulin communal.

L’école se ferait désormais dans le pressoir à farine, de ce jour à la St Michel.

20 juin : fuite du Roi à Varennes.

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Le roi est reconnu au cours d’un repas

 

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Le roi est ramené

 

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Caricature d’époque sur le retour du roi

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Le 20 juin, le marquis de Bésignan porta plainte au district de Buis contre les habitants de Bésignan, pour insultes et menaces.

Voici quelques extraits des témoignages :

Claude Arnaud, 33 ans, maire :

« Le jour de l’Ascension, sur le soir, Jean Blanchard passe sous la fenêtre de Duclos avec quelques autres habitants, l’appela et lui dit que depuis quelques jours il avait remis le cadastre de la commune duquel il était dépositaire comme officier public. Il demande que le marquis l’accompagne chez Jacques Arnaud. »

« Le marquis essaie de chasser une bergère et ses enfants sous prétexte de propriété, mais c’est un terrain communal. Duclos revient à cheval avec un sabre et des pistolets et profère des menaces… Un homme a ouvert sa veste et lui dit de le tuer… ce qui arrête Duclos. »

Il ne témoigne pas du problème du cadastre, ni des bestiaux en pâture, des insultes et des coups de fusil.

Hélène Favier, femme d’Etienne Morin, 25 ans :

« Gardant les vaches dans un fond de Duclos dont son mari est fermier, elle est appelée pour aider des femmes qui cueillent les mûriers pour Madame Duclos… » Vers 3 heures de l’après midi, le sieur Duclos lui demanda d’aller voir l’attroupement autour de Jacques Arnaud. Elle constata : « une farandole autour de Jacques Arnaud de jeunes garçons qui lui demandent de leur rapporter ses conversations avec le marquis. Ils le menacent de la lanterne s’il ne répond pas. Il n’y a pas de mal mais des menaces proférées contre le marquis. »

Elle reconnut parmi les jeunes gens :

– Auguste Faraud, fils aîné du nommé Grandjean, valet du sieur Barjavel, notaire de Sainte Jalle

– Le fils de Guillotin de Bésignan

– Le fils de Payan de Bésignan.

Elle dit n’avoir pas entendu de coups de fusil, ouï de complot contre la maison du marquis. Par contre, elle se souvint de « coups de fusil tirés le soir sur l’aire de la Grand Grange »

Frère Gaspard…,

prêtre natif de Caumont dans le Comtat, 27 ans, desservant la paroisse de Bellecombe et instituteur des enfants du marquis n’avait pas de connaissance personnelle concernant la plainte.

En effet, après avoir dit la messe au matin dans la chapelle du château, il était parti officier à Bellecombe et n’en était revenu que le lendemain.

Il croisa Duclos sur le chemin du retour, qui va à Saint Auban. Celui-ci partait à la recherche de témoins possibles…

Il lui raconta que « plusieurs coups de fusil ont été tiré à La Cour le soir… Deux officiers municipaux, Jean Manchard et Joseph Rolland se sont rendus chez Jacques Arnaud pour réclamer le parcellaire et l’un d’eux lui a donné un soufflet. »

Le précepteur raconta que 3 semaines auparavant, il y avait déjà eu un problème de pâture. Duclos était « arrivé à cheval avec lame de sabre et pistolets dans les poches…qu’il portait continuellement depuis deux ans. »

Il ajouta que le quartier du plan de l’horme était une terre communale.

Jean Blanchard, officier municipal, 33 ans,

n’était pas sur les lieux mais a croisé un berger, monté sur son âne qui chantait : « ça ira, ça ira !! ». Celui-ci lui raconta les faits. Le marquis était arrivé à cheval. Augustin Bernard l’avait menacé avec à la main un bâton. Le marquis avait alors armé son pistolet et fait mine de tirer sur un bœuf. Antoine Roux avait défait sa chemise et offert sa poitrine. Pierre Rolland était alors intervenu et avait réussi à calmer le jeu.

Il ajouta que le marquis avait déjà exercé des violence sur Brusset, sa bergère, Jeanne Marie Bernard, veuve de François Chabrol.

Jacques Arnaud, officier municipal chargé du parcellaire, 71 ans,

Il alla voir le marquis pour régler les problèmes de cadastre, car il n’était pas d’accord sur le terrain du plan de l’horme, terre communale pour les unes, terre gaste donc propriété du marquis pour Duclos. Ils allèrent sur le terrain en question puis Jacques Arnaud suivit le marquis vers sa maison pour finir le travail. C’est à ce moment qu’il fut menacé par les jeunes gens. Il resta deux heures avec les bergers puis rentra chez lui au hameau des Montaud. Il eut alors une « entrevue paisible avec les officiers municipaux. »

Marie Favier, fille de feu Jean d’Arpavon, 15 ans

Le dimanche avant l’ascension, donc à la mi mai, Marie Favier, fille de feu Jean d’Arpavon, 15 ans, était en train de cueillir le mûrier pour la dame de Bésignan avec une fille de Louis Mauric, âgée de 15 ans, le long de l’allée des mûriers, près de la rivière, quand le marquis arriva avec d’autres cavaliers, vers 4 heures et leur demanda d’aller à la terre inculte appelée l’hermasse pour servir de témoins. 3 bergers faisaient paître leurs moutons.

Elle rapporte que 15 jours avant les évènements, des enfants coupaient de la litière sous les murs de Duclos. Celui-ci était sorti pour les faire déguerpir mais ceux-ci l’avait chassé à coups de pierre.

Thérèse Thibaud, 23 ans,

Elle aidait à élever les vers à soie de Madame Duclos. Il y avait bien trois filles en train de cueillir les feuilles de mûrier. Ce jour de l’Ascension, il y avait bien eu une farandole. Elle précise cependant que l’on « parle de faire intervenir la garde nationale de Sainte Jalle. »

Louis Morin

Louis Morin confirme qu’il existait des problèmes de pâture, en particulier dans la condamine qui appartenait au marquis. Il rapporte les insultes envers le marquis le jour de l’Ascension : « Jean foutre, Coquin et autres… » et le tir de deux coups de fusil.

Les enfants avaient bien récolté la litière sur le serre de Peymian, devant la maison du marquis. Et, 15 jours avant l’Ascension, les bergers faisaient paître les troupeaux de Jean Claude Rolland et Jean Blanchard.

Pierre Laget, drapier des Pilles, 64 ans et Jean Pierre Chamoux, juge des Pilles,

Ils se rendaient à la foire de Saint Auban pour le jour de l’Ascension et sont passés à Bésignan à 5 heures du soir. Duclos vint les voir pour se plaindre de menaces sur sa personne et son fils.

Jacques Laurent,

qui menait ses moutons de Nyons à Saint Auban et s’arrêta au bord de la rivière :

Il témoigne que Duclos avait un enfant habillé de rouge au début de la rixe puis qu’il avait regagné le château et en était ressorti à cheval. « un sabre, 2 pistolets à la selle et deux pistolets à la ceinture ». Les hommes l’avaient alors insulté : «Jean foutre, Foutu coquin, brigand, gueux…»

Jean Rollin, gendarme de Buis,

Il était en tournée avec Martin Barthélémy, autre gendarme. Ils sont allés dîner chez le marquis puis sont repartis vers 5 heures de l’après-midi . Duclos les raccompagna à cheval jusqu’au bout de l’allée, au bord de la rivière. Il dit qu’ «il en profite car ne peut plus sortir depuis quelques jours devant les menaces».

«Devant le fond nommé l’hermasse, ils voient des bestiaux de toute espèce en très grand nombre avec plus de cent personnes armées de fusils et de bâton…» Les gendarmes rentrèrent chez eux.

Son collègue annonce : seulement 15 hommes rassemblés mais deux des particuliers, voyant approcher Duclos, ont chargé leur fusil.

Malgré tous ces témoignages, il n’y eut aucune suite judiciaire. Le procès fut clos le 28 juillet 1791.

Le 24 juin, le prêtre assermenté constitutionnel Juste Eléazard Garcin, élu en remplacement du curé Henry Lunel, réfractaire, s’installa au Buis. A cette occasion, de violents troubles éclatèrent au Buis, la population ne voulant pas de ce prêtre.

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Révolte villageoise

Le 29 juin, le conseil communal de Buis décommanda le renfort de troupes mais le détachement composé de 100 hommes du 70éme de ligne partit quand même de Valence.

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Drapeau du 70ème régiment de ligne

Le 03 juillet, le conseil de Sainte Jalle se réunit sous l’égide de :

– Jean André Teste, maire.

– Sébastian Roux et Joseph Liotaud, officiers municipaux.

– Jean Louis Teste, procureur.

Le bail d’arrosage fut mis aux enchères pour les ramières et combatureiye. Il sera adjugé à François Autrand pour 55 livres 15 sous.

Le 08 juillet, le curé Garcin arriva dans la ville de Buis les Baronnies.

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Curé constitutionnel

La foule l’accueillit en criant «Lou voulen pas». Un piquet de garde et la gendarmerie durent être convoqués pour maintenir l’ordre. Il fut décidé d’installer le nouveau curé dans ses fonctions le lendemain, mais il fut raccompagné dès ce lendemain aux portes de la ville.

Sécheresse importante pendant l’été entraînant une production réduite de moitié pour les céréales, 1/8 pour les vignobles et ¼ pour les arbres fruitiers. Ce manque d’eau sera probablement la cause d’une épidémie mortelle chez les bêtes de somme et les animaux de boucherie.

Le 17 juillet, un détachement composé de 100 hommes du 70ème de ligne arrivait au Buis. Il fut accueilli par les buxois aux cris de «Vive le roi».

Le 21 juillet, la plainte du curé Acarie de Curnier, molesté lors des élections cantonales du 13 décembre 1790, fut déposée au district de Buis. Il n’y aura pas de suite.

Le 22 juillet, les volontaires levés par décret le 11 juin furent portés de 26 000 à 97 000.

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La levée des volontaires

Le 04 août, les premières levées de volontaires débutaient.

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Volontaires

Le 05 août, Danton, poursuivi par la justice après le massacre du 17 juillet, partait en Angleterre.

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Le 09 août, était jour de foire à Buis. On put voir de nombreuses patrouilles circulant dans les rues.

Le 13 août, Sibend, qui arrivait de Saint Jean en Royans, remplaça Brachet comme curé du Poët Sigillat. A cette date, Pierre Rousset était vicaire à Sainte Jalle.

Le lendemain, Barbier de Villecroze fut élu maire de Buis.

Le 17 août, il fut procédé à l’élection d’un délégué de la communauté pour être dépositaire des sommes payées pour rôles.

Chaleur exceptionnelle dans toute la France (40° à Paris).

Le 30 août, Pierre Brachet, curé, 53 ans, porta plainte contre la municipalité du Poët Sigillat. Il disait avoir reçu des menaces car il fauchait les blés, le 13 juillet 1791 sur les terres de Clastre, d’une surface inférieure à un demi arpent.

Le 02 septembre, l’Assemblée adoptait le principe des fêtes nationales pour commémorer le souvenir de la Révolution.

Le 23 septembre, le cadastre fut créé.

Le 25 septembre, promulgation du nouveau code pénal.

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Le 27 septembre, par décret, tous les Juifs de France obtinrent la citoyenneté, à la condition d’avoir prêté serment à la Constitution et qu’ils renoncent à leur statut communautaire.

Le 30 septembre, dernière séance de l’Assemblée qui décréta une amnistie générale pour toutes les personnes condamnées pour faits d’émeute depuis 1788.

Suppression officielle des confréries de pénitents.

2200 hommes furent enrôlés dans les quatre bataillons de volontaires de la Drôme, dont le 4ème district de Crest et Nyons avec 513 volontaires avec Alexandre Louis Benoît Fabien de Loquin, de Buis les Baronnies, second lieutenant colonel, âgé de 49 ans.

– en 1ère compagnie : capitaine Jean Jacques Barnier de Nyons, 35 ans

– en 3ème compagnie : capitaine Louis Gleize de Nyons, 33 ans

– en 4ème compagnie : capitaine Louis Vilhet-d’Aguillan de Mollans, 46 ans.

Le 16 octobre, deux volontaires se présentèrent à Sainte Jalle pour intégrer le Régiment du Soissonais : Reynaud de 5 pieds 5 pouces et Antoine Blanc, 18 ans de Saint Sauveur Gouvernet.

Le 17 octobre, 61 personnes furent exécutées par les patriotes d’Avignon en représailles à l’assassinat du secrétaire de la commune Lescuyer.

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Massacres en Avignon

Le 20 octobre, les rues de Sainte Jalle furent pavées.

A partir du 21 octobre, le curé du Poët Sigillat signa tous ses actes par « Sibend, curé constitutionnel ».

Le 25 octobre, le 3ème bataillon de volontaires nationaux de la Drôme stationnait dans la ville de Buis pour remplacer le détachement venu de Valence en Juillet. Cela se passa mal entre une municipalité assez tiède dans sa ferveur révolutionnaire et ces troupes extérieures au district.

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Le 31 octobre, l’Assemblée ordonnait à Monsieur, frère du roi, de rentrer en France dans un délai de 2 mois sous peine d’être déchu de ses droits éventuels à la régence.

Le premier novembre, le conseil municipal de Sainte Jalle effectua la mise aux enchères des poids à farine et des « régailles du reverin ».

Le poids à farine fut adjugé pour un an à Joseph Villelongue fils, au paiement de 7 deniers par quintal le 07 novembre.

Ce même jour, le curé constitutionnel, Jules Elzéard Garcin, s’installait à Buis.

Le 09 novembre, par décret, les émigrés furent incités à rentrer en France avant le 1er janvier 1792.

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Les fuyards: émigration

Ce même 09 novembre, la municipalité de Buis demanda que l’église et les chapelles soient laissées à la disposition des fidèles.

11 novembre : le roi opposait son veto aux décrets du 31 octobre et du 09 novembre sur les émigrés.

En ce mois de novembre, les pluies torrentielles entraînèrent de gros dégâts avec inondations, ponts rompus et maisons effondrées. Les pluies allaient durer deux mois.

Le premier décembre, le curé Jullian prit ses fonctions à Sainte Jalle à la suite de Courcy.

Le 03 décembre, de nouveaux troubles éclatèrent dans la ville de Buis. Mr de Valdrôme, lieutenant de gendarmerie fut requis de maintenir l’ordre et le 09 décembre, les murs de la ville de Buis se couvrirent de placards révolutionnaires contre la municipalité.

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Emeute royaliste

Le 14 décembre, le département expédia à Buis deux commissaires, Payan et Quintin, pour mener une enquête.

Le 19 décembre, le maire de Buis, Barbier de Villecroze donna sa démission. Celle-ci fut refusée par l’administration du département.

Le 21 décembre l’Assemblée apprit que l’empereur d’Autriche avait ordonné à ses troupes de s’opposer à toute entrée des soldats français dans l’électorat de Trèves.

Le 29 décembre cette même Assemblée votait un crédit de 20 millions pour frais de guerre.

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Serge Billard Baltyde