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Serge Billard Baltyde

C’est une horloge en châtaignier

Au long coffre à la mode antique

Que dut longuement travailler

Quelque Michel-Ange rustique.

Au bas, le sonneur de biniou

Fait face au sonneur de bombarde,

Durant qu’au fronton, un hibou

De ses grands yeux ronds vous regarde.

Oh ! combien cela me charmait,

Quand j’étais tout petit, de suivre

La mort des heures que rythmait

L’énorme balancier de cuivre.

Car vraiment, lorsque près d’un seuil,

On contemple une horloge close,

Elle a tout l’air d’un long cercueil

Où le temps, qui n’est plus, repose.

La première heure que chanta

L’horloge de sa voix profonde

Fut celle où grand’maman jeta

Son premier cri dans ce bas-monde.

Et ce fut ce Dong ! éclatant

De demi-heure en demi-heure

Qui régla dès lors chaque instant

De ta vie, ô Toi que je pleure !

Dong ! Dong ! elle sonnait ainsi

Et l’heure grave et l’heure folle,

L’heure des jeux et l’heure aussi

Où partait l’enfant pour l’école.

Dong ! Dong ! le moment du réveil

Puis l’heure où l’on se met à table

Dong ! Dong ! le moment du sommeil

Quand passe le jeteur de sable.

Dong ! Dong ! l’heure où pour le Saint Lieu

On part en bande, le dimanche

L’heure où, pour recevoir son Dieu,

Plus tard, on met sa robe blanche.

Dong ! Dong ! la prime-aube du jour

Où l’on va travailler la terre,

Et puis l’heure où gémit d’amour

Le cœur, las d’être solitaire !

Dong ! Dong ! les instants si joyeux

Où les petits gars apparaissent

L’heure digne où s’en vont les vieux

Pour faire place à ceux qui naissent.

Et la femme en âge avançait,

Devenait maman, puis grand’mère

Et l’horloge aussi vieillissait

À tant sonner l’heure éphémère.

Et grand’maman allait, venait

Chaque jour de plus en plus frêle

Et l’horloge sonnait, sonnait

D’une voix de plus en plus grêle.

Quand de grand’maman la raison

Sembla pour toujours endormie,

L’horloge à travers la maison

Sonna l’heure pour la demie.

Et grand’maman, dans son lit-clos,

Agonisa puis se tint coite

Et ce furent de longs sanglots

Que pleura l’horloge en sa boîte.

Enfin, dans le lit, un soupir

Et le grand balancier de cuivre

S’arrêta d’aller et venir

Quand grand’maman cessa de vivre.

Et grand’mère auprès des Élus

Est montée avec allégresse

Et l’horloge ne sonne plus,

Elle est morte aussi de vieillesse.

Morte à jamais ! C’est vainement

Qu’un grave horloger l’interroge,

C’était le cœur de grand’maman

Qui battait dans la vieille horloge !

 

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Serge Billard Baltyde