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Vie de Pierre Duclos, dit le Marquis de Besignan

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: Par Antoine de Saint-Gervais

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Antoine de Saint-Gervais est un écrivain français.Ses ouvrages:

  • Preuves authentiques de la mort du jeune Louis XVII
  • Histoire des émigrés français
  • Les Petits artisans devenus hommes célèbres
  • L’École de la vertu ou Récits de belles histoires contemporaines

 

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Serge Billard Baltyde

 

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Le Marquis de Bésignan pendant la Révolution Française: 1788, Les prémices de la Révolution

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Marquis de Bésignan

Agenda de 1788

 

1788 fut une année remarquable sur bien des points mais en particulier sur le mauvais temps qui sera l’un des froments de la Révolution Française.

En juillet, la sécheresse fut excessive. Les moissons allaient être désastreuses. De juin à septembre, le Sud du département de la Drôme subit plusieurs orages violents. La foudre s’abattit sur les hommes et les bêtes. Les témoins parlent même d’ouragans, en particulier sur Vinsobres le 19 août.

Puis la grêle se manifesta à partir du mois de septembre pour laisser ensuite la place à des pluies catastrophiques qui allaient durer jusqu’en décembre.

Le livre de raison des frères Micault, de Dijon, clôt l’année 1788 par les réflexions suivantes :

«Fin d’année remarquable et qui fera époque dans l’histoire par trois circonstances : La première, fermentation dans les esprits et surtout dans le tiers-état ; La deuxième, sécheresse sans exemple pour la saison ; La troisième, froid si excessif qu’aucun vieillard existant n’en a senty de pareil, même pendant l’hiver 1709

Nous retrouvons dans les archives locales, pour le mois de janvier 1788, la notion d’une épidémie dans la Vallée de l’Ennuyée:

«fluxion dont la cause dépendait de lacrimonie saline de la lymphe et de la bile et qui ressemble à la périmneumonie».

Le 21 juillet, l’assemblée provisoire des trois ordres du Dauphiné se réunissait dans la salle du jeu de paume du Château de Vizille, ancienne résidence de Lesdiguières.

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Château de Vizille.

 Château de Vizille

2 avocats s’y distinguèrent : Jean Joseph Mounier et Antoine Barnave.

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Jean Joseph Mounier.

L’Assemblée des Municipalités exigeait le rétablissement des états provinciaux du Dauphiné et réclama la convocation d’Etats Généraux de la province, puis du royaume, avec élections libres et participation double du tiers-état, par rapport aux deux autres ordres réunis.

Pierre Duclos, marquis de Bésignan et co-seigneur du Poët-Sigillat y participa activement.

Le marquis de Raphélis-Soissan, seigneur de Saint-Sauveur-Gouvernet et en partie de Bellecombe-Tarendol, donna son pouvoir pour adhérer aux décisions qui seraient prises.

marquis

Carte de Buis les Baronnies.

Le 9 septembre, l’Assemblée de Romans élabore le plan d’organisation des futurs états. Nyons se fit représenter par Bertrand de Montfort, Romieu-Dessorgues et Goubert.

Bertrand de Montfort était le fils d’un marchand de dentelle, domicilié au Buis-les-Baronnies. Il acheta son titre de noblesse pontificale et le fit reconnaître, le 22 novembre 1788, par le parlement de Grenoble qui lui reconnut le droit de se qualifier : «Comte de Montfort dans les Etats du Saint Siège.».

Le 26 octobre, les notables de Buis constatant, lors d’une réunion, que le calme était enfin revenu dans leur ville, félicitèrent leurs députés et demandèrent à la population de s’assembler pour un «Te Deum» le jour de la Toussaint.

Du 1er décembre 1788 au 16 janvier 1789, les Etats du Dauphiné furent réunis à Romans ;

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Tiers Etat de Romans.

Les représentants de Buis les Baronnies furent le vibailli Bertrand de Montfort et le premier échevin Leydier.

Les représentants de Nyons se nommaient Craponne-Duvillard, Barillon et Girousse.

Les Etats du Dauphiné désignèrent les 24 représentants des trois ordres aux Etats Généraux, qui devaient se réunir à Versailles.

Parmi les douze élus du Tiers se trouvait le vibailli Bertrand de Montfort, âgé de 50 ans, délégué du Buis.

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Le Marquis pendant la Révolution Française: 1789

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Marquis de Bésignan

Agenda du marquis en 1789

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1789 est l’année au cours de laquelle Berthollet découvre l’eau de Javel.

marquis

Berthollet

L’hiver 1788-1789 fut d’une rigueur inouïe, la température descendit jusqu’à -22.3° à Paris, -26° à Strasbourg et -17° à Marseille. Les paysans subirent au total 86 jours de gelée dont 56 consécutifs.

Le 27 décembre 1788, une grande quantité de neige tomba dans le Vivarais, au point d’obstruer complètement les chemins et le froid fut si vif que plusieurs personnes en moururent. Le Rhône ne commença à dégeler que le 12 janvier grâce au vent du midi. Le 14 janvier, les glaces connurent une telle débâcle que l’on craignit pour la solidité de nombreux ponts. Cette débâcle se poursuivit plusieurs jours, détruisant les rives et coulant les bateaux.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française

Le Rhône gelé.

Dans la région des Baronnies Drômoises, les oliviers furent les premières victimes du froid. 5 pieds sur 6 furent gelés. Les mûriers et les vignes furent également décimés. Puis les moulins à blés s’arrêtèrent de tourner, faisant planer sur la population le spectre d’une famine.

Au même moment, la population assistait aux premiers rassemblements civiques de gardes nationales qui se formaient pour «la défense des campagnes et la cause commune» et pour «la fraternité et le secours mutuel».

Le 02 février, Grignan demanda à l’évêque la permission de

«faire gras quatre jours de la semaine, par suite de la rigueur excessive de l’hiver qui a détruit les herbages et pommes de terre pouvant servir à l’alimentation

Saint Paul, quant à elle, demanda que fut conduite l’expertise des

«dégâts causés aux blés, seigle, oliviers et figuiers par le froid excessif depuis novembre 1788 jusqu’à la fin mars 1789, par les forts vents violents de Nord qui ont emporté le terrain pulvérisé par le froid, par la fonte des neiges et des glaces qui ont inondé la plaine pendant deux mois

A cause du froid, les moulins restèrent plus d’un mois sans pouvoir fonctionner.

A Bourg Saint Andéol, la croûte de glace dura du 29 décembre 1788 au 18 janvier 1789.

Dans les registres paroissiaux de Tulette, on trouve ce qui suit :

« L’hiver est un des plus rudes qu’on ait vus depuis 1766. Il a commencé le 25 novembre 1788 et a toujours augmenté en rigueur jusqu’au 31 décembre auquel jour le thermomètre est descendu jusqu’à plus de dix degrés au dessous de la glace, c’est à dire plus bas qu’en 1740. Pour être remonté de quelques degrés, le temps est encore très mauvais et semble nous présager plus terrible encore. Au moment où j’écris, le 06 janvier 1789, nous avons, à la réquisition de Sieur François Mondan et Elzear Moréac, consuls, commencé à faire des prières publiques pour demander à Dieu le changement de temps, crainte qu’il n’arrive une famine par le manque d’eau aux moulins, et le 07, nous eûmes une neige très abondante. Dieu exauçant les prières que le peuple luy adressait avec sincérité, fit changer le temps. Le 08, un grand vent fit fondre presque toute la neige qui fut remplacée par une autre du 08 au 09, mais ce jour là, la douceur du temps commença à fondre cette nouvelle neige. »

Selon un rapport des notables, daté du mois de mars, dans le village de Verclause :

« déjà les plus pauvres ne s’y nourrissent que d’herbes champêtres et de quelques mauvais pain ou pommes de terre qu’on leur donne »

Les difficultés d’approvisionnement étaient insurmontables. Le prix du blé avait augmenté de 40% en un an dans les Baronnies.

marquis

Dieu le Roi

C’est le moment que choisit le marquis de Bésignan, criblé de dettes, pour exiger de ses vassaux des charges féodales écrasantes :

  • 20ème partie des grains et des raisins
  • Droit de mouture pour 28ème partie de la farine
  • Droit de fournage de 20 pains
  • Une eymine de blé, une eymine d’avoine, une poule, une corvée d’homme pour piocher la vigne par feu
  • Lods au 16ème denier
  • Droit de prélation
  • Droit exclusif de chasse et de pêche: (voir notes en fin d’article)

Les fermiers du marquis de Bésignan se nommaient à cette époque :

  • Georges Reboul : domaine de la Grange Neuve.
  • Etienne Morin : grange de Buissière.
  • Antoine Deydier : moulin à blé qui produit dans les bonnes années :

6 eymines de blé

6 eymines d’épeautre

13 eymines d’avoine

9 eymines d’orge

11 quintaux de pomme de terre

Tout porte à croire que ce fut à la même époque que le Marquis de Bésignan se plaignit et fit appel aux bienfaits de Sa Majesté.

Le Marquis se disait nanti de biens d’une valeur d’environ 500.000 livres mais assurait que leurs revenus étaient presque absorbés «par l’immensité des dettes que son père lui a laissées» et dont il restait encore assez «pour lui enlever le pur nécessaire».

« Le patrimoine familial est en piteux état. Bésignan père a aliéné deux domaines, abandonné un troisième à la gestion d’un mauvais fermier qui l’a dégradé, coupé et détruit les bois, défriché les prairies, négligé de réparer les bâtiments qui tombent en ruine. Il a fallu payer près de 100.000 livres aux créanciers sans pouvoir s’acquitter envers le receveur particulier de la province qui réclamait 30 années d’arrérage et se faisait menaçant. »

Le marquis et la marquise, «encore toute jeune», avaient à charge quatre enfants, un père, des frères et des sœurs.

L’un des frères du Marquis, depuis onze ans dans l’état ecclésiastique, n’avait pas encore pu obtenir une abbaye, faute d’argent et de protection.

Un des fils du Marquis, clerc tonsuré, qui allait avoir neuf ans, n’avait encore reçu «aucun bienfait de l’Eglise», alors que de plus jeunes étaient gratifiés de bénéfices.

Le Marquis Duclos s’adressa à l’archevêque de Lyon, à Necker, fit présenter un mémoire à Sa Majesté, multipliant en vain les démarches, s’irritant d’être tenu à l’écart des largesses royales et présura ses vassaux.

En réponse, la communauté de Bésignan envoya un justificatif et se plaignit à son tour :

« Le marquis de Bésignan invoque un droit de prélation, non seulement sur les fonds qui se vendent, mais même sur ceux constitués en dot par un père à ses enfants. Il prétend se rendre maître de ces biens pour son bon plaisir. Il interdit la chasse à ses vassaux, et si quelqu’un sort avec un fusil, il le poursuit en justice pour lui faire payer des amendes considérables. Son colombier entretient une nuée de pigeons qui font des dégâts très considérables dans le moment qu’on ensemence les fonds en chanvre. Il arrive souvent qu’on est obligé d’ensemencer deux fois, de telle sorte que les habitants sont privés d’une production qui serait très avantageuse. »

Sur le problème, général, des défrichements, une réponse fut donnée peu après par le village de Bésignan :

« Les défrichements sont si mal situés sur le penchant des collines et le terrain de si mauvaise qualité qu’à peine tous les vingt ans, pourrait-on en brûlant et en cultivant le sol, y prendre deux récoltes de suite d’épeautre, après quoi on ne remellerait pas la semence. »

marquis: crise_economique_1788_1789

Crise économique de l’hiver 1788-1789

Le 26 mars marqua le début des émeutes en Provence. Les manifestants s’attaquèrent aux greniers et les pillèrent. Ils recherchaient surtout les granges et les greniers des couvents. A Aups, M. de Montferrat fut tué. Partout les émeutiers déclarèrent qu’ils ne paieraient pas les dîmes.

Le premier avril, Joseph Dominique Achille de Coriolis, baron de Limaye, seigneur de Sainte Jalle et de La Bastide de Jourdan, héritier du dit lieu, mourut à 15 ans à Sainte Jalle, peut-être d’une chute de cheval. Dans les actes, nous notons que Jean Baptiste Barjavel était notaire royal dans ce village.

Le même jour, naissance au Poët Sigillat de « Antoine Arnaud, fils de Catherine qui s’est dite de Montmorin, dans le diocèse de Gap, mandiante, étant acouchée sur le terroir du Poët Sigillat, dans le domaine d’Antoine Axar. Brachet, prieur curé. »

Le 07 avril, vit les premières émeutes à Buis les Baronnies. Le District prit la décision d’envoyer 150 hommes du bataillon des Chasseurs du Dauphiné qui arrivèrent au Buis le 15 avril et furent placés sous le commandement d’Henri d’Albert, de St Auban.

Le 17 avril, à Agde, les habitants enlevèrent de force les grains dans les campagnes.

Le 23 avril, de nouvelles émeutes éclatèrent à Buis les Baronnies, entraînant le maintien des troupes jusqu’après les récoltes.

Le 25 avril, création de la Société des Amis de la Révolution de Valence.

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Championnet

Jean Etienne Championnet, né à Valence le 14 avril 1762, 27 ans, y adhéra le 14 mai 1790 et en devint secrétaire. Il sera remplacé à ce poste par un certain Napoléon Bonaparte, lieutenant d’artillerie, jusqu’alors bibliothécaire.

marquis

Napoleon Bonaparte

Le premier mai, les municipalités des Baronnies durent faire face à de nombreux travaux. En effet, le gel et à la neige avaient fait écrouler de nombreux pans de mur et abîmé les chemins. Cela éclaire la manière dont étaient répartie l’imposition des travaux publics qui remplaçaient l’ancienne corvée ; « Elle épargne les négociants, les propriétaires et les capitalistes pour ne frapper que l’agriculteur et la classe indigente des laboureurs.. »

Ce même jour, naissait à Arpavon, Joseph Eymenard, fils d’Antoine et de Catherine Tibaud. Plus tard il sera engagé comme fusilier dans le 3ème bataillon de la 7ème compagnie du 45ème régiment de ligne. Le 02 février 1809, à l’âge de 19 ans, il sera blessé et hospitalisé à Vitoria, dans le Nord de l’Espagne, pour mourir de fièvres le 2 mars de la même année.

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45ème régiment

Le 20 juin, le jeune marquis de Bésignan répudia la donation que son père lui avait faite. Les biens retournèrent donc en totalité à son père.

Le 29 juin, mourut au Poët Sigillat « Louise Bonnet, épouse de Jean Jacques Barjavel, âgée environ de 60 ans, accompagnée à la sépulture de la congrérie des pénitents blancs dont les principaux officiers ont signé avec nous. » (Ravoux, Deydier)

En ce mois de juillet, la récolte en grains dans la vallée de l’Ennuyée fut magnifique.

Le 12 juillet, on entendit les premiers commentaires des évènements de l’assemblée de Versailles. Les lettres des témoins de Versailles et de la Bastille arrivèrent le 18 juillet 1789. Les nouvelles parisiennes seront connues officiellement dans les villages vers le dimanche 26 juillet 1789.

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Prise de la Bastille

Le 18 juillet, la prise de la Bastille est connue à Valence par une lettre du député Béranger adressée au maire de Valence, Jean Claude Desjacques.

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Dieu, le Roi

Le 19 juillet, une réunion s’est déroulée dans l’ancienne église de Bésignan. Le marquis Pierre Duclos accordait toute liberté aux habitants du village :

« Unissons-nous de cœur, sinon de fait à nos représentants de l’Assemblée Nationale. Adhérons à tous leurs sages arrêtés et prouvons leur que l’honneur est aussi cher aux plus petites campagnes qu’aux grandes cités. Mais dans le moment où je vous invite à secouer vos chaînes et que mon cri est « La Liberté », je ne saurais résister à mon particulier à la douce impulsion que je viens de vous démontrer et pour conserver à jamais le retour aux vrais principes et à la régénération, je déclare donc que je vous délie de tout ce qui a l’ombrage de servitudes, de tous ces services personnels qui sont faits pour avilir l’âme. Je ne veux prétendre désormais qu’au seul hommage de votre cœur. Croyez, mes amis, que je soupire sincèrement après cette époque et que le plus beau jour de ma vie sera celui où j’aurai quelque droit à votre reconnaissance. »

Cette reconnaissance tant espérée, le marquis ne l’obtiendra jamais. Au contraire, tout ce qu’il aura bâti ou tenté de sauver lui sera enlevé.

Le 22 juillet : Crue de la Drôme avec dégâts sur les digues en construction à Crest.

Le 26 juillet, les échevins de St Paul donnèrent un avis pour précautions contre « l’arrivée de brigands armés ». Cette date marqua dans les Baronnies le début d’une période de peur qui succédait à l’euphorie ambiante. Le bruit courrait qu’un tas de brigands, sortis par la noblesse des prisons de Savoie, circulait d’un village à l’autre en y mettant le feu. La rumeur parvint à Nyons, Curnier et Buis le 29 au matin.

En cette fin de mois, le régiment du Soissonais était en garnison à Nyons.

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Sergent recruteur du régiment du Soissonnais: tableau de Louis Nicolas van BLARENBERGHE 1716-1794

Le 27 juillet, l’alarme générale fut donnée à Valence : « 4000 brigands se seraient répandus en Dauphiné. 800 hommes sont sortis de Valence, 400 ont été dirigés vers Romans et Chabeuil »

Le 28 juillet, l’arrivée du Comte d’Artois, frère de Louis XVI, est signalée à Die, à la tête d’une troupe de 20.000 piémontais. En réaction les paysans attaquèrent le château de Bellegarde, en pleine période de moisson.

Histoire d’un Marquis

Le Comte d’Artois

Le 29 juillet, les consuls de Taulignan firent parvenir une lettre express à Grignan pour : « une troupe de 6000 à 7000 hommes déguisés sur le point de pénétrer plus avant… »

Le 02 août, l’assemblée de la ville de Buis considérant que « les évènements qui viennent de se succéder dans le royaume ayant fait craindre une dangereuse anarchie », décida de former une milice bourgeoise. Ces milices se déchaînèrent sur les représentants nobles de leur commune. Le comte de Condorcet fut retenu en otage et fouillé.

Vers la même date, le château de La Bâtie Verdun, fut «visité» par la population qui le livra au saccage.

A Lachau : « Le conseil général a été assemblé à cris publics aux formes ordinaires de l’hôtel de ville dudit lieu, à la requête du sieur Claude Bernard premier consul et sieur Michel Rémusat second consul…A été proposé par le sieur Rémusat qu’il est instant et pressant ensuite des ordres de la commission intermédiaire, de lever une troupe d’hommes mariés ou non mariés pour veiller à la sûreté publique et nous mettre en garde contre les brigands qui infestent et dévastent la province… »

Marquis

Vote pour l’abolition des privilèges

Le 04 août, sous la pression des troubles paysans, l’Assemblée nationale votait un acte législatif proclamant l’abolition des privilèges et d’une partie des droits féodaux.

marquis

Abolition des privilèges

Le 09 août, l’Assemblée nationale levait un premier emprunt de 30 millions de livres.

Le comte d’Artois se réfugie à Turin chez le roi de Sardaigne, son beau-père.

marquis

Victor Amédée III roi de Sardaigne

Ce même 09 août, les citoyens de Buis se réunirent dans le réfectoire des Dominicains pour établir une milice. Leydier était alors échevin.

On formula le règlement de la milice. Elle serait composée de 217 hommes et 4 tambours, commandés par un colonel.

marquis

Dieu, le Roi

A la même date, Duclos était aussi co-seigneur du Poët Sigillat. Les habitants de ce village, soumis aux mêmes exigences que ceux de Bésignan, les supportaient de plus en plus mal.

« Le 09 août 1789, le premier consul a proposé d’après les cris et réclamations de toute ladite assemblée (63 présents) que m’ont fait depuis longtemps et encore plus fort aujourd’hui, ont de refuser tous les droits seigneuriaux sauf ceux qui peuvent être en bon droit et titres provenus d’une première naissance et nous étant parvenus par nos ancêtres quand cy crier les plus grandes violences pour pouvoir saqueri les reconnaissances qu’ont pouvait produire. L’assemblée donne pouvoir aux Sieurs consuls de faire signifier la présente délibération audit seigneur ou à ses fermiers ou autres représentants. »

Le 12 et le 13 août, la grêle s’abattit sur Chatillon.

Le 23 août, les archives communales déplorent le décès d’un fils de Duclos âgé de 9 ans, probablement Pierre Constantin Hercule, ondoyé au Buis.

Le 24 août, le bataillon des Chasseurs du Dauphiné quitta le Buis mais il fut remplacé par deux compagnies du régiment du Soissonais.

Pendant ce mois d’août, on assista à de nombreux orages entraînant des inondations et des ravinements multiples.

Le 27 septembre, alors que les habitants du Poët Sigillat étaient réunis au village, le marquis Duclos s’y rendit. Une émeute éclata. Duclos fut menacé. On lui montra la corde pour le pendre et il fut contraint d’écrire sous la dictée qu’il

« se départ à la faveur des habitants et communauté dudit lieu du Poët Sigillat de tous les droits que j’y drois deseguiges (sic) et recevoir desdits habitants dudit lieu en qualité d’acarrateur (sic) de Monsieur de Lespine moyennant le pris et la somme de 18850 livres laquelle dite somme je déclare avoir reçue des habitants dudit lieu en bonnes espèces donc je m’en suis contenté. »

Or, ils ne lui donnèrent rien. Bésignan tenta en vain d’en appeler à la justice, puis à la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné séant à Romans.

Le lendemain, 28 septembre, le conseil général de Buis les Baronnies ,

« considérant que les exécutions violentes et à main armée que le Sieur de Bésignan médite, si elle avait lieu, la paix et la concorde qui règne dans tout le canton et que les circonstances actuelles ne permettent pas d’ébranler arrête, que MM. Les administrateurs du Département sont priés de ramener s’ils le peuvent le Sieur Duclos de Bésignan aux voies de pacification et d’arrangement amiables ».

Le 25 octobre, M de Montfort était à Paris. Romieu fut élu député suppléant de Buis pour assister aux Etats de la Province à Romans. Il partit immédiatement mais entre-temps la réunion fut annulée. Un messager parvint à prévenir Romieu dans Curnier, en pleine nuit.

Le 12 novembre, à Sainte Jalle, la population assistait au mariage de Henri Joseph Villelongue, fils de Joseph, chirurgien et de Catherine Leydier avec Suzanne Marguerite Jaquet de Genève, fille de feu Pierre et de Henriette de Cocquet de Genève. Le contrat fut signé chez maître Duby de Genève.

A partir du mois d’octobre, l’émigration française s’accélère. De plus en plus de nobles se réfugient à Neufchâtel, dans la résidence de Fauche-Borel, père et fils. http://www.1789-1815.com/fauche-borel.htm

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Hotel Fauche Borel à Neuchatel: tableau de Gabriel Lory 1817

En novembre, le Rhône subit une crue exceptionnelle.

Le 29 novembre, la fédération qui se déroulait dans la plaine d’Etoile fut la première pierre de l’idée d’une fédération de l’ensemble des gardes nationales.

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Garde civil

A la même date, Le Buis dut défendre sa position comme entité administrative et judiciaire. La Drôme fut divisée en 6 districts : Romans, Valence, Crest, Die, Montélimar et Buis.

Le premier décembre, les marins de Toulon se mutinaient, après le renvoi de deux maîtres d’équipage.

Le 5 décembre, des pauvres pillèrent le bois de Boulogne pour se chauffer. En réaction, l’Assemblée décida de placer les forêts, bois et arbres sous la sauvegarde de la nation.

Le 13 décembre, le peuple assistait au premier rassemblement civique avec la fédération de Montélimar.

Le 16 décembre 1789, à Bellecombe, le curé Vautour, très âgé, signa sa dernière déclaration de naissance. Par la suite, il fut assisté en permanence par ses confrères : Brachet prieur curé du Poët, Rousset de Sainte Jalle, Lannin de Saint Sauveur, Estralat, Denove puis Sibend du Poët Sigillat.

Le14 décembre, le Rhône subit une nouvelle crue exceptionnelle.

Le 20 décembre, le peuple vint participer aux fédérations de Crest puis de St Paul.

( NDRL :

Les charges seigneuriales se décomposent en :

– Les redevances annuelles :

· rentes foncières ou censes réelles qui sont de 2 à 15% en nature des droits sur les terrains tenus par des tenanciers.

· Le vingtain ou dîme du seigneur qui est un prélèvement de 20% sur les récoltes. Il correspond à environ 25% des redevances.

· Les censes personnelles, sur tous les habitants, couvrant 30 à 40% des redevances annuelles.

– Les corvées :

Qui se paient en jours de travail.

– La banalité :

C’est une charge sur les grains ou sur le pain du four banal ou encore un droit de fournage, dans lequel l’autorisation de cuire le pain chez soi a été concédé à la communauté. La taxe est due pour toute personne âgée de plus de sept ans. Cette banalité représente environ 40 à 50% des revenus du seigneur des lieux.

– Lods et ventes :

Impôt sur les héritages ou l’achat d’une tenure (fermage). Le paiement des droits se fait en général au sixième denier (1/6 de la valeur).

– Droits divers :

Usage des bois, pâture, eaux, etc.…

F. Ferrand donne une approximation des taxes seigneuriales dans la vallée de l’Ennuyée :

Les biens des privilégiés sont de 12% à Sainte Jalle, de 18% dans les Baronnies et de 46% à Bésignan.

Les biens ecclésiastiques représentent 0,18% de la superficie de la vallée soit moins de 6 hectares au total.)

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Marquis de Bésignan

Agenda 1790 du Marquis

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En janvier, le curé Clerc succédait au curé Cabared à la tenue des registres d’Arpavon.

Une sage femme y est citée : Marguerite Franier , femme de Joseph Bonnet. Jean Pierre Reynaud de Rémuzat est maître d’école à Arpavon à la même date.

Le 03 janvier, la fédération de Nyons fut présidée par le chevalier de Galloët.

Au mois de janvier, le peuple commençait à se soulever. On assista aux premières jacqueries en Périgord.

marquis

Affiche du film « Jacquou le Croquant » sur les jacqueries du Perigord

marquis

Scène du film « Jacquou le croquant »

Le 3 janvier, un rassemblement royaliste se tint à Pont-Saint-Esprit.

Le 15 janvier, Henri Joseph Villelongue, fils du maître chirurgien, et SM Jaquet eurent un enfant, prénommé Joseph, né à Sainte Jalle.

Le 24 janvier, les gens furent réveillés à 4 heures du matin par un tremblement de terre à Tulette et Visan.

Le 31 janvier, Barbier de Villecroze, juge à Sainte Jalle, fut élu maire de Buis. Il sera arrêté en 1793 et guillotiné à Paris le 17 juillet 1794.

Le même jour, les élections se déroulaient, à 10 heures du matin, dans l’église paroissiale de Sainte Jalle en présence de:

  • Jean André Teste premier consul
  • Joseph Barjavel second consul
  • Jean Baptiste Barjavel notaire royal, châtelain de ce lieu

Et en présence de Jean Augustin Coulet, Claude Autrand, Jean Allemand, Thomas Liotaud, Laurens Long, Jean Claude Roux père, Joseph Liotaud fils à Joseph.

Furent élus :

  • Jean André Teste maire
  • Jean François Charponnel officier municipal
  • Sebastian Roux officier municipal
  • François Loubier procureur

Et six notables ; Antoine Giraud, Jean Claude Roux, Joseph Henri Villelongue, Thomas Liotaud, Jean Baptiste Louis Barjavel, Jean François Loubier.

Le 09 février, mariage au Poët Sigillat entre «Jean Joseph Teste, fils de feu Jean Joseph et feue Rose Teste de Sainte Jalle avec Marie Anne Aubert, fille de feu Pierre et Magdeleine Mauric.» Les oncles étaient Jean Louis Teste et Jean Teste de Sainte Jalle, Le chirurgien Villelongue servait de témoin ainsi que Jean Pierre Barnouin de Saint Sauveur.

Le 13 février, la ville de Buis les Baronnies fut confirmée dans son rôle de sous-préfecture. La principauté d’Orange allait être jointe à la Drôme et devint le district d’Orange.

Le 14 février, à Sainte Jalle, le conseil communal procéda à la nomination d’un secrétaire greffier en la personne de Jean Pierre Motte à raison de 18 livres jusqu’à la Saint Martin.

marquis

Dieu, le Roy

Le 24 février, le marquis de Bésignan écrivait une lettre concernant les créanciers dans laquelle il dit, non sans quelque raison, «avoir été abusé pendant sa minorité».

Dans ce mois de février, Duclos avait obtenu de la Cour de Grenoble un décret de prise de corps contre plusieurs paysans du Poët Sigillat et de Tarendol mais il n’avait pas le pouvoir de le faire exécuter. Il écrivit :

«Mes vassaux de Bésignan n’ont pas voulu payer; ceux du Poët encore moins; aucun fermier ne paie, aucun débiteur ne s’exécute.»

Le 15 mars, l’Assemblée décidait l’abolition sans indemnité des droits seigneuriaux, supposés usurpés ou créés par la violence. Les redevances foncières (rentes, cens et champarts) restaient soumises au rachat. De même, les députés votèrent l’égalité des droits de succession, abolissant le « privilège de masculinité » et le « droit d’aînesse« .

Les difficultés d’approvisionnement en grain sur Buis devenaient intolérables. Le 06 juin, une distribution de blé fut faite aux nécessiteux avec un prix fixé à 6 livres l’eymine.

marquis

La distribution du blé

Le 10 juin : Soulèvement en Avignon pour le rattachement à la France.

Le 19 juin, l’Assemblée Nationale décrétait que la noblesse héréditaire était abolie.

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Abolition de la noblesse

Le 29 juin, 4 prud’hommes furent désignés pour assister aux Etats du Dauphiné.

L’été fut particulièrement sec.

Le 12 juillet : Constitution civile du clergé.

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Constitution civile du clergé

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Constitution civile du clergé

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Constitution civile du clergé

Le 23 juillet, Barbier de Villecroze, maire, et Richaud, procureur de Buis, furent élus, le premier au département, le deuxième au district. Ils ont été remplacés par Pierre Bertrand et Brochéry.

Le 23 août, l’administration du district et sa direction furent transférées de Buis à Nyons. Seul le tribunal restait au Buis.

Le 05 septembre, la communauté de Sainte Jalle fit appel au curé Viarca, venant de Vercoiran, pour vérifier les droits seigneuriaux accordés pour les foires et marchés de la commune de Sainte Jalle.

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Ce même 05 septembre, le marquis de Bésignan demandait à la ville de Buis de lui prêter main forte

«par troupes réglées contre certains particuliers de Tarendol et du Poët Sigillat.»

Le conseil se déclara incompétent et renvoya Duclos au district le 12 septembre puis le 28 au département.

Le 08 septembre, les huissiers, appuyés par des cavaliers de la maréchaussée, arrivaient au Poët Sigillat pour exercer des saisies et prises de corps contre les auteurs dénoncés par le marquis de Bésignan. Ils furent accueillis par des coups de fusils et le tambour battant la générale.

Le 12 septembre, à Sainte Jalle, création du «bureau charitable» et ouverture du testament de Limaye, seigneur du lieu. La commune décida alors l’inventaire des biens communaux et seigneuriaux.

L’automne fut très sec.

C’est alors que, le 28 septembre, le conseil général de Buis, refusant d’envoyer la troupe pour soutenir le marquis, écrit la lettre déjà citée :

«considérant que les exécutions violentes et à mains armées que le sieur de Bésignan médite, si elles avaient lieu, compromettraient la paix et la concorde qui règne dans tout le canton et que les circonstances actuelles ne permettent pas d’ébranler, arrête que messieurs les administrateurs du département sont priés de ramener, s’ils le peuvent, le Sieur Duclos de Bésignan aux voies de pacification et d’arrangement amiables

Le 03 octobre, le marquis répondit par courrier. En voici quelques extraits :

«Impunité du crime des habitants du Poët…»

«Après avoir perdu toute récolte, par un dégât sans exemple, la municipalité de Bésignan vint au premier moment faire enlever mes meubles…»

«Il m’est moralement et physiquement impossible de payer mes impositions jusqu’après avoir recueilli ma récolte dont on jette présentement les semences en l’air… Je suis obligé d’alimenter ma famille d’emprunts après avoir renvoyé tous mes domestiques…»

Le 12 octobre, le district d’Orange fut rattaché au département des Bouches du Rhône. A Bésignan, décès de Marie Justine Reine Jeanne Duclos, fille de Joseph Justine Constantin Duclos et de feu Marguerite de Blosset.

Le 14 octobre, Jean LAURENS, de Chardon en Dauphiné, fut nommé maître d’école à Sainte Jalle pour six mois à raison de 12 livres par mois.

Le 13 décembre, réunion pour la nomination d’un juge de paix au canton de Sainte Jalle. Acarie, curé de Curnier, portera plainte le 21 juillet 1791, contre Jean Teste de Curnier et Jean André Teste, son fils, de Sainte Jalle. Il considèrait avoir été insulté et injurié dans l’assemblée primaire des citoyens actifs du canton de Sainte Jalle.

Au cours de l’entretien, Jean Teste, maire de Curnier, monta la voix en disant que le «curé Acarie ne peut voter, n’étant pas un citoyen actif car il n’est pas inscrit dans les registres de la garde nationale». Le curé se défendit en affirmant qu’il payait bien ses impôts, mais ne pouvait être inscrit sur la liste en tant que curé, et que son neveu devait le remplacer. Le prieur Viarca, curé de Vercoiran s’opposa à lui en tenant les registres des derniers décrets. Acarie restait calme et annonca qu’il se retirait de la salle. Après un bâillement des plus expressifs, Jean André Teste, maire de Sainte Jalle, secrétaire du canton, et fils de Jean Teste, maire de Curnier, ordonna aux quatre gardes nationales de faire sortir le curé. Ils revinrent pour se ranger à coté du maire de Sainte Jalle qui les applaudit. Joseph Marie Givaudan, 33 ans, de Sahune, président de l’assemblée des citoyens du canton, fut choqué des bourrades et coups de coude donnés par les gardes envers le curé.

La plainte restera sans suite.

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1791

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Marquis de Bésignan

Agenda 1791 du Marquis

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Le 18 janvier, la ville de Malaucène fit parvenir une dépêche au Buis-les-Baronnies annonçant qu’elle s’unissait à la Nation Française et voulait être incorporée au département de la Drôme. Le Buis accepta de lui porter assistance.

Les nouveaux troubles du Comtat et du Bas Vivarais ranimèrent les alarmes. L’armée avignonnaise marcha sur Carpentras où le directoire de la Drôme décida d’envoyer 150 gardes nationaux du district de Nyons. L’armée d’Avignon fut repoussée.

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Quatre jour plus tard, Henri d’Albert conduisit à Carpentras un détachement de volontaires de Buis pour porter secours aux communautés du Comtat, dans les Etats du Pape et lutter contre le brigandage.

Monseigneur de Messey quittait la ville de Valence sans prêter le serment civique, pour se réfugier à Tournon. La lutte religieuse devenait inévitable et débutait dans les deux camps les plus opposés : Celui du parti aristocratique renforcé par de nombreuses femmes du peuple et celui du parti anticlérical qui sera appuyé par le pouvoir.

Le 12 février, de Loquin, colonel de la garde nationale du régiment de Buis ramena le détachement parti à Carpentras.

Le lendemain, dans la commune de Buis les Baronnies, le curé Lunel puis Louis, Joachim Armand, vicaire, prêtèrent serment dans un discours qui allait être refusé par le district de Nyons.

Le 19 février, Sainte Jalle fut nommée comme chef lieu de canton par décret de février 1790. Ce canton comprenait les communes de : Arpavon, Autanne, La Bâtie Verdun, Bellecombe, Bésignan, Gouvernet, Montaulieu, Montréal, Le Poët Sigillat, Rochebrune, Sahune et Saint Sauveur.

Le 13 juin, de nouvelles élections eurent lieu à Sainte Jalle. Villelongue, le médecin du village, faisait partie des trois plus anciens et à ce titre fut nommé scrutateur du vote. Il y eut 36 votants. 25 voix se portèrent sur Teste qui devint le nouveau maire de la commune.

Le 14 juin, la loi Le Chapellier abolit les corporations et les associations d’ouvriers. La grève fut déclarée illégale.

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Le Chapellier

L’armée de Condé établit son quartier général à Worms. Le comte d’Artois, lui, se trouve à Coblenz.

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L’armée des émigrés

A partir du 17 juin, à Sainte Jalle, Teste remplaça François Loubier comme procureur de la commune. Deux sujets furent évoqués lors de la première réunion officielle :

– L’arrosage de l’année précédente (1790) a causé des difficultés.

– Il fallait un précepteur pour la petite enfance.

Ce fut Joseph Limousin de Mirabel qui fut nommé à ce poste pour un an, à raison de 100 livres et 1 sou par quintal de grain apporté au moulin communal.

L’école se ferait désormais dans le pressoir à farine, de ce jour à la St Michel.

20 juin : fuite du Roi à Varennes.

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Le roi est reconnu au cours d’un repas

 

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Le roi est ramené

 

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Caricature d’époque sur le retour du roi

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Le 20 juin, le marquis de Bésignan porta plainte au district de Buis contre les habitants de Bésignan, pour insultes et menaces.

Voici quelques extraits des témoignages :

Claude Arnaud, 33 ans, maire :

« Le jour de l’Ascension, sur le soir, Jean Blanchard passe sous la fenêtre de Duclos avec quelques autres habitants, l’appela et lui dit que depuis quelques jours il avait remis le cadastre de la commune duquel il était dépositaire comme officier public. Il demande que le marquis l’accompagne chez Jacques Arnaud. »

« Le marquis essaie de chasser une bergère et ses enfants sous prétexte de propriété, mais c’est un terrain communal. Duclos revient à cheval avec un sabre et des pistolets et profère des menaces… Un homme a ouvert sa veste et lui dit de le tuer… ce qui arrête Duclos. »

Il ne témoigne pas du problème du cadastre, ni des bestiaux en pâture, des insultes et des coups de fusil.

Hélène Favier, femme d’Etienne Morin, 25 ans :

« Gardant les vaches dans un fond de Duclos dont son mari est fermier, elle est appelée pour aider des femmes qui cueillent les mûriers pour Madame Duclos… » Vers 3 heures de l’après midi, le sieur Duclos lui demanda d’aller voir l’attroupement autour de Jacques Arnaud. Elle constata : « une farandole autour de Jacques Arnaud de jeunes garçons qui lui demandent de leur rapporter ses conversations avec le marquis. Ils le menacent de la lanterne s’il ne répond pas. Il n’y a pas de mal mais des menaces proférées contre le marquis. »

Elle reconnut parmi les jeunes gens :

– Auguste Faraud, fils aîné du nommé Grandjean, valet du sieur Barjavel, notaire de Sainte Jalle

– Le fils de Guillotin de Bésignan

– Le fils de Payan de Bésignan.

Elle dit n’avoir pas entendu de coups de fusil, ouï de complot contre la maison du marquis. Par contre, elle se souvint de « coups de fusil tirés le soir sur l’aire de la Grand Grange »

Frère Gaspard…,

prêtre natif de Caumont dans le Comtat, 27 ans, desservant la paroisse de Bellecombe et instituteur des enfants du marquis n’avait pas de connaissance personnelle concernant la plainte.

En effet, après avoir dit la messe au matin dans la chapelle du château, il était parti officier à Bellecombe et n’en était revenu que le lendemain.

Il croisa Duclos sur le chemin du retour, qui va à Saint Auban. Celui-ci partait à la recherche de témoins possibles…

Il lui raconta que « plusieurs coups de fusil ont été tiré à La Cour le soir… Deux officiers municipaux, Jean Manchard et Joseph Rolland se sont rendus chez Jacques Arnaud pour réclamer le parcellaire et l’un d’eux lui a donné un soufflet. »

Le précepteur raconta que 3 semaines auparavant, il y avait déjà eu un problème de pâture. Duclos était « arrivé à cheval avec lame de sabre et pistolets dans les poches…qu’il portait continuellement depuis deux ans. »

Il ajouta que le quartier du plan de l’horme était une terre communale.

Jean Blanchard, officier municipal, 33 ans,

n’était pas sur les lieux mais a croisé un berger, monté sur son âne qui chantait : « ça ira, ça ira !! ». Celui-ci lui raconta les faits. Le marquis était arrivé à cheval. Augustin Bernard l’avait menacé avec à la main un bâton. Le marquis avait alors armé son pistolet et fait mine de tirer sur un bœuf. Antoine Roux avait défait sa chemise et offert sa poitrine. Pierre Rolland était alors intervenu et avait réussi à calmer le jeu.

Il ajouta que le marquis avait déjà exercé des violence sur Brusset, sa bergère, Jeanne Marie Bernard, veuve de François Chabrol.

Jacques Arnaud, officier municipal chargé du parcellaire, 71 ans,

Il alla voir le marquis pour régler les problèmes de cadastre, car il n’était pas d’accord sur le terrain du plan de l’horme, terre communale pour les unes, terre gaste donc propriété du marquis pour Duclos. Ils allèrent sur le terrain en question puis Jacques Arnaud suivit le marquis vers sa maison pour finir le travail. C’est à ce moment qu’il fut menacé par les jeunes gens. Il resta deux heures avec les bergers puis rentra chez lui au hameau des Montaud. Il eut alors une « entrevue paisible avec les officiers municipaux. »

Marie Favier, fille de feu Jean d’Arpavon, 15 ans

Le dimanche avant l’ascension, donc à la mi mai, Marie Favier, fille de feu Jean d’Arpavon, 15 ans, était en train de cueillir le mûrier pour la dame de Bésignan avec une fille de Louis Mauric, âgée de 15 ans, le long de l’allée des mûriers, près de la rivière, quand le marquis arriva avec d’autres cavaliers, vers 4 heures et leur demanda d’aller à la terre inculte appelée l’hermasse pour servir de témoins. 3 bergers faisaient paître leurs moutons.

Elle rapporte que 15 jours avant les évènements, des enfants coupaient de la litière sous les murs de Duclos. Celui-ci était sorti pour les faire déguerpir mais ceux-ci l’avait chassé à coups de pierre.

Thérèse Thibaud, 23 ans,

Elle aidait à élever les vers à soie de Madame Duclos. Il y avait bien trois filles en train de cueillir les feuilles de mûrier. Ce jour de l’Ascension, il y avait bien eu une farandole. Elle précise cependant que l’on « parle de faire intervenir la garde nationale de Sainte Jalle. »

Louis Morin

Louis Morin confirme qu’il existait des problèmes de pâture, en particulier dans la condamine qui appartenait au marquis. Il rapporte les insultes envers le marquis le jour de l’Ascension : « Jean foutre, Coquin et autres… » et le tir de deux coups de fusil.

Les enfants avaient bien récolté la litière sur le serre de Peymian, devant la maison du marquis. Et, 15 jours avant l’Ascension, les bergers faisaient paître les troupeaux de Jean Claude Rolland et Jean Blanchard.

Pierre Laget, drapier des Pilles, 64 ans et Jean Pierre Chamoux, juge des Pilles,

Ils se rendaient à la foire de Saint Auban pour le jour de l’Ascension et sont passés à Bésignan à 5 heures du soir. Duclos vint les voir pour se plaindre de menaces sur sa personne et son fils.

Jacques Laurent,

qui menait ses moutons de Nyons à Saint Auban et s’arrêta au bord de la rivière :

Il témoigne que Duclos avait un enfant habillé de rouge au début de la rixe puis qu’il avait regagné le château et en était ressorti à cheval. « un sabre, 2 pistolets à la selle et deux pistolets à la ceinture ». Les hommes l’avaient alors insulté : «Jean foutre, Foutu coquin, brigand, gueux…»

Jean Rollin, gendarme de Buis,

Il était en tournée avec Martin Barthélémy, autre gendarme. Ils sont allés dîner chez le marquis puis sont repartis vers 5 heures de l’après-midi . Duclos les raccompagna à cheval jusqu’au bout de l’allée, au bord de la rivière. Il dit qu’ «il en profite car ne peut plus sortir depuis quelques jours devant les menaces».

«Devant le fond nommé l’hermasse, ils voient des bestiaux de toute espèce en très grand nombre avec plus de cent personnes armées de fusils et de bâton…» Les gendarmes rentrèrent chez eux.

Son collègue annonce : seulement 15 hommes rassemblés mais deux des particuliers, voyant approcher Duclos, ont chargé leur fusil.

Malgré tous ces témoignages, il n’y eut aucune suite judiciaire. Le procès fut clos le 28 juillet 1791.

Le 24 juin, le prêtre assermenté constitutionnel Juste Eléazard Garcin, élu en remplacement du curé Henry Lunel, réfractaire, s’installa au Buis. A cette occasion, de violents troubles éclatèrent au Buis, la population ne voulant pas de ce prêtre.

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Révolte villageoise

Le 29 juin, le conseil communal de Buis décommanda le renfort de troupes mais le détachement composé de 100 hommes du 70éme de ligne partit quand même de Valence.

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Drapeau du 70ème régiment de ligne

Le 03 juillet, le conseil de Sainte Jalle se réunit sous l’égide de :

– Jean André Teste, maire.

– Sébastian Roux et Joseph Liotaud, officiers municipaux.

– Jean Louis Teste, procureur.

Le bail d’arrosage fut mis aux enchères pour les ramières et combatureiye. Il sera adjugé à François Autrand pour 55 livres 15 sous.

Le 08 juillet, le curé Garcin arriva dans la ville de Buis les Baronnies.

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Curé constitutionnel

La foule l’accueillit en criant «Lou voulen pas». Un piquet de garde et la gendarmerie durent être convoqués pour maintenir l’ordre. Il fut décidé d’installer le nouveau curé dans ses fonctions le lendemain, mais il fut raccompagné dès ce lendemain aux portes de la ville.

Sécheresse importante pendant l’été entraînant une production réduite de moitié pour les céréales, 1/8 pour les vignobles et ¼ pour les arbres fruitiers. Ce manque d’eau sera probablement la cause d’une épidémie mortelle chez les bêtes de somme et les animaux de boucherie.

Le 17 juillet, un détachement composé de 100 hommes du 70ème de ligne arrivait au Buis. Il fut accueilli par les buxois aux cris de «Vive le roi».

Le 21 juillet, la plainte du curé Acarie de Curnier, molesté lors des élections cantonales du 13 décembre 1790, fut déposée au district de Buis. Il n’y aura pas de suite.

Le 22 juillet, les volontaires levés par décret le 11 juin furent portés de 26 000 à 97 000.

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La levée des volontaires

Le 04 août, les premières levées de volontaires débutaient.

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Volontaires

Le 05 août, Danton, poursuivi par la justice après le massacre du 17 juillet, partait en Angleterre.

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Le 09 août, était jour de foire à Buis. On put voir de nombreuses patrouilles circulant dans les rues.

Le 13 août, Sibend, qui arrivait de Saint Jean en Royans, remplaça Brachet comme curé du Poët Sigillat. A cette date, Pierre Rousset était vicaire à Sainte Jalle.

Le lendemain, Barbier de Villecroze fut élu maire de Buis.

Le 17 août, il fut procédé à l’élection d’un délégué de la communauté pour être dépositaire des sommes payées pour rôles.

Chaleur exceptionnelle dans toute la France (40° à Paris).

Le 30 août, Pierre Brachet, curé, 53 ans, porta plainte contre la municipalité du Poët Sigillat. Il disait avoir reçu des menaces car il fauchait les blés, le 13 juillet 1791 sur les terres de Clastre, d’une surface inférieure à un demi arpent.

Le 02 septembre, l’Assemblée adoptait le principe des fêtes nationales pour commémorer le souvenir de la Révolution.

Le 23 septembre, le cadastre fut créé.

Le 25 septembre, promulgation du nouveau code pénal.

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Le 27 septembre, par décret, tous les Juifs de France obtinrent la citoyenneté, à la condition d’avoir prêté serment à la Constitution et qu’ils renoncent à leur statut communautaire.

Le 30 septembre, dernière séance de l’Assemblée qui décréta une amnistie générale pour toutes les personnes condamnées pour faits d’émeute depuis 1788.

Suppression officielle des confréries de pénitents.

2200 hommes furent enrôlés dans les quatre bataillons de volontaires de la Drôme, dont le 4ème district de Crest et Nyons avec 513 volontaires avec Alexandre Louis Benoît Fabien de Loquin, de Buis les Baronnies, second lieutenant colonel, âgé de 49 ans.

– en 1ère compagnie : capitaine Jean Jacques Barnier de Nyons, 35 ans

– en 3ème compagnie : capitaine Louis Gleize de Nyons, 33 ans

– en 4ème compagnie : capitaine Louis Vilhet-d’Aguillan de Mollans, 46 ans.

Le 16 octobre, deux volontaires se présentèrent à Sainte Jalle pour intégrer le Régiment du Soissonais : Reynaud de 5 pieds 5 pouces et Antoine Blanc, 18 ans de Saint Sauveur Gouvernet.

Le 17 octobre, 61 personnes furent exécutées par les patriotes d’Avignon en représailles à l’assassinat du secrétaire de la commune Lescuyer.

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Massacres en Avignon

Le 20 octobre, les rues de Sainte Jalle furent pavées.

A partir du 21 octobre, le curé du Poët Sigillat signa tous ses actes par « Sibend, curé constitutionnel ».

Le 25 octobre, le 3ème bataillon de volontaires nationaux de la Drôme stationnait dans la ville de Buis pour remplacer le détachement venu de Valence en Juillet. Cela se passa mal entre une municipalité assez tiède dans sa ferveur révolutionnaire et ces troupes extérieures au district.

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Le 31 octobre, l’Assemblée ordonnait à Monsieur, frère du roi, de rentrer en France dans un délai de 2 mois sous peine d’être déchu de ses droits éventuels à la régence.

Le premier novembre, le conseil municipal de Sainte Jalle effectua la mise aux enchères des poids à farine et des « régailles du reverin ».

Le poids à farine fut adjugé pour un an à Joseph Villelongue fils, au paiement de 7 deniers par quintal le 07 novembre.

Ce même jour, le curé constitutionnel, Jules Elzéard Garcin, s’installait à Buis.

Le 09 novembre, par décret, les émigrés furent incités à rentrer en France avant le 1er janvier 1792.

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Les fuyards: émigration

Ce même 09 novembre, la municipalité de Buis demanda que l’église et les chapelles soient laissées à la disposition des fidèles.

11 novembre : le roi opposait son veto aux décrets du 31 octobre et du 09 novembre sur les émigrés.

En ce mois de novembre, les pluies torrentielles entraînèrent de gros dégâts avec inondations, ponts rompus et maisons effondrées. Les pluies allaient durer deux mois.

Le premier décembre, le curé Jullian prit ses fonctions à Sainte Jalle à la suite de Courcy.

Le 03 décembre, de nouveaux troubles éclatèrent dans la ville de Buis. Mr de Valdrôme, lieutenant de gendarmerie fut requis de maintenir l’ordre et le 09 décembre, les murs de la ville de Buis se couvrirent de placards révolutionnaires contre la municipalité.

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Emeute royaliste

Le 14 décembre, le département expédia à Buis deux commissaires, Payan et Quintin, pour mener une enquête.

Le 19 décembre, le maire de Buis, Barbier de Villecroze donna sa démission. Celle-ci fut refusée par l’administration du département.

Le 21 décembre l’Assemblée apprit que l’empereur d’Autriche avait ordonné à ses troupes de s’opposer à toute entrée des soldats français dans l’électorat de Trèves.

Le 29 décembre cette même Assemblée votait un crédit de 20 millions pour frais de guerre.

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Marquis de Bésignan

Agenda 1792 du Marquis de Bésignan

Article Précédent : Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1791

Le 18 janvier, Monsieur, frère du roi, émigré depuis le 29 juin 1791, fut déchu de ses droits à la régence.

Le 22 janvier, Barbier de Villecroze, qui avait remplacé Bertrand le 14 août 1791, puis avait démissionné le 19.12.1791, fut réélu maire de Buis.

Le 25 janvier, l’Assemblée Nationale lançait un ultimatum à l’Autriche.

Le premier février, par décret, l’Assemblée fit obligation, à tout voyageur se déplaçant à l’intérieur du royaume, de se munir d’un passeport sous peine d’arrestation.

Le 07 février, l’Autriche et la Prusse signaient une nouvelle convention militaire dirigée contre la France.

Le 09 février, décret de l’Assemblée qui mit sous séquestre les biens des émigrés. Le roi le sanctionna deux jours après.

Le 28 février, le 3ème régiment de volontaires, installé sur Buis les Baronnies, manquait de pain.

Le 06 mars, acte du notaire royal Barjavel de Sainte Jalle pour la signature du bail de la Grange de la Cour, appartenant au Marquis Pierre Charles Duclos. Les fermiers étaient François Clément, de Sainte Jalle, et Pierre Barjavel, de Bellecombe, son beau-frère.

Le 28 mars, décret divisant le Comtat Venaissin en deux districts ; celui de Vaucluse (Avignon) dépendant des Bouches du Rhône et celui de l’Ouvèze (Carpentras)

Le mois d’avril fut marqué par le gel des oliviers.

Le 16 avril, le «Club des amis de la constitution» de Buis les Baronnies invitait les gardes nationales de La Roche. Ceux-ci se présentèrent en armes. La municipalité les fit désarmer aux portes de la ville.

Le 17 avril à Nyons, le 4ème bataillon de la Drôme s’insurgeait contre l’augmentation du prix du pain.

Le 18 avril, de fortes pluies se produisirent dans la région.

Le 20 avril, déclaration de guerre contre l’Autriche. La France avait peur des invasions, de la trahison, des contre-révolutions.

Au printemps, le curé Jullian, de la paroisse St Claude de Sainte Jalle , était acquis à la constitution civile du clergé.

Pendant cette période, des nouvelles peu rassurantes arrivent de Jalès en Ardèche. Les témoins parlaient de la constitution d’une armée d’aristocrates sous le commandement du maréchal de camp Conway, secondé par le comte de Saillans.

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Dès avril, toutes les occasions servent de prétexte pour sous-entendre que le marquis de Bésignan était la cheville ouvrière d’une conspiration contre-révolutionnaire.

Certains affirmaient que le Marquis Pierre Charles Duclos correspondait avec des émigrés. D’autres le voyaient accumuler denrées et munitions. Il parut même que le château du Marquis était devenu un repère pour de nombreux hommes armés. On les voyait circuler à cheval, le jour comme la nuit. Ces émissaires faisaient peur dans les campagnes. De plus, le marquis fit réparer les fortifications du donjon, ce qui semblait bien confirmer les rumeurs. Les communes voisines appelèrent l’administration du district à la vigilance.

Le 31 avril, un mardi, Isidore Jourdan, sergent, et Joseph Gayte, fusilier, de la 8ème compagnie du 2ème bataillon de volontaires nationaux, en patrouille sur Bésignan, rencontraient Madame Duclos, épouse du Marquis, qui portait des salades. Ils lui demandèrent à manger. Comme elle refusait, les deux soldats la poursuivirent «le sabre nu à la main». La marquise tomba en voulant fuir et se blessa. Son mari, Pierre Duclos sortit alors du château. Il menaça, avec un fusil, les deux volontaires qui préférèrent s’éloigner.

Madame de Bésignan écrit le 05 mai au commandant du bataillon de Gap, en garnison au Buis ;

« Je viens d’apprendre que, d’après la motion qui en a été faite au club de votre ville (Le Buis NDLR), une partie de votre bataillon doit venir désarmer le château que nous habitons ;Je ne saurais croire que les chefs du bataillon de Gap soient pour quelque chose dans ce projet ; votre réputation et celle de vos officiers m’est un sûr garant du contraire ; mais comme il peut fort bien arriver que des soldats indisciplinés ne voulussent point suivre l’inspiration de leurs chefs, j’ai voulu vous prévenir que mon mari est déterminé à résister à toute entreprise illégale, et, quoiqu’il y eût peu de générosité à nous attaquer avant que je ne sois remise de la chute malencontreuse que je fis mardi passé, je vous réponds que je m’aiderai de toutes mes forces à défendre mon mari et mes trois enfants ; je ne vous ai point porté mes plaintes sur l’attentat de quelques uns de vos soldats, qui furent cause de ma chute, parce que je crois que les punitions sont inutiles aujourd’hui et qu’il faut laisser passer l’orage ; mais ils m’ont poursuivi le sabre nud à la main et voulaient me forcer à leur donner à boire et à manger. Mon mari, qui me vit tout en sang, fut au moment de faire feu, il est vrai, si on eut persisté à entrer de force ; il ne crut pas cependant devoir venger aussi violemment le sang que je répandais, tout danger ayant cessé et ne craignant plus les menaces d’aussi peu de monde ; mais s’il fut assez généreux une fois, vous pouvez avertir vos soldats qu’il ne le serait peut être pas une autre. J’espère cependant de votre zèle pour le bon ordre que de pareilles tentatives n’auront plus lieu et que vous ne souffrire pas que des citoyens tranquilles dans leur propriété et qui ne veulent point la quitter y soient inquiétés.. »

Le 07 mai, le marquis de Bésignan fut prévenu par trois personnes qu’une troupe s’approchait. A 10 heures du matin (départ du buis), 400 volontaires du bataillon de Gap en garnison au Buis vinrent siéger autour du château de Bésignan sous la demande des commissaires de la société des amis de la constitution ;

Le marquis écrit à ce sujet le même jour :

« A peine y voyait-on ce matin que j’ai aperçu sur une hauteur, qui domine la maison de campagne que j’habite, une troupe de gens armés, baïonnette au bout du fusil et dont les préparatifs me démontraient une attaque formelle. C’étaient environ 400 volontaires du bataillon de Gap, qui, sur la motion décrétée presque en même temps que proposée hier soir, à 8 heures, au club de Buis, se mirent en marche à 10 heures, pour ne pas donner le temps à aucun de mes amis de m’avertir ; mais, malgré la célérité de leur marche, je fus prévenu par trois personnes qui voulurent bien avoir la générosité de défendre une seul homme, une femme et trois enfants dont le plus âgé n’a que 11 ans. »

Il n’y rencontrèrent que Pierre Charles Duclos, marquis de Bésignan avec sa femme Martine Duclos de la Mésangère et 3 enfants, tous âgés de moins de 11 ans. Il semble que le marquis ait eu un problème avec le lieutenant de gendarmerie et les 4 commissaires du club de Buis car il refusa de désarmer et interdit la visite des lieux en leur présentant l’illégalité d’une telle mesure. Pendant ce temps, la marquise répondait à trois officiers :

« Nous n’ouvrirons jamais nos portes qu’à des commissaires du district ou du département et sous la condition même qu’ils ne seront pas suivi d’une troupe aussi nombreuse, qui ne saurait être appelée protectrice. »

« Puisque c’est là votre dernier mot, répondirent les officiers, nous allons faire retirer notre troupe ; mais nous avons conçu une trop haute idée de la fermeté de votre mari pour que nous nous en allions sans le connaître. »

Le marquis de Bésignan, à ces mots, se montra et remercia les officiers. Les troupes se replièrent difficilement malgré les ordres non sans avoir effectué une soixantaine de tirs.

Les évènements colportés jusqu’en la ville de Buis montraient la détermination de la famille Duclos. Le curé constitutionnel Garcin et ses amis de la Constitution s’adressèrent alors au district pour réclamer une sanction exemplaire contre le Marquis. La municipalité de Buis, au contraire, écrivit le 23 mai que tout était calme et surtout insista sur le fait que la commune ne pouvait pas loger de troupes supplémentaires.

Le 30 mai, à Rochebrune, le maire Jean Etienne Mielle, assisté de Etienne Bernard, Pierre Bernard, officiers municipaux et de Michel Bernard, procureur,

« …supplie messieurs les administrateurs du directoire du département de la Drôme de donner des ordres pour faire la vigile des armes du sieur Duclos… »

Depuis quelque temps, à Rémuzat, un mur de séparation avait été construit entre la première nef de l’église et une chapelle servant de seconde nef. Ainsi chacun, selon ses convictions républicaines ou non, pouvait choisir entre la messe du curé assermenté et l’office du prêtre réfractaire. Le 04 juin, les patriotes des environs se rassemblèrent et se rendirent en armes au village pour faire respecter la loi. Devant le danger d’affrontements violents, le corps municipal demanda l’intervention des gendarmes de La Motte, Rémuzat et Buis. Le District de Nyons envoya des commissaires pour faire cesser les attroupements. Le mur de séparation fut finalement abattu.

Le 07 juin, à Sainte Jalle, le vicaire prêta serment à la constitution alors que le curé s’y refusait.

Le 10 juin, ce fut la fin des inondations. Le petite Fer, née le 04.06 et décédée, avait pu enfin être baptisée et conduite au cimetière de Condorcet.

Le 11 juin, malgré le courrier du conseil de la commune, quatre compagnies du 1er bataillon des volontaires des Bouches du Rhône arrivaient au Buis. Des accrochages entre militaires et buxois survinrent aussitôt.

Le 13 juin, un émissaire arriva dans la ville de Buis, en provenance de Sault. Il annonça qu’une troupe de gens en armes voulait faire une incursion au Buis. Le curé Garcin et cinq volontaires furent désignés pour aller à leur rencontre.

Le 14 juin, 40 commissaires, députés des amis de la constitution, arrivèrent le soir au Buis et demandèrent à être logés, eux aussi, chez l’habitant.

Le 26 juin, la commune du Poët Sigillat dressait l’état des citoyens actifs.

Nous sommes en pleine période d’orages.

Le 27 juin, « Pour faire cesser la fermentation que les plaintes contradictoires des communes et du sieur Duclos font naître dans une partie du district », le district de Nyons envoyait Bernard dit Lacroix, membre du directoire de Nyons. Il se joignit aux maires de Sainte Jalle, Bésignan, Rochebrune et Le Poët Sigillat afin de vérifier l’état du château du Marquis et dresser l’inventaire des armes et des provisions :

6 fusils à deux coups, un fusil de voiture très court, un fusil simple appartenant au berger, un fusil de munition, 5 de remparts, 5 de chasse, une carabine, 6 pistolets d’arçon, 2 à deux coups, 2 simples, 14 livres 2 onces de petites balles mêlées, 22 livres de plomb en petit grenaille, 145 cartouches à plomb, 2 livres 2 onces de poudre, 10 quintaux de farine mais d’aucune autre provision.

Le marquis les justifia

« pour la défense et la sûreté de sa personne, d’après les menaces qui leur avaient été faites, ainsi qu’aux personnes de sa maison et qu’on lui faisait même journellement, de le brûler dans sa dite maison et de détruire entièrement sa récolte en grains ».

La visite se déroula sans problème:

«Les sieurs maires ont été très satisfaits après ladite vérification qui a dissipé entièrement leurs craintes»

Mais dès le début juillet, le maire Rolland et les bésignanais adressaient au directoire du département un nouveau courrier en forme de supplique :

« Le conseil général de la commune du lieu de Bésignan expose qu’il est bien douloureux pour cette municipalité de n’avoir à adresser aux autorités constituées que des plaintes toujours relatives au sieur Duclos de ce lieu et ses adhérents.

Ces plaintes sont d’autant plus aggravantes, qu’elles sont perpétuelles et journalières. Il ne cesse d’entretenir dans sa maison de campagne des gens suspects et malintentionnés, outre qu’il ne respecte aucune propriété ; il ne cherche, au contraire, qu’à détruire et endommager nos campagnes, soit en venant d’ici ou de là, soit en chassant dans nos récoltes pendantes…Et comme ils sont en nombre plus considérable qu’on ne trouve de personnes réunies dans cette municipalité pour les dissiper, et qu’ils sont inconnus, nous ne pouvons donner aucune suite à de tels attroupements. Ils ne cessent de menacer les propriétaires qui les réprimandent quand ils chassent dans leurs propriétés ensemencées.

Ils sont venus à cette extrémité de mettre le fusil en joue contre différentes personnes. Il semble que son ci-devant château doit devenir forteresse, par les fortifications qu’il y fait continuellement, même les jours de dimanche et fêtes, et par les personnes qu’il renferme, et en voyant arriver de toutes parts des espions qui portent et remportent les nouvelles aux aristocrates qui sont coalisés avec lui de différents endroits. Il est des personnes qui sont si effrayées d’un tel appareil, qu’elles ont pris le parti de sortir de cette municipalité.

A ces causes, nous recourons à ce qu’il vous plaise, Messieurs, de vouloir bien employer les secours que les lois vous mettent en main et que la prudence vous suggèrera.

Signé : J. Roland, maire ; J. Blanchard, J. Monier, officiers municipaux ; J.C. Roland, notable ; Deydier, C. Arnaud ; Meffre, procureur de la commune ; Sauvayre, curé. »

Le 04 juillet, le comte de Saillans, lieutenant général de l’armée des Princes était à la tête d’une troupe de 1500 à 2000 hommes. Il venait de s’emparer du château de Banne, près de Jalès en Vivarais. Il résistera du 04 au 11 juillet aux forces révolutionnaires. Des émissaires envoyés par les émigrés, comme Monier La Carré, parcourraient les différentes villes de la Drôme pour y racoler des recrues.

Le curé de Bellecombe, Esprit Vautour, était maintenant incapable de tenir seul les registres d’état civil. Le relais fut assuré officiellement par le curé du Poët Sigillat, Pierre Sibend.

Le 08 juillet : déclaration de la patrie en danger.

La campagne allait mal. La récolte en blé était mauvaise, mais restait bonne en pomme de terre et sarrasin, dit blé noir.

Le 22 juillet, décès à Malaucène de Antoine Amable Courcy, ancien vicaire de Sainte Jalle.

Le 28 juillet, on demandait des volontaires à Sainte Jalle. Les autrichiens entraient dans le nord de la France

En juillet, un feu de joie fut fait dans le village de Condorcet pour brûler les documents anciens. Le marquis de Condorcet, alors député de Paris, avait lui même fait voter, à l’Assemblée Législative, le décret ordonnant de détruire les archives et titres de noblesse.

Le 22 juillet, les registres d’inscription des volontaires étaient disponibles à Nyons, soit pour le 2ème bataillon de la Drôme commandé par JB Charras, soit pour le 6ème bataillon commandé par Charponnet.

Le 06 août : «Par devant Jean Pierre Brochery, président du tribunal…un certain nombre de volontaires du bataillon de la Haute Garonne…, une trentaine,…(se massent) devant la porte de l’église paroissiale de Bésignan…»

10 août : prise des Tuileries : La commune insurrectionnelle de Paris prenait le contrôle de l’Assemblée Législative, massacrait les Suisses, déposait le roi.. La convention décidée par la Législative vit l’élection de 749 députés dont pour la Drôme : l’évêque Marbos et Olivier de Gérente de Mollans.

Ce fut le début de la terreur.

Le 11 août, Joseph Roux, se rendait à Bésignan. Il en fera la déposition le 19 suivant. Le marquis lui répondit vertement. Après quoi, il lui montra un drapeau rouge, fait avec une jupe de sa femme, portant en lettres noires : «Déclaration de guerre».

13 août : Incarcération de la famille royale au Temple.

18 août : Suppression officielle des congrégations.

Fermeture de la chapelle des pénitents de Sainte Jalle.

Le 19 août, Jean Teste de Sainte Jalle fit une déposition à M. Loubier, juge de paix du canton de Sainte Jalle pour signaler que le  Marquis Duclos-Bésignan faisait des préparatifs contre Sainte Jalle et entretenait des relations avec des aristocrates.

« Cejourd’hui 19 août 1792, l’an IV de la liberté, à dix heures du matin, par devant nous juge de paix du canton de Sainte Jalle est comparu Jean-Pierre Teste, fils de Jean, citoyen de ce lieu de Sainte Jalle, lequel nous a affirmé avec serment que, le jeudi 16 du courant, une femme de ce lieu se trouva sur la rue, et lui dit secrètement que le sieur Bésignan, avec sa troupe, devait venir au premier jour dans ce lieu de Sainte Jalle pour y mettre tout à feu et à sang, et que s’il voulait s’en soustraire il n’avait qu’à marquer sa porte, et que cette même femme lui avait dit, toujours secrètement, d’en avertir la municipalité, sans la compromettre ; que ledit Bésignan l’avait dit à elle et à son mari ; de même que s’il entendait dire quelque chose contre lui, d’aller lui en faire part, en criant à la porte ce mot : Bésignan, et que cette alerte devait arriver avant le 24 du présent mois. Elle ajouta qu’il lui avait fait voir une grande quantité de lettres venant des frontières du royaume et de divers ennemis de l’état ; que certaines lui avaient été apportées des exprès dans leurs queues, et qu’il avait fait moudre dans huit jours treize saumées de blé-froment pour provision, et qu’il continue toujours, et en présence de sieur Etienne Bonneau, maire de ce lieu, et de M. Jullian, curé de cette paroisse, il a signé sa déposition ; dont acte, Encore présents les sieurs Guintrandy, Jean-Joseph Teste et Jean-Baptiste Allemand, citoyens de ce lieu.

Signé : JP Teste, E. Bonneau, maire, Jullian, curé, Guintrandy, J-Joseph Teste, B. Allemand, F. Loubier, juge de paix, Teste, secrétaire greffier. »

Le même 19 août, Joseph Roux rendit compte de sa visite.

« Du même jour et an que dessus, à cinq heures du soir, est encore comparu par-devant nous juge de paix sieur Joseph Roux, citoyen de ce lieu de Sainte Jalle, lequel nous a affirmé avec serment que le samedi 11 du courant, il fut au lieu de Bésignan, au château du sieur Duclos, où étant il a trouvé le sieur Duclos, et il lui a demandé des nouvelles du temps ; il lui a répondu qu’il aurait en moins de vingt-quatre heures de temps plus de 4000 hommes à son service, et même tout le Comtat, et que quand on apporterait des pièces de 4, elles ne feraient pas plus qu’à son cul, et qu’il se foutait de tous ses ennemis, qu’il avait assez de pain, et quand il aurait fini, il mangerait de la bouroulette, et qu’il lui présenta un drapeau rouge auquel étaient écrits en lettres noires ces mots : « Déclaration de guerre, » et de suite, il lui fit lecture d’une lettre venant des pays étrangers qui lui disait de tenir ferme, qu’on lui donnerait bientôt du secours, et que si le roi était inquiété, ou qu’on lui fît quelque tort, on passerait tous les parisiens au fil de l’épée, et tous ceux qui ne voudraient pas se soumettre à eux et surtout les intrus…et que l’assemblée nationale n’a jamais dit si bien la vérité que quand elle a déclaré la patrie en danger ; qu’on faisait des troupes, mais qu’elles n’iraient pas au camp sans qu’elles fussent mortes de faim et que Lyon n’avait point voulu en fournir. Ledit Roux déclare qu’il ne se rappelle pas de beaucoup d’autres propos hostiles qu’il lui avait tenus et a signé ; dont acte.

Roux, F. Loubier, juge de paix ; Teste, secrétaire greffier. Extrait sur la minute ? Signé F. Loubier, juge de paix ; Teste, secrétaire greffier. »

Le 20 août, L’Assemblée Législative ratifiait l’action antérieure des paysans par les décrets du 20 et 25 août en leur accordant une première concession : En cas de contestation, le débiteur est tenu de fournir les preuves de son bon droit.

Le Marquis de Bésignan fut alors obligé de produire lui-même le titre primitif d’inféodation pour avoir gain de cause sur Bésignan et le Poët Sigillat.

Le 20 août, lettre du procureur syndic du district de l’Ouvèze, Courtaut :

« Il revient tous les jours que le château de Bésignan est un repaire de contre-révolutionnaires. Nos patriotes s’exaltent justement aux récits qu’on en fait et nous avons toutes les peines du monde à les contenir… Il y a dans notre arsenal depuis hier 4 pièces de canon, dont deux de 4 et deux de huit. Si le danger est réel, vous pouvez en disposer de même que tous les patriotes de notre ville…. »

Le même jour, une autre lettre était écrite par Ferrier, originaire de Buis, ouvrier qui travaillait à Bésignan :

« J’ai appris, ma chère Jeanne, avec un grand déplaisir, la situation où tu as été de la frayeur que ces coquins t’ont mise. J’espère que cela ne fera rien. Je te prie de tâcher de te transporter au Bos où à Girod si tu peux. J’aurais bien du plaisir de te voir. Fais-moi le dire par Monsieur Gleize et ne manque pas à Dieu. Je t’embrasse de tout mon cœur. »

Cette lettre fut confiée à Dominique Gleyze.

Quelques heures après, une patrouille du détachement des volontaires de la Haute Garonne, conduite par le Lieutenant Furguier, arrêta un inconnu en possession d’une lettre venant de Bésignan.

L’interrogatoire rapporta les éléments suivants :

Le suspect s’appelait Dominique Gleyze, régent de quatrième, résident à Mende, Lozère, âgé de 20 ans. Il avait quitté Mende le 15 juillet pour se rendre au Buis, ville où il était arrivé début août.

Il était allé voir son ami Ricard, vitrier originaire de Buis, qui travaillait pour le Marquis au château de Bésignan. Sur sa demande, il y était resté trois jours. Les autres personnes présentes au château se nommaient :

Sulpice, soldat du Régiment Soissonais

Ferrier, qui lui avait donc confié une lettre pour sa femme

Joseph Ricard, vitrier

Pascal, originaire de Buis

Béranger, de Malaucène

Mionnais, menuisier

Ces gens étaient là pour les travaux. Ils avaient passé le samedi à des jeux; loto, dames et autres…

Dominique Gleyze n’avait pas vu de préparatifs particulier mais certains montaient la garde. Il avait voulu ouvrir une fenêtre et avait été arrêté dans son geste. Celle-ci avait été refermée sur le champ. Gleyze avait vu 7 à 8 fusils dont quelques uns à deux coups avec 1 paire de pistolets mais ne pouvait donner aucune information sur leur usage. Il n’y avait pas eu de correspondance, sauf la lettre de Ferrier pour son épouse.

La fouille du suspect permit de découvrir un pistolet de poche.

Dominique Gleyze sera ensuite relâché, faute de preuve.

Le 20 août, Joseph d’Audiffret, suppléant au tribunal de Buis et son frère cadet, prêtre, dénoncés comme ayant participé à la conspiration du comte de Saillans, furent appréhendés au Buis. Ils furent ensuite transférés à la citadelle de Montélimar le 25 août.

Le 21 août, la société patriotique de Vinsobres alertait ses sœurs de St Paul, Orange, Suze et Valréas. Considérant le château du marquis de Bésignan comme «un nouveau Jalès», et constatant que «le Sieur Duclos paraît avoir de grandes protections dans notre district de Nyons de même que dans notre département», elle invita les «frères et amis» à passer à l’action.

Capitulation de Longwy, le 22 août

Ce même jour, le directoire du département, par peur d’un émeute populaire, décidait de rendre une nouvelle visite au Marquis de Bésignan pour «calmer les inquiétudes que donne le château de Bésignan, depuis longtemps suspect aux habitants, et qu’ils voudraient réduire par la force.»

Deux administrateurs du district de Nyons, Caton et Alexandre Romieu, arrivèrent à Bésignan avec un certain nombres de gendarmes et de gardes nationaux.

A leur approche, le marquis ferma les portes. Il monta dans une des tours pour hisser son drapeau rouge. Puis Duclos cria d’une fenêtre :

«qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château, qu’il avait été menacé par ses ci-devant vassaux, et que s’il périssait, il périrait beaucoup de monde.».

Le marquis refusa l’entrée du château qui était visiblement en état de répondre à toute attaque.

La troupe était composée de volontaires de Haute Garonne, placés sous le commandement de Guillaume Ayral.

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Guillaume Ayral

Celui-ci ordonna alors le siège du château. Les soldats cherchèrent à se loger, soit dans le village pour les plus chanceux, soit dans un camp formé à proximité et appelé «camp de l’égalité». Ce camps fut installé à la ferme de La Cour, sous Fontbonne.

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Cadastre de Bésignan

 

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Section B du cadastre de Bésignan

 

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Lieu dit » Le Château » Section B du cadastre de Bésignan

«  Nous François Nicolas Joseph César Caton et Antoine Alexandre Romieu, administrateurs du district de Nyons, commissaires nommés par l’arrêté du conseil d’administration du jour d’hier, à l’effet de nous rendre à Bésignan pour les causes énoncées audit arrêté, étant arrivés cejourd’hui, à huit heures du matin, au moulin de Sainte Jalle, dit vulgairement le Moulin du Plan, que nous avions indiqué pour le lieu de réunion à MM. Les commandants des volontaires nationaux en garnison au Buis, de la gendarmerie nationale de Nyons et du Buis, avons trouvé lesdits volontaires et gendarmes arrivés.

Nous avons fait part à MM. Les commandants de l’objet de notre mission, et avons fait lire, à la tête de la troupe assemblée, l’extrait de l’arrêté du conseil d’administration, et de suite nous nous sommes mis en marche, accompagnés de la troupe, pour nous rendre au ci-devant château de Bésignan.

Lorsque nous en avons été à une portée de fusil, nous avons priés MM. les commandants de faire faire halte à leurs troupes respectives, et nous nous sommes avancés, accompagnés des commandants des volontaires et de la gendarmerie, de plusieurs officiers et gendarmes, précédés d’un tambour. Nous avons aperçu plusieurs hommes armés sur les toits de la maison et aux fenêtres: Le nombre nous a apparu être de quinze à vingt. Un moment après, nous avons vu un drapeau rouge arboré sur une des tours.

Nous nous sommes arrêtés, avons attaché un mouchoir blanc au bout d’une canne, avons fait battre un ban par le tambour, et avons fait flotter notre drapeau blanc en avançant. Au signe d’intentions pacifiques de notre part, le drapeau rouge a été baissé. Un des hommes que nous avions aperçu armé d’un fusil sur le toit, a fait le mouvement de repos sous les armes.

Etant arrivés sous les fenêtres de la maison, un dame, que nous avons reconnu être l’épouse du sieur Duclos fils, s’est montrée, et nous a demandé qui nous étions et ce que nous voulions. Nous lui avons répondu que nous étions des commissaires du district, qui souhaitions parler au sieur Duclos fils: elle nous a dit que nous pouvions lui parler à elle, que son mari était à son poste.

Ayant insisté, et lui ayant donné notre parole que la troupe qui était arrêtée n’avancerait pas sans notre ordre, elle s’est décidée à faire appeler son mari, qui a paru à la même fenêtre. Il nous a fait les mêmes questions que son épouse; nous lui avons fait la même réponse, en ajoutant que, sur les bruits alarmants qui s’étaient répandus, le district nous avait députés pour visiter la quantité des armes et des munitions renfermées dans sa maison. Il a dit que le district n’avait point d’ordre à lui donner; que d’ailleurs la visite que nous voulions faire avait déjà été faite par un commissaire du directoire, et que depuis l’état de sa maison n’avait pas changé; que d’ailleurs des visites domiciliaires ne se faisaient pas de cette manière ; que des commissaires ne marchaient pas avec une armée de baïonnettes.

Nous lui avons observé que la troupe n’était pas dans des intentions hostiles; que nous répondions d’elle; il nous a répliqué que nous étions bien hardi d’en répondre, qu’à Paris on n’avait pas pu en être maître, et nous a demandé d’où émanaient nos pouvoirs; que nous n’ignorions pas que le roi était suspendu. Nous lui avons dit que nos pouvoirs émanait d’une autorité constituée: il nous a dit que le roi était aussi autorité constituée, et qu’il avait été suspendu, et quelle autorité il y avait dans le moment. Nous lui avons dit que l’assemblée nationale était l’autorité supérieure seule qui fût reconnue par les Français dans ce moment, et que ses décrets devaient être exécutés comme lois du royaume. Il nous demandé si nos pouvoirs étaient antérieurs ou postérieurs à la suspension du roi: nous lui avons répondu qu’ils étaient postérieurs. En ce cas là, nous a-t-il dit, vous pouvez faire ce que vous voudrez.

Nous avons vainement employé toutes les voies de l’exhortation et de la douceur pour l’engager à nous laisser remplir notre mission: il nous a dit qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château; qu’il avait été menacé par ses ci-devant vassaux, et que s’il périssait il périrait beaucoup de monde. Nous lui avons demandé pourquoi ce drapeau rouge arboré sur sa maison; qu’aux termes de la loi du 8 juillet dernier, c’était un signe de ralliement et de rébellion: il n’a rien répondu.

Nous l’avons sommé pour la dernière fois de nous ouvrir les portes de sa maison; il nous a dit qu’il ne laisserait entrer que quatre personnes. Nous lui avons dit que puisqu’il persistait dans ses résolutions, nous allions nous retirer, et que l’administration se verrait forcée d’employer des moyens violents pour le réduire: il a dit qu’il était résolu à tout.

Nous nous sommes retirés à l’endroit où la troupe s’était arrêtée, et de suite se sont présentés à nous les sieurs Loubier et Teste, juge de paix et secrétaire de paix du canton de Sainte Jalle, lesquels nous ont exhibé des dépositions faites devant le tribunal de paix contre le sieur Duclos fils.

La gravité des faits contenus dans lesdites dépositions nous a engagés à requérir le commandant des volontaires de se cantonner au village de Bésignan et de cerner par des postes le château, avec réquisition de mettre en état d’arrestation toutes personnes qui sortiraient du château. Nous avons de suite fait une réquisition à la municipalité de Bésignan pour faire fournir le logement et l’étape à la troupe jusqu’à nouvel ordre. Le commandant nous ayant observé qu’il n’avait pas assez de monde pour faire les patrouilles nécessaires, nous avons requis le commandant du bataillon de Sainte Jalle de commander tel nombre d’hommes que le commandant des volontaires jugera convenable, pour l’aider dans sa garde des postes, jusqu’à ce que l’administration ait statué à cet égard.

Le juge de paix de Sainte Jalle, sur notre réquisition, nous a remis une copie certifiée de la déposition ci-dessus relatée, qui sera jointe audit procès-verbal.

Nous nous sommes retirés à Sainte Jalle, où nous avons dressé le procès-verbal, que nous avons signé avec les commandants et officiers des volontaires et de la gendarmerie et gendarmes qui nous accompagnaient.

Fait à Sainte Jalle, le 22 août 1792, l’an IV de la liberté à deux heures du soir.

Signé Alexandre Romieu, Caton, Guillaume Marie Ayral, commandant, Reynaud, gendarme, Lasserre, capitaine ; Chevandier-Valdrôme, lieutenant de gendarmerie 12me division. »

Le Marquis Duclos adressa au département une lettre qui fut saisie.

Le 22 août, la municipalité de Buis se plaignait officiellement des troubles de l’ordre public déclenchés par l’arrivée des troupes.

Le 23 août, lettre du procureur syndic du district de l’Ouvèze, Courtaut :

«Le club de la ville s’assemble à cet égard ; Il délibèrera sans doute de s’y porter en force et de mener leurs canons qu’on demande. L’administration ne pourra arrêter une ardeur si intense et de porter secours à ses frères qui en réclament…».

Guillaume Marie Ayral, commandant des volontaires qui cernaient le château du marquis, fit un état des lieux en ce même jour.

« Au Directoire du district de Nyons,

Frères et amis, je vous ai promis de vous donner connaissance de la situation de notre camp : je m’acquitte de ma parole. La nuit a été tranquille. Des patrouilles, qui se croisaient sans cesse, ont cerné toute la nuit le château, où régnait aussi la plus grande surveillance.

Ce matin, j’ai rapproché les postes à deux portées de fusil du château. J’ai cru devoir les multiplier, parce qu’une colline laissait une trouée par où l’on aurait pu s’échapper. Tous nos volontaires brûlent de monter à l’assaut, et comptent pour rien leurs fatigues.

Ce matin, lorsque je faisais la ronde des postes, M. Duclos m’a demandé une conférence pour affaires importantes. J’ai consenti à me transporter à moitié chemin du château. Il s’est plaint que j’interceptais toute communication avec l’extérieur.

Tels sont mes ordres, lui ai-je répondu.

Si j’avais prévu, hier, j’aurais souffert la visite domiciliaire, quoique illégale.

Vous en étiez le maître, et vous vous seriez évité ces moyens de rigueur.

Je vais écrire au département, pour savoir de lui quand tout ceci prendra fin.

Quand nous aurons des canons.

En attendez-vous ?

Oui.

Mes murailles résisteront à leurs coups, et je me défendrai vigoureusement.

A la bonne heure.

Mais pourquoi faire des brèches, puisqu’il y a des fenêtres par lesquelles vous pourriez entrer ?

C’est que nous ne voulons nous introduire que par la brèche.

Je vais écrire ; me promettez-vous de faire tenir mes lettres au district et au département ?

Je vous le promets.

Devez-vous toujours me garder ainsi ?

Jusqu’à nouvel ordre.

Mais je puis faire aussi des lois chez moi, et si vos volontaires s’approchent jusque dans la colline, je ferai tirer dessus.

Ils riposteront.

Tous les passages me sont fermés. Je prends ma viande au Buis ; je suis forcé de m’en passer.

Nos volontaires ne mangent que du pain.

Je vais écrire.

Je ferai prendre vos lettres.

Voilà notre conversation. J’ai cru devoir vous en faire part.

Je vous préviens que l’étapier de Nyons a refusé de fournir l’étape sur votre réquisition.

En conséquence, je vous prie d’adresser de suite à la municipalité de Buis des ordres pour le forcer de la fournir pour demain et les deux jours déjà écoulés. En attendant, nous vivons comme nous pouvons, et l’on nous fournit du vin du moulin du Plan.

Nous attendons avec impatience des canons pour terminer ce siège. Deux compagnies de gardes nationales sont venues ce matin s’offrir à le continuer avec nous.

Je suis avec la plus intime cordialité votre affectionné concitoyen.

Signé ; Guillaume-Marie Ayral, capitaine-commandant, au camp de l’Egalité ce 23 août l’an IV. »

La lettre faite par le marquis Duclos et remise ce jour :

« Bésignan, ce 23 août 1792,

Messieurs, quelle fut ma surprise lorsque je vis hier, sans motif, approcher de ma demeure un membre du district entouré de beaucoup de monde, et suivi, à 150 toises de distance, d’un gros corps de troupes qui n’avait rien moins l’apparence de protéger les lois, mais plutôt celle de faire une attaque vigoureuse et vexatoire!

Ma surprise fut bien plus grande lorsque l’administrateur énonça sa mission. Muni d’un extrait du procès-verbal de visite dressé le 27 juin dernier à la suite des mouvements et inquiétudes de plusieurs municipalités voisines, je ne pouvais croire avoir donné lieu à une seconde, tandis que ma position n’avait nullement changé, et que bien loin d’avoir rien fait pour aigrir les esprits, je n’avais eu rien tant à cœur, malgré les dangers qui m’ont toujours entouré, que de montrer la plus grande tranquillité.

Après avoir témoigné mon étonnement à M. l’administrateur, il n’insista pas moins à faire une seconde visite domiciliaire, réprouvée par les lois. Je lui répondis que je m’étais bien volontiers soumis à la première, par suite de mon dévouement à la tranquillité publique ; que je me rendrais, quoique à contre cœur, à la seconde, toujours d’après les mêmes motifs, si la loi n’était entourée que de gens suffisants pour la protéger ou pour sa dignité, mais que la suite d’environ 200 hommes ne devait pas être regardée de ma part comme une simple protection.

J’ajoutai que, lors de la première visite, l’administrateur commis ne s’entoura que de deux gendarmes ; qu’aucune démarche postérieure n’avait pu rien altérer dans les formes, et que j’étais prêt, si l’on voulait venir de la même manière, à ouvrir mes portes.

M. l’administrateur, je ne sais sous quel prétexte, n’écouta point mes représentation et se retira.

Sa retraite fut suivie de dispositions dans la troupe aussi singulières que contre le droit des gens. Dans un instant, ma demeure fut entourée par la troupe entière, de manière à ne me laisser aucune communication, pas même celles nécessaires à ma subsistance et à celle de ma maison ; ce matin même, les postes multipliés posés dans la journée d’hier ont reçu l’ordre de me resserrer encore plus.

Quelles que soient les autorités, elles ont des règles à suivre, et excepté qu’on ne veuille faire croire à l’univers entiers qu’il n’en existe plus en France, on doit du moins en conserver l’ombre.

D’après ces principes, M. l’administrateur aurait dû, au préalable, rendre compte de sa mission, de mes réponses et de mes interpellations, et prendre les ordres ultérieurs de ses commettants ; mais il ne devait pas, quand on se soumet même à des ordres que la constitution réprouve, commander de son pur mouvement des dispositions hostiles.

J’oubliais d’ajouter que, sur mes diverses représentations, M. l’administrateur me parla de la loi du 8 juillet dernier ; sans la connaître précisément, je répondis que la municipalité du lieu ne m’avait fait aucune réquisition au sujet de mes armes, et qu’au reste ne m’ayant jamais fait l’honneur de m’inscrire au rôle des citoyens actifs, je ne croyais pas être soumis à la remise de mes armes , étant forcé, par la nature de ma position, à ne compter que sur elles pour mon salut et celui de ma famille.

Il est notoire que la conduite qu’on tient et qu’on va tenir me porte les plus grands dommages. L’administration présente voudra bien me permettre de lui observer qu’elle m’est responsable de tous ceux qu’elle aurait pu éviter, et je ne doute pas d’un instant que mes représentations n’amènent des réflexions aussi sages qu’humaines.

Qu’on n’imagine pas qu’un père de famille, résigné à lutter contre la mort et déterminé à défendre avec héroïsme ses enfants, se laisse ébranler à des appareils de guerre, qui ne devraient être employés que contre des puissances ennemies…Mes résolutions ne changeront jamais. J’ai déjà dit souvent aux administrateurs que je sais subir la loi quelconque qui existe, mais que lorsqu’elles se voilent pour laisser consommer le crime, j’avais assez de caractère pour résister à son exécution ou mourir avec honneur.

J’ai l’honneur d’être avec respect, Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

J. Duclos-Bésignan

PS : J’envoie copie de la présente aux administrations supérieures. »

Le Buis envoya 50 hommes de la garde nationale du canton. Les commissaires Caton et Romieu renouvelèrent leur démarche sans plus de succès.

«Ne se croyant pas suffisamment en force pour faire exécuter la loi», ils demandèrent au conseil du département d’obtenir du maréchal de camp Poncet, chef d’état major de l’armée du midi, l’envoi de troupes de ligne et d’artillerie.

Le capitaine commandant des volontaires nationaux partit de Nyons pour Bésignan avec «130 paquets contenant chacun 6 cartouches à balle dans deux petits caissons en bois.»

Antoine Louis François Bertrand de Montfort, vibailli du Buis depuis 1775, député du Tiers Etat pour le Dauphiné à l’Assemblée Constituante, mais contesté depuis le 28 juin 1788, était juge au tribunal de district siégeant au Buis.

Connu pour la tiédeur de ses sentiments révolutionnaires, il quitta le Buis le 24 août, pendant huit jours, évitant de prendre des décisions sur le Marquis de Bésignan.

Barbier, maire, avait pris le même chemin vers Valence. Il fut remplacé provisoirement par Jouve.

Toujours ce même jour, Courtaut, procureur syndic du district de l’Ouvèze, envoyait le courrier suivant :

«Nous vous donnons avis qu’un rassemblement d’hommes armés avec du canon, est sorti ce matin de nos murs pour se porter sur le château de Bésignan…».

A huit heures du soir, arriva au Buis, sans avoir prévenu, une troupe de gardes nationales de Malaucène, en provenance de Carpentras forte de 160 hommes et deux canons. Ils furent logés chez l’habitant ce qui entraîna des troubles dès la première nuit. La municipalité se plaignit à nouveau par écrit au District à 11 heures du soir.

Ce même soir, le commandant Guillaume-Marie Ayral, écrivait du camp de l’égalité, devant le château du Marquis de Bésignan :

«(le marquis)…demande le passage pour se procurer des vivres et un médecin pour prendre soin de sa famille, malade… Refus de la première demande ainsi que de la deuxième…Nous n’en attendons pas moins des canons comme le plus utiles des remèdes…En attendant, je fais resserrer les postes plus que jamais et notre prisonnier, monnayant de ses forces si ses demandes ne sont pas octroyées, je fais monter trois officiers cette nuit et renforce la garde pour éviter toute surprise…»

Pendant ce temps, les deux administrateurs de Nyons retirés à Sainte Jalle réquisitionnaient toutes les gardes nationales des environs et demandaient des forces au Général d’Albignac, commandant de la réserve de l’armée du Midi.

Celui-ci quitta Pont Saint Esprit le 25 août à 6 heures du soir pour arriver à Nyons le 26 à 5 heures du matin. Le château du Marquis de Bésignan était considéré à cinq heures de marche. La troupe se mit en route avant midi et traversa Sainte Jalle un peu avant 15 heures.

Le 25 août, à cinq heures de l’après midi au camp de l’Egalité, un volontaire du poste de la Liberté remonta vers le camp de l’Egalité, pour apporter une lettre remise par le père du marquis :

«Monsieur,

Mon fils ne pouvant sans danger sortir de chez lui , j’avais cru devoir me rendre chez lui, pour lui aider à faire des récoltes, seul motif qui m’y ait amené.

Les dangers qui le menacent ne doivent, ne me semble, me regarder personnellement, par la conduite hors du moindre écart, connue de tout le monde, que j’ai tenu pendant tout le cour de la révolution.

Si mon fils a mérité la menace que l’on prend, ça toujours été contre mon avis, qu’il n’a jamais voulu écouter. Ainsi, je me remets en confiance, entre vos mains et celle de votre garnison, persuadé que je suis, de votre loyauté…»

Le conseil militaire se rendit sur place pour interroger le sieur Duclos, père du marquis.

Il confirma alors :

N’avoir pris aucune part aux complots de son fils.

Qu’il avait saisi un instant favorable pour s’évader.

Il ajouta

«qu’ayant chez lui un cheval depuis deux ans, il désirerait de faire demander à son fils». «Mais nous lui avons représenté que nous était interdit depuis le matin, toute correspondance…».

Le sous lieutenant Bonastré, de la 7ème compagnie de volontaires de la Haute Garonne, avait vu l’évasion. Le Marquis Duclos avait crié au poste :

Le Marquis: « Renvoyez-moi cet homme ! »

Le père: « Je n’en veux rien faire ! »

Le Marquis: « Vous êtes donc un traître. »

Les commandants du blocus remarquèrent «en outre, que le ci-devant château de Bésignan, a pris dès ce moment un appareil de défense plus marqué, que toutes les portes et fenêtres ont été fermées. Les personnes qui se promenaient ordinairement, se sont retirées à l’intérieur. Une sentinelle a été placée sur les toits et l’on a cru apercevoir que des trous placés dans les tours s’étaient agrandis, on ne sait pourquoi…»

A la même date, le district de Buis écrivait aux communes voisines pour des réquisitions : «Un rassemblement considérable de troupe se fait à Bésignan pour détruire une maison suspecte. Il faut des vivres et surtout du pain et du vin.» Il demandait une contribution aux autres villages pour «moudre et cuire sans discontinuer

Le 26 août, décret qui donnait aux prêtres réfractaires 15 jours pour sortir de France sous peine de déportation en Guyane.

Le lundi 26 août à 16 heures du soir, les membres du directoire, Alexandre Romieu et César Cotton avaient installé leur quartier général au Moulin du Plan.

Outre le détachement de l’armée de réserve du Midi, commandée par le lieutenant général d’Albignac (quelques centaines d’hommes, seuls trois canons sont disponibles, deux canons ont été laissé à Nyons par d’Albignac), se concentrait un détachement de gardes nationaux de Carpentras et de Malaucène, venu sans réquisition mais avec trois pièces de canon. Ces derniers avaient été reçus par le général qui leur permit de se joindre à l’armée. Des volontaires du département de Haute Garonne sous les ordres du capitaine Ayral, des grenadiers du 2ème bataillon des volontaires de l’Ariège et ceux du 7ème régiment d’infanterie étaient déjà là. Une animosité apparut aussitôt entre les gardes nationaux et l’armée régulière.

A la découverte du château du Marquis, le général d’Albignac s’écria : «C’est un poisson d’avril!»

L’armée se positionna ensuite sur une esplanade faisant face au château du marquis, à une distance d ‘environ 450 à 500 pas. Dès que le Marquis de Bésignan vit le rassemblement, il arbora un drapeau blanc. Mais les trois canons et chariots de munition vinrent aussi s’aligner à l’extrémité de l’esplanade, la plus près du château. Le Marquis lança alors des bravades de sa fenêtre, en agitant son drapeau rouge . Puis le marquis le hissa à la place du drapeau blanc. Il refusa à ce moment de reconnaître la légitimité du pouvoir insurrectionnel de Paris.

Le Marquis de Bésignan fit ensuite tirer plusieurs coups de mousquets. Plusieurs décharges de pièce de huit ripostèrent sans pouvoir toucher le château. Il s’en suivit une certaine confusion dans les rangs de l’armée, ce qui nécessita l’intervention du général.

Celui-ci fut ensuite convoqué par M. Grangier, commissaire du Département de la Drôme, député à l’armée. Ce dernier lui demanda d’employer les forces qu’il avait à sa disposition et celles qui allaient arriver le lendemain (27.08) pour assiéger le château du Marquis.

De retour sur l’esplanade, le général tint conseil avec ses troupes et nomma deux adjudants majors. Il plaça des postes et cerna le château du Marquis pour empêcher la fuite des rebelles. La position de l’esplanade s’avérait en fait peu avantageuse pour les canons.

Le général d’Albignac décida alors de rassembler quelques paysans pour former une compagnie de sapeurs et de pionniers. Il leur expliqua qu’il fallait construire dans la nuit des retranchements à environ 300 pas du château du marquis et y placer l’artillerie.

Le même jour, la mairie de Sainte Jalle, en la personne de son maire, Bonneau, accusait la bonne réception de la lettre circulaire de réquisition pour les troupes, envoyée par la municipalité de la ville de Buis. Elle y répondit que :

«Malheureusement, les moulins vont fort lentement, à cause de la pénurie d’eau. En outre, le vin manque et nos voisins ne sont pas mieux approvisionnés.»

Le mardi 27 à 4 heures 30 du matin, l’aile du château fut battue en brèche du coté Nord avec une pièce de huit.

A 10 heures, la tour septentrionale fut démolie. Un nouveau retranchement fut construit sur la partie méridionale à environ 250 pas du château par les canonniers de Pont Saint Esprit. Deux pièces de quatre y furent installées.

La riposte ne s’arrêtait pas. Trois canons tiraient continuellement sur le château. Cependant, à chaque fois, le Marquis apparaissait dans les trous faits par les boulets pour tirer un coup de carabine. Il réussit à blesser deux canonniers. Pendant ce temps, quelques gardes nationaux quittaient sans ordre le camp de siège pour réquisitionner les villages voisins.

Vers les 11 heures du matin, le général vit arriver au camp des moutons et quatre bœufs morts. Exaspéré par tant d’indiscipline, d’Albignac fit relever les postes confiés aux gardes de Malaucène et Carpentras sous prétexte d’insubordination. Une compagnie du 7ème régiment d’infanterie prit leur place.

Vers midi, la situation était établie comme suit : Il ne restait plus que 50 à 60 boulets de 8, les cartouches diminuaient, les secours attendus de Nyons n’arriveraient que le soir vers 6 heures. Le général d’Albignac donna alors l’ordre de cesser le feu afin de conserver assez de munition en cas de sortie des rebelles. Le calme revenu, les soldats admiraient la résistance des assiégés. Les discussions allaient bon train.

Le général profita du répit pour faire installer une infirmerie car il y avait déjà deux blessés. Il demanda au commissaire de requérir les chirurgiens des villages voisins. En moins de deux heures, l’infirmerie fut établie. Trois chirurgiens furent nommés, dont probablement Joseph Henri Villelongue, de Sainte Jalle, et les premiers soins furent donnés. Durant ce laps de temps, le général tentait de discuter avec le Marquis pour arrêter les combats et obtenir sa capitulation.

Devant son refus, d’Albignac décida d’incendier le château, car il avait remarqué que celui-ci était entouré de magasins de foin et de paille.

A ce moment-là, le commandant de Malaucène qui avait avec lui sa femme déguisée en homme, insulta ouvertement le général d’Albignac en lui reprochant « d’empêcher tous les moyens de pouvoir s’indemniser lui et ses troupes des dépenses qu’il avait faites depuis quelques jours » et en le traitant de « aristocrate et traître »

Le commandant de Malaucène voulut dès lors semer le troubles dans les rangs de l’armée régulière en leur faisant miroiter les récompenses possibles. Pendant ce temps, l’incendie prenait de l’ampleur. Le Marquis Duclos « tantôt occupé à éteindre les flammes par les secours de l’eau et dans un autre instant à faire des décharges continuelles sur tous les postes qui cernaient le château », parvint à diminuer l’incendie et à blesser sept soldats dont deux à mort.

A 16 heures, les renforts de Nyons n’étaient toujours pas arrivés. Les assiégés hissèrent le drapeau blanc pour capituler. Le général y aurait consenti si une grande partie de ses troupes ne s’y était opposé. Le commandant des gardes nationales en profita pour semer la zizanie et augmenter le trouble dans les esprits en insinuant qu’il ne s’agissait que d’une ruse des assiégés.

Sous la pression, d’Albignac ordonna alors de poursuivre l’incendie mais sans tirer un seul coup de fusil.

Vers 18 heures 30, les deux canons de Pont Saint Esprit qui étaient restés à Nyons par ordre du général ainsi que les chariots de munitions arrivèrent au camp.

Le général fit doubler les postes de garde pour la nuit afin d’éviter toute évasion. Il décida aussi de rallumer l’incendie qui s’était éteint doucement en fin d’après midi.

Dans le même temps, l’ordre fut donné de rassembler pionniers et sapeurs pour former de nouveaux retranchements plus près du château, à 150 pas, et pour y placer les cinq pièces de canon.

Utilisant le prétexte de marquer l’emplacement de ces nouvelles tranchées, le général d’Albignac fit secrètement avertir le marquis qu’il lui accordait trois heures pour disparaître. Mais il fut alors entouré par une horde de gens à la tête de laquelle on retrouvait le commandant de Malaucène. Celui-ci conseilla de «lui mettre la tête en bas ». Le général sortit son épée mais fut aussitôt protégé par ses partisans. Les esprits s’échauffaient de plus en plus entre les deux camps . D’Albignac, toujours encadré par ses soldats, revint sur l’esplanade et arriva alors à calmer ses hommes qui hurlaient vengeance. Il partit inspecter ensuite les différents postes ainsi que le chantier des retranchements.

Vers minuit, le Marquis remplaçait les portes du châteaux qui avaient brûlées. Il cloua, à grands coups de marteau, des planches bien épaisses. Le bruit se répercutait volontairement au milieu des couchages des assiégeants.

Pendant ce temps la municipalité de Crest écrivait que le sieur Duclos père, en état d’arrestation, traduit dans la prison de Valence, venait d’arriver en ville, escorté de deux gendarmes nationaux.

Le mercredi 28 août, dans la nuit, un officier des volontaires de Haute Garonne, qui, malgré un coup de feu qu’il avait reçu à la joue dans la journée, n’avait pas voulu confier le commandement des postes de nuit, aperçut les rebelles en train de faire une tentative d’évasion. Il donna l’alerte et toute l’armée se mit en mouvement. Une corde fut découverte à une des fenêtres. Elle fut coupée par les soldats. Les feux furent allumés à tous les postes de garde. Certains guets furent rapprochés du château.

A 4 heures du matin, au lever du jour, les canons reprirent un tir continuel pendant deux heures.

A 6 heures, la tour du côté Nord, lieu de retranchement du Marquis et de ses partisans, fut démolie. Les sapeurs voulurent enfoncer les portes qui se révélèrent brûlées de l’intérieur. Ils furent obligés de monter par une fenêtre d’où pendait la fameuse corde. Personne ne restait dans les lieux. La corde avait donc bien servie pour l’évasion. La petite troupe visita la tour et découvrit deux hommes brûlés et un autre prêt à expirer. Au moment de le sortir de la tour, le plancher de l’appartement s’enfonça. Il n’y eut aucun blessé.

Les soldats, maintenant totalement déchaînés et portés par les paroles du commandant de Malaucène, se portèrent ensuite vers le château pour le dévaster.

On en sortit une grande quantité de meubles et de provisions. Le général et les commissaires récupèrent les papiers dans lesquels se trouvaient des correspondances royalistes. Un procès-verbal fut dressé.

Dans la matinée, le général donna l’ordre à de petits détachements d’inspecter les environs du village.

Une femme fut arrêtée peu après et conduite devant la maison du curé pour être interrogée. Elle déclara « être la femme du sieur Duclos, avoir été retenue de force avec ses trois enfants, que son mari était le seul coupable ».

Elle ajouta que « son mari n’avait jamais été dans l’intention de sortir de sa forteresse, qu‘il était décidé d’y périr plutôt que de se rendre, qu‘elle s’était sauvée à son insu et qu’elle était sûre que son mari était encore dans les mêmes intentions ».

Le général ordonna alors une garde sûre pour faire la visite complète du château, détruit pratiquement en totalité par le feu. La recherche fut vaine. Une partie de l’armée voulait « poignarder la fugitive ». D’Albignac s’y opposa ce qui créa une certaine confusion.

Il fut obligé de prendre la parole face à ses troupes et aux commissaires qui laissaient faire les soldats. Il dit à ses soldats « que si messieurs les commissaires voulaient la soustraire au glaive de la loi, qu’ils eussent à lui donner une réquisition formelle, que la prisonnière était entre les mains de sa troupe, qu’elle serait conduite à Valence pour en faire un exemple à tout l’empire et qu’il était décidé à perdre la vie plutôt que de se laisser séduire. » Nous verrons, quelques jours plus tard, que cette femme était en fait une des servantes du Marquis de Bésignan, Marguerite Galland. Par son attitude, elle permit aux fuyards de prendre une certaine longueur d’avance.

Le reste de la journée fut employée à soigner les neuf soldats blessés. On leur donna des matelas et ils furent portés dans les villages voisins.

Le général donna alors l’ordre aux grenadiers du 2ème bataillon de volontaires de l’Ariège, au 7ème régiment d’infanterie et aux canonniers de se retirer et de rejoindre leur unité.

A 17 heures 30, au moment où d’Albignac montait sur son cheval, le commandant de Malaucène s’adressa à lui pour lui demander un « certificat de bien vivre pour sa troupe » Le général refusa et lui dit que « s’il se retirait dans son pays avec sa troupe en respectant les lois dans la personne de la dame Duclos, et dans les propriétés et les gens, il le lui enverrait ».

Sur ces derniers mots, le général leva le camp et quitta la vallée. Il arriva à Nyons à 11 heures du soir et repartit une heure après pour Pont Saint Esprit.

Au total, le château fut canonné pendant 36 heures. Ils étaient, outre la famille du marquis Duclos, 8 défenseurs seulement à tenir le siège. Parmi eux, François Marie Joseph Hector Duclos, frère du marquis, né en 1768, mort en 1837, officier de la marine française, qui, émigré en Suède, était revenu en 1792 à Bésignan pour aider son frère. Il réussit à s’évader dans cette nuit du 27 août et se cacha pendant un mois dans une grotte puis parvint à gagner l’étranger. Le marquis, quant à lui, passa une nuit au Turc de La Fare dans une bergerie puis réussit à échapper à ses poursuivants.

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Bésignan sur la carte de Cassini

 

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« Le turc » lieu dit sur la carte de Cassini, de l’autre côté du col de Peyruergue

 

Le 28 août, cinq membres de la municipalité de Buis démissionnaient suite aux désordres créés par la troupe de Carpentras.

Le maire de Sainte Jalle, Etienne Bonneau, se plaignait que des gens, « tant étranger que domiciliés en ce lieu » étaient en train de piller le château pendant que les hommes participaient au siège de Bésignan.

A Bésignan, Sauvayre demandait un dédommagement pour les frais de la campagne contre le château du marquis, soit :

  • 2 barils de vin
  • bois pour le feu
  • bouteilles, carafes…
  • 6 plats, pots et cuillères
  • linge divers
  • souliers, serviettes…
  • comestibles
  • logement de quatre officiers volontaires pendant 6 jours
  • logement de 8 gardes nationales pendant 4 jours.

A Saint Sauveur Gouvernet, les officiers municipaux de Bellecombe « ont requis de donner secours et force par notre garde nationale à l’effet de mettre en état d’arrestation le citoyen Autran fils, fuyant du ci-devant château de Bésignan. », signé Barnouin, commandant en second.

Le détachement partit à la poursuite de Autran et Estrata, prêtre. Il les rattrapa au quartier Soubeyran et arrêta Autran. Celui-ci fut amené à Saint Sauveur puis transféré à Sainte Jalle sur demande de Teste, commandant en chef du bataillon du canton.

Le 29 août, l’abbé Autran fut emmené sur Nyons. Deydier, juge de paix du canton, allait relater le massacre du conspirateur :

« Le 29 août 1792, jour de foire à Nyons, la ville était pleine de gardes nationaux, volontaires, Carpentrassiens, revenant de l’expédition du ci-devant château de Bésignan ; la foire avait attiré beaucoup d’étrangers. Le Sieur Autran de Rémuzat, l’un des complices des conspirations du Sieur Duclos, ci-devant Bésignan, et son envoyé à Chambéry, fut conduit par devant le conseil d’administration du district qui ordonna de le mettre en prison en attendant de le faire traduire à Valence. Une garde fut placée à la porte.

A une heure de l’après midi, au moment du déjeuner, le peuple s’attroupa, il courut et exécuta le noir projet de forcer la garde ; la porte de la prison fut ouverte, la victime en fut arrachée et à peine arrivée à la porte de la ville, elle reçut les coups de la mort ; son corps fut traîné ensuite dans un champ voisin et taillé en pièces par des scélérats qui promenèrent ses membres dans la ville… des pieds, des mains, etc. furent accrochés au-dessus de la porte d’entrée donnant sur la place.»

En raison de grande effervescence qui régnait dans la ville, « il y aurait eu le plus grand danger de déployer la force patriotique contre les auteurs de ce crime odieux ». Le directoire du département estima que les circonstances ne lui permettaient pas « de rien entreprendre pour la punition des coupables » et il se borna à faire part de l’événement à l’assemblée nationale.

Le 29 août, élection de Jean Etienne Championnet comme commandant du 6ème bataillon des Volontaires de la Drôme.

Le même jour, assassinat à La Roche sur le Buis de Pierre Juste Elzéard Garcin, curé constitutionnel de Buis. Le coupable désigné fut Alexis Garcin, son frère.

Une dispute avait eu lieu au sujet des papiers compromettants qui auraient été découverts après le siège du château du Marquis de Bésignan. Le sieur Garcin, aîné, prétendit que les documents n’étaient pas aussi dangereux qu’on le prétendait. Il parla ensuite de Brantes, lieu connu pour être le centre d’un rassemblement probable de royalistes. Le médecin, qui constata le décès, admit qu’il pouvait s’agir d’une simple chute dans l’escalier de la cave. Alexis Garcin sera relaxé.

Encore le même jour, le gros de la troupe de Carpentras quittait le Buis pour se rendre à Autanne.

Les châteaux de Gouvernet (incendie et destruction du donjon), St Sauveur et Sainte Jalle furent pillés et incendiés par les habitants. C’était le début d’un mouvement populaire qui allait enflammer tout le département.

La servante du Marquis de Bésignan, Marguerite Galland, était enfermée dans la prison de Buis.

Le même jour, André Souvite, commandant en second du bataillon du canton de Mollans était à Plaisians. Il demanda le renfort d’un détachement du côté du midi du Mont Ventoux, pour «battre patrouille». «Bésignan et trois de ses hommes sont passés dans ce pays…»

Le juge de paix de Buis écrivait :

«instruit par la clameur publique que dans le ci-devant château de Bésignan, il a été trouvé une lettre et un mémoire qui annoncent que le sieur Barbier, fils aîné, de cette ville, s’étant coalisé avec le sieur Duclos… et qu’il y avait entretenu une correspondance établie pour faire réunir des projets et des conspirations contre la chose publique…».

Le fils Barbier habitait au premier étage de la maison de Joseph Laurent Chambron, boulanger. Le jour de la réquisition, il était absent depuis quelques jours. Les scellés furent posés jusqu’au 13 décembre 1792.

Le 30 août, réquisition de Fayon, voiturier de Nyons, qui avait travaillé trois jours, afin de renforcer les voitures portant les canons de Saint Esprit.

Le 30 août, les paysans de Villeperdrix envahirent le château puis vendirent meubles et effets.

Le 31 août, un détachement de seize gardes nationaux accompagnés d’un gendarme se lançait à la poursuite des fuyards. Une lettre du Sieur Bonfils, lieutenant des grenadiers du Bataillon de la ville de Nyons requis le 30.08 pour la poursuite des évadés, donnent quelques détails: Outre le peu d’empressement et d’aide matérielle de la part de la population, un soit disant témoin les avait envoyés vers le Mont Ventoux. De retour par Montbrun, les grenadiers ont capturé deux des coupables dont l’un s’appelait Pascal dit Brayanne. Ils abandonnèrent les recherches après cinq nuits et cinq jours de cheval.

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Trajet supposé de la fuite du marquis

Il nous semble bien que Pierre Duclos, marquis bien seul maintenant, soit passé ce jour-là dans le pays de Sault. Il est allé se réfugier chez le comte de Grabianka,au n°22 de la rue de la Colombe, aujourd’hui rue Agricol-en Avignon. Ce dernier prétendant au trône de pologne, en résidence forcée sur Avignon gérait la secte dite des « Illuminés d’Avignon » (En face de Voltaire, de Diderot, de d’Alembert, incrédules et sceptiques, allaient se dresser Swedenborg, Martinez Pascalis, Saint-Martin, Mesmer et Cagliostro, fondateurs de groupes mystiques adonnés à toutes les pratiques de la théurgie, de la magie et de l’illuminisme.

Marquis

Les Illuminés d’Avignon

De tous ces groupes, un des moins connus, bien qu’il soit mentionné dans tous les dictionnaires et dans toutes les encyclopédies, est sans contredit celui des Illuminés d’Avignon, dont le fondateur est le bénédictin Antoine Joseph Pernety: Les Illuminés d’Avignon. Etude sur Dom Pernety et son Groupe.Paris, Librairie Critique Emile Nourry, 1927.Auteur Jean Bricaud).Ce rendez-vous devenait de fait, par sa toile de relations en Europe, la base d’exfiltration de tous les royalistes. Pour notre marquis, il semble même que cet appui lui a permis de « rebondir » dans les situations les plus difficiles; quels pouvaient donc ses liens avec le Comte de Grabianka et surtout quel intêret pouvait-il y avoir à soutenir parfois contre vents et marées un agitateur venu du fin fond de la campagne, ignorant le bon usage de la cour??

http://hautsgrades.over-blog.com/article-les-illumines-d-avignon-61236961.html

Le Marquis de Bésignan partait rejoindre l’armée des Princes placée sous le commandement du Prince de Condé dans la région de Turin. Le Marquis ne fait qu’y passer, « sans faire ni bien ni mal » mais il arrive à inspirer confiance au vieux prince de Condé. Notre Marquis sera chargé d’aller à Rome, rencontrer le Pape Pie VI pour lui demander de s’allier à la coalition en levant des troupes « comme intéressé à rentrer dans la propriété du comtat venaissin ». L’entrevue demandée au Pape et obtenue, a fait l’objet d’un compte-rendu officiel dont nous n’avons pu avoir d’extrait, malheureusement.

Le 31 août, les biens du marquis furent mis sous séquestres. Le même jour, le fermier de la Grange adressa une requête au district afin de résilier son bail. L’inventaire du mobilier du Marquis Duclos fut dressé.

Les documents, retrouvés aux archives départementales, concernent une maison tenue à titre de ferme de Barbier de Villecroze. Celui-ci assistait à la visite, ajoutant quelques remarques sur l’appartenance de certains objets :

1/ Dans la salle consistante :

    • 3 fauteuils à bras, bois de noyer, en mauvais état, garnis de tapisserie de laine
    • 1 fauteuil en étoffe, fil et soie jaunes, en mauvais état
    • 1 commode bois de noyer à trois tiroirs, vides
    • 14 chaises, bois de saule
    • 1 fauteuil garni en paille
    • 1 coffre vide
    • 1 paire de chenets, pince mouchette et pelles garnies en argent haché avec deux soufflets
    • 1 commode de bois d’olivier qui appartient à Barbier de Villecroze
    • 1 tapisserie représentant l’histoire de Thésée qui appartient à Barbier de Villecroze
    • 2 rideaux de fenêtre
    • 1 miroir sur la cheminée avec 2 bras à bougie de cristal
    • 1 bois de lit avec son fond composé de cinq planches, son cadre et ses tringles en bois de noyer
    • 1 table de nuit

2/ Dans la salle à manger, visant sur la terrasse :

    • 2 tables en noyer suspendues aux deux côtés de la cheminée, sans chef
    • 1 demi chandelle et un morceau de papier dans lequel il y a du café moulu
    • 1 chiffonnier en noyer
    • quelques pièces de rapport
    • 1 jatte de faïence blanche où manque le pot à sauce
    • 2 fauteuils garnis d’étoffe jaune
    • 3 chaises et un fauteuil de saule, garni en paille
    • 1 bureau à quatre tiroirs
    • 1 bassinet de cuivre
    • 1 lampe dite à la florentine
    • 4 fers à repasser
    • 1 tasse de faïence blanche sans soucoupe
    • 2 chauffe-pieds
    • 1 table à manger, bois sapin, avec des pieds pleins en noyer
    • 1 table à jouer pliante avec un damier dessus. Dans le tiroir, 3 boites à jouer garnies de fiches et jetons
    • 2 corbeilles d’osier
    • 1 bande fer pour retenir les cendres de la cheminée
    • 1 portière à rideau de bourrette rouge, jaune et vert
    • 1 armoire ouverte avec trois étagères, vides
    • 1 portrait de Villecroze et de son épouse
    • 1 tableau représentant le Mont Parnasse
    • Les tapisseries des appartements sont en cuir vert et bande dorée

3/ Dans une chambre visant sur la terrasse :

    • On note surtout une quenouille en cinq pièces et trois fuseaux.

4/ Dans une chambre visant sur le jardin :

    • Mauvaises pièces d’étoffe
    • 1 lit d’enfant à balustre en bois
    • 1 métier à brocher

5/ Dans le petit cabinet attenant à cette chambre :

    • 2 paquets d’affiches du Dauphiné
    • 1 paquet des Gazettes de Paris ( seront brûlées sur la place de Buis lors de la mise en vente des biens)
    • 118 volumes des Causes Célèbres
    • 50 journaux des Annales Politiques de Linguet

6/ Dans un petit cabinet fermé à clef

    • vide

7/ Dans la cuisine :

    • ustensiles de peu de valeur

8/ Dans la chambre attenante à la cuisine, dite chambre de la fille :

    • mobilier sans valeur

9/ Après un nouveau passage dans la cuisine, une dépense attenante :

    • 103 bouteilles de vin et un tonneau de vin étranger

Gazette de Paris: journal royaliste paru en France du 1er octobre 1789 au 10 août 1792

Le premier septembre, les enfants et la femme du marquis, qui a les pieds en sang, furent capturés au Turc de la Fare. Les trois garçons du Marquis ont été ensuite emmenés au Buis.

Ils ne firent pas l’objet d’un mandat. Les trois enfants ont été recueillis dans la maison grangière du citoyen Bonfils dit Labeaume. Les frais de nourriture, d’un total de 723 livres, lui furent remboursés par le département le 03 mars 1793. Dix jours plus tard, le conseil municipal de Buis décidait qu’ils ne seraient plus à la charge de la municipalité.

Leur mère, Martine Duclos, femme du Marquis, avait rejoint sa servante dans les geôles de Buis sous la responsabilité du Dr Giraud, futur médecin des prisons.

Le samedi 1er septembre, Paris apprit que les Prussiens avaient pris Verdun.

Le lendemain, les assemblées cantonales désignaient leurs électeurs qui se rendirent à Valence pour élire les 9 députés drômois à la convention.

La révolution décida la confiscation et la vente des biens des émigrés (2 septembre 1792).

Cette période marquait le début d’un soulèvement populaire spontané, d’une « chasse aux sorcières » guidée par la misère et la peur. Les paysans se vengèrent sur les nobles ou bourgeois, saccagèrent les maisons suspectes et détruirent toutes les marques de royauté. La hiérarchie révolutionnaire allait mesurer rapidement le danger de ces manifestations qui faisaient tâche d’huile à partir du château du Marquis de Bésignan ;

Ainsi, le 02 septembre, plus de deux cents hommes et femmes de Bouvières mirent le château au pillage, vendirent le mobilier aux enchères puis commencèrent la démolition.

Le même jour, les habitants de Chalançon investirent le château de Volvent.

Le 03 septembre, ces mêmes habitants de Bouvières se rendaient au château voisin de Guisans où les meubles furent également vendus.

Pendant ce temps, on dressait l’état des fournitures de la commune de Bellecombe Tarendol pour le siège du château du Marquis de Bésignan :

  • 7,72 quintaux de farine
  • 8 eymines de blé
  • 4 moutons
  • 8 livres de fromage
  • 10 livres d’huile
  • 12 douzaines d’œufs
  • 4 draps….

Le 6 septembre, à Buis les Baronnies, les scellés furent posés sur les papiers des sieurs Chevandier de Valdrôme et Barbier de Villecroze, considérés comme complices dans l’évasion du marquis.

Il est étonnant de remarquer que ce même jour Valence se plaignait de n’avoir pas reçu les papiers saisis dans le château du Marquis de Bésignan.

Le 9 septembre, pillage du château d’Aubres et des châteaux de Aulan, Mollans, Entrechaux (c’est le jour de la fête des laboureurs à Entrechaux) et Monségur.

Le 10 septembre, lors de la séance publique du conseil municipal de Buis, la décision fut prise de réquisitionner le commandant de la garde nationale pour fournir 8 hommes à l’effet de garder à vue Madeleine Tourniaire. En effet, deux lettres écrites par le marquis de Bésignan avaient été découvertes dans sa maison.

Le 12 août, André Rippert, en sa qualité d’officier municipal, posait les scellés sur les deux maisons de Mirabel appartenant aux Duclos et sur sept liasses de papiers considérés comme de la plus haute importance et pouvant donc servir de preuves accablantes.

Le 15 septembre fut le jour de la visite à la maison Tourniaire et de l’interrogatoire de la suspecte :

Madeleine Tourniaire, 28 ans. Elle faisait les « commissions et non des affaires politiques ».

Elle répondit qu’il y avait environ dix mois, le Marquis Duclos l’avait priée de lui livrer dix livres de poudre à canon du Comtat. Devant sa surprise, le Marquis lui avait racontée que cette poudre était destinée à faire sauter un rocher qui se trouvait dans ses fonds.

A une autre question, Madeleine Tourniaire répondit que, depuis environ trois mois, le Marquis Duclos et son épouse lui demandaient 30 livres de poudre, ce qu’elle avait refusé.

20 septembre : bataille de Valmy : 36000 soldats commandés par Kellermann ont vaincu 34000 prussiens conduits par le Duc de Brunswick.

21 septembre : abolition de la royauté et proclamation de la république

22 septembre : 1er jour de l’an 1 de la République.

Les vendanges étaient abondantes.

Le 26 septembre : A Mollans, « avons reçu hier à 8 heures du soir Morin, fermier de Bésignan, envoyé de la part de la municipalité de Pierrelongue, arrêté par le sieur Gresse, procureur de la commune de Mollans, et par le sieur Barthélémy Geli ». Il allait ensuite être transféré pour être jugé.

Le premier octobre, tous les rebelles de Bésignan furent transférés à Valence sous une escorte de trente gardes. Les trois enfants du Marquis furent gardés au Buis, comme nous l’avons déjà évoqué, ainsi que leur mère. Elle présentait, selon le certificat établi par Clément, médecin et Lieutaud, chirurgien, une « fluxion de poitrine avec fièvre putride » rendant le voyage dangereux.

Le 04 octobre, Gaspard Nicolas, négociant au Buis, est arrêté en possession d’une lettre d’émigré : « Le héros Brunswick s’avance sur la ville coupable, tout plie devant nos braves prussiens. Les traîtres s’accrochent à tous les moyens; ils ont coupé tous les arbres depuis Chalons jusqu’à Paris pour obstruer et retarder la marche de nos libérateurs et reculer le moment du supplice qui est dû à leurs crimes…». Ce courrier sera la pièce maîtresse du dossier d’inculpation comme complice du marquis.

A la même date, les biens des Duclos-Bésignan sont placés sous séquestre.

Le 3 octobre, l’armée de Condé vient se poster à Willingen.

La révolution décida l’exécution de tout émigré pris les armes à la main (9 octobre 1792), le bannissement à perpétuité des émigrés et la peine de mort contre ceux qui repassaient la frontière (23 octobre 1792).

Le 14 octobre, le général Montesquoiu, commandant l’armée du midi, dans laquelle se trouvaient les bataillons drômois, se trouvait en Savoie. Les députés savoyards demandèrent à faire partie intégrante de la République Française et à former le 84ème département, celui du Mont Blanc.

Le 15 octobre fut marqué par le procès de Joseph Clément, né à Brantes, 75 ans. Il aurait tenu des propos contre-révolutionnaires, en état d’ivresse dans un cabaret de Saint Auban, en compagnie de Charasse.

Dans les actes du procès sont relevés les éléments suivants :

Lettre de Clément : « Les soussignés sont et voulons être et protester en bons et fidèles aristocrates pour tout ce qui regarde de la constitution et que nous voulons et attestons soutenir dans cet état sans se porter préjudice et nous nous obligeons à soutenir la résistance de tout notre pouvoir

Clément, notaire à Brantes, avait un fils émigré dans le Piémont avec qui il entretenait une correspondance tous les quinze jours.

Il avait annoncé un rassemblement de 4000 hommes dans le camp de Brantes.

Des témoins racontèrent que le 10 août, jour de la foire, au premier étage de l’auberge de Chambron, le sieur Clément parlait déjà d’un foyer contre-révolutionnaire à Brantes. Il voulait signer des pactes avec les notables de l’arrière pays d’où la lettre citée en premier.

Nous retrouvons ainsi, par hasard, la confirmation de certains propos du marquis de Bésignan, propos qui étaient passés à l’époque pour de simples bravades.

Le 06 novembre : victoire de Jemmapes par Dumouriez. Les Autrichiens furent chassés de la Belgique et les Prussiens rejetés au delà du Rhin.

Le 17 novembre, Louis Capet fut condamné à mort en présence du député de Nyons, Jacomin.

A cette date, suppression officielle des revenus des confréries de pénitents en particuliers le droit de plantis autour des cimetières.

Le 27 novembre : annexion de la Savoie.

marquis

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1793

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. 1793

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Ce fut, pour la Révolution Française, l’«année de tous les dangers». Des soulèvements paysans de grande importance répondirent à la pression des pays européens qui étranglaient la France. L’Assemblée Nationale se radicalisa dans ses décisions. Les extrémistes arrivèrent au pouvoir. La violence, la haine, la suspicion et les réquisitions forcenées devinrent alors les compagnes de route de nos ancêtres.

Dans ce climat, surnageant par son titre de noblesse, mais ne possédant plus que son épée, Pierre Duclos quittait la cour des Princes. Ceux-ci observaient, certes avec intérêt, mais de l’autre côté de la frontière, les premiers signes d’essoufflement du monstre régicide. Impatient, têtu, rebelle aux ordres, il arriva sur Lyon dès les premiers mois de l’année et allait participer ensuite à tous les complots.

Le 21 janvier : exécution de Louis XVI.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Exécution de Louis XVI

Soulèvement de la Vendée.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Début des guerres de Vendée

Création du tribunal révolutionnaire.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Premier tribunal révolutionnaire

Le 31 janvier : annexion de Nice

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Pierre Comba :" L'annexion", huile sur toile, Musée Massena de Nice

Le premier février : déclaration de guerre Angleterre et Hollande.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Déclaration de guerre de l'Angleterre

En février, les émigrés français doivent quitter Genève.

Le 22 février : Décret sur la liste des noms des communes susceptibles de réforme, comme pouvant rappeler la royauté ou la féodalité et la liste des noms à y substituer ».

Le 24 février : levée en masse de 300.000 hommes.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. The levée en masse, 12 August 1793

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La levée en masse, 12 Août 1793

Le premier mars : annexion de la Belgique.

Le07 mars : déclaration de guerre à l’Espagne.

Le 10 mars : Création du Tribunal criminel extraordinaire, qui allait prendre le nom de Tribunal révolutionnaire.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Tribunal criminel

Le 11 mars : Début des soulèvements vendéen et breton.

Le 18 mars : défaite de Neerwinden qui chassait les Français de Belgique.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. neerwinden

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Défaite de Neerwinden

Le 19 mars : Décret mettant hors la loi tout rebelle et le punissant de mort.

Le 21 mars : Création des comités de surveillance.

Une nouvelle loi plus complète fut publiée le 28 mars 1793. On dressa et imprima une liste générale des émigrés, qui comprenait plus de 30000 personnes.

Le 06 avril : Formation du Comité de salut public.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Comité de Salut Public

Durant les mois d’avril et mai, les campagnes subirent de nombreuse gelées. Le froid allait durer jusqu’en juin, où l’on faisait encore du feu.

Le 06 avril : Après le siège de Mayence, les Français furent obligés de quitter le Palatinat.

Le 20 avril : Les Espagnols pénétraient dans le Roussillon.

Le 21 avril : Dépôt des armes à feu à la maison commune : mesure de sûreté générale.

Mai 1793 : D’anciens conjurés des camps de Jalès, nobles et prêtres, ont levé, dans la Lozère, une armée d’environ 2000 hommes. Ils réussirent à s’emparer de Marvéjols puis de Mende.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La patrie en danger

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La patrie en danger

En mai 1793, les créanciers du Marquis de Bésignan se manifestèrent. En particulier François René Taxis, d’Orpierre, mari de Marie Anne Marguerite Angélique Duclos, sœur du marquis, qui avait des droits sur les terres, par son contrat de mariage daté du 20 mars 1776. Il attendra pourtant 13 ans avant d’être indemnisé et touchera 24600 livres en 1806.

guillotine

Le 11 mai, la machine à décapiter venait d’être montée place des Clercs à Valence pour l’exécution de Marc Antoine Cartier dit Bois-Martin. Celui-ci avait émigré depuis quelques années pour servir dans les gardes du corps de Monsieur. Il avait été arrêté à Lyon puis jugé à Valence.

Le 29 mai marqua le début de l’insurrection de Lyon avec le renversement de la municipalité jacobine. Les insurgés s’emparent de l’hôtel de ville après de violents combats. Le maire Joseph Chalier, montagnard fut incarcéré.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Massacres de Lyon

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Arrestation de Chalier le 29 mai 1793

Notre héros, le marquis, faisait sûrement partie des agitateurs qui couraient dans les rues de la ville pour appeler le peuple à la résistance contre les « fous qui avaient coupé la tête de leur roi ».Il devint un des agents les plus actifs et les plus violents de la réaction thermidorienne.

Le 2 juin : Arrestation de 29 députés girondins.

Du 03 au 13 juin eut lieu la vente des biens du marquis de Bésignan :

1. Emplacement du château d’une superficie de 13 ares avec 61 eymines de terre vendu 6225 livres en assignats.

2. Un moulin à farine à deux meules, vendu le 13 juillet 1794 pour 10200 livres en assignats.

3. Les bâtiments du domaine de la Cour, vendus 30100 livres le 03.06.1793.

4. Les bâtiments du domaine de la Buissière vendus 9725 livres.

5. Le domaine de la Grange Neuve vendu pour 13200 livres.

Le 05 juin, les femmes de Buis les Baronnies organisèrent une farandole pour fêter les désastres de la république. Ce même jour, le Conseil Général de la commue de Buis refusa le papier monnaie républicain.

Le 07 juin : Insurrection fédéraliste à Bordeaux et dans le Calvados.

Début d’une période de canicule puis sécheresse importante avec destruction des récoltes.

Le 18 juin, les fédéralistes drômois, emmenés par le maire de Valence Odeyer, appelaient à l’insurrection armée.

Le 22 juin, l’armée marseillaise occupait Aix en Provence.

Le 24 juin, Joseph Payan, procureur général syndic déclencha le mouvement patriote et, avec les Partisans de la Montagne, confirmait leur adhésion aux décisions du pouvoir officiel. La Drôme empêcha ainsi la jonction des révoltés du Midi avec ceux de Lyon.

Le 25 juin : Création du département du Vaucluse avec décret d’organisation du 20 août. La Drôme conservait définitivement les Pilles, Aubres, Eyroles et Valouse.

Le 04 juillet, l’armée fédéraliste marseillaise demandait aux autorités départementales de la Drôme le droit de passage.

Le 07 juillet, les marseillais rejoignirent les fédérés partis d’Arles (le 02 juillet) à Avignon.

Le 08 juillet, le général Carteaux quittait Valence avec ses troupes pour aller au devant de la colonne armée venue de Marseille.

Le 08 juillet, de nouvelles émeutes survinrent à Buis les Baronnies au cri de « Vive Louis XVII ! »

Le 09 juillet, les fédérés de Nîmes arrivèrent à Pont St Esprit puis St Paul. Le général Claude Souchon de Chanron, né à Montélimar en 1728, était un des émissaires entre les Girondins, majoritaires à la Convention et l’opposition aristocrate qui commençait à se fédérer avec les milieux bourgeois et commerçants des villes. Il conseillait de laisser passer les fédérés mais sera emprisonné.

Le 10 juillet, les fédérés arrivent à Orange.

Le 12 juillet, insurrection fédéraliste à Toulon.

Le 13 juillet, assassinat de Marat.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Assassinat de Marat : tableau de David

Le 16 juillet, le maire de Lyon, Marie Joseph Chalier fut guillotiné.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Joseph Chalier

Le 22 juillet, les administrateurs du district de Nyons, , demandèrent le retrait de l’arrêté du département relatif au maximum des prix, responsable, selon eux, de la disette de grains et la disparition des boulangeries.

Le 25 juillet, victoire de Carteaux sur les insurgés royalistes d’Orange.

Le 06 août, Le Buis les Baronnies fut considérée comme une cité suspecte. Pour dissiper ce malentendu, le Conseil Général convoqua pour le 10 août la population à une cérémonie sur l’autel de la patrie.

Le 15 août, le 3ème bataillon de volontaires de la Drôme fut envoyé à Lyon pour rejoindre les troupes de Kellermann, général en chef de l’armée des Alpes.

Le 21 août, Duclos père, qu’on avait enfermé dans la citadelle de Montélimar, écrivait au Citoyen Président pour demander une aide du département car il se disait ruiné et malade. Il signait « votre humble et très obéissant serviteur. »

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Citadelle de Montelimar

Le 23 août, la Convention déclara la levée en masse de tous les jeunes de 18 à 25 ans.

Le 24 août, bombardement par Kellermann de la ville de Lyon, insurgée au mains des royalistes organisé autour de Louis François Perrin, comte de Précy. On y retrouvait François Henry de Virieu, le chevalier Gabriel François de la Roche-Négly qui se faisait appeler Rimberg, le chevalier de Melon, Marron de Meillonas, le chevalier de Grandval……et probablement le marquis de Bésignan.

 

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bombardement de Lyon par les troupes de Kellermann

Le 27 août, Toulon fut livrée aux Anglais par les royalistes. Le district d’Orange faisait maintenant partie du département du Vaucluse

Le 30 août, réquisition pour le recrutement d’hommes devant rejoindre les troupes du général Cartaux qui venait de faire le 25 août son entrée à Marseille par sa victoire sur les insurgés.

Le 05 septembre, la Convention mit « la Terreur à l’ordre du jour.» Elle décida de prendre toutes les mesures de circonstance propres à sauver la Révolution Française. Il s’agissait d’instaurer la Grande Terreur qui fera suite à la Terreur ordinaire, inaugurée par les massacres de l’année précédente. Les décrets sortirent le 10 octobre.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La grande terreur

A l’intérieur, les révoltes furent étouffées, Vendée mise à part. Lyon et Toulon se soumirent. Aux frontières, les armées reprirent vigueur. La Révolution avançait dans le sang. La chute de Robespierre, le 9 thermidor an II, puis la condamnation à mort des députés girondins mit un terme à la Grande Terreur.

Le 18 septembre, la cour de justice de Buis fut transférée à Nyons. En effet, le représentant du peuple, Boisset, envoyé par la Convention, avait déclaré la ville de Buis en état de rébellion ouverte contre la République. Il parlait de « Vendée nouvelle » et de refus de marcher contre les brigands armés de Lozère.

Le 23 septembre, à Nyons, vit le début de la vente à la bougie de la récolte en huile du marquis de Bésignan.

Deux jours plus tard, le comité de surveillance de Buis ordonnait l’arrestation du médecin Clément.

A cette époque, Joseph Charras, originaire de Montauban, âgé de 24 ans, partit comme volontaire au 1er bataillon de réquisition du district de Nyons. Il fut élu le même jour, par ses camarades, capitaine de la 4ème compagnie. Il partira en Italie pendant cinq ans puis en Egypte et en Syrie, accompagné de Bonnet Jean Pierre, cultivateur de Sainte Jalle, revenu au pays en 1802 et qui servira neuf ans comme sergent et sergent major à la 4ème demi brigade d’infanterie légère, 2ème bataillon, 2ème compagnie. Il obtiendra sa mise à la retraite après blessures à Rivoli, Italie, le 27 brumaire an 4, ( 18.11.1795) puis à Alexandrie le 22 ventôse an 9. (13.03.1801.)

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Joseph Liotaud, né en 1772 à Ste Jalle, fut nommé lieutenant de la 9ème compagnie. Il avait sous ses ordres Benoît Liotard, fusilier, né en 1775 à Ste Jalle. Leur capitaine sera Barthélemy Boisset, né en 1773 à Arpavon.

Le 05 octobre, le calendrier républicain fut adopté par la Convention.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Calendrier républicain

Le 07 octobre vit la constitution d’un bataillon composé de neuf compagnies (environ 1000 hommes) sur le district de Nyons.

Le 08 octobre, Sainte Jalle changea son nom en : Jalle-Bois-Vert et l’église devint le temple de la raison.

Le 09 octobre, Lyon capitulait devant les forces républicaines après 16000 bombes, 800.000 coups de fusil. Précy, plusieurs de ses officiers et 1500 combattants royalistes parviennent à s’échapper.

Le marquis de Bésignan put encore s’évader. Il prit le parti de suivre ses compagnons de défaite sur les routes de Mannheim, où se trouvait le gros des troupes fidèles à la royauté. Le beau frère de Fauche-Borel, nommé Vitel, sert d’intermédiaire auprès du représentant de France à Genève, Soulaire, qui délivre des passeports en blanc à tous les émigrés. Ils seront notés comme ouvrier, artisan, marchand ou colporteur.

Fauche-Borel héberge de Précy.

Le 20 octobre à Sainte Jalle, on réquisitionna les chevaux, mules et mulets ayant la mesure au garrot de 4 pieds 4 pouces (1.408m).

Le 22 octobre, remise des titres féodaux qui furent brûlés selon la loi du 17 juillet 1793.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les titres féodaux sont brûlés

Le 22 octobre, ce fut aussi l’ établissement de la liste du prix maximum : 5 livres l’eymine de blé.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Tableau du maximum

Le 29 octobre, à Sainte Jalle, nouvelle réquisition de chevaux ayant cette fois la mesure au garrot de 4 pieds 6 pouces (1.462m).

Le 09 novembre, Le Buis a été citée dans le numéro 45 du 19 brumaire de l‘Antifédéraliste ou le Correspondant des Sociétés populaires et des Armées :

« Cette commune longtemps égarée par des malveillants et surtout par un certain Bertrand de Montfort, ex-constituant, vient d’être rendue à la patrie ; les contre-révolutionnaires sont arrêtés ou poursuivis comme des bêtes sauvages par les citoyens des campagnes qu’ils avaient voulu empêcher d’accepter la constitution…Quatre vingt jeunes gens sont partis pour s’enrôler dans la Légion Montagnarde, qui va combattre les Anglais sous les murs de l’infâme Toulon. »

Le 12 novembre, René Taxis du Poët, qui changea pour l’occasion son nom en Publicolas, accepta le baptême civique à Orpierre, ainsi que sa femme, sœur du marquis de Bésignan et ses cinq enfants, qui prirent les noms de : Brutus, Caïus, Decius, Aereta et Cornelia.

Rebaptisé, le maire sera à l’origine de la vente des biens des églises d’Orpierre et de Trescleoux. Il reprendra son nom après la période révolutionnaire.

Le 10 décembre, Joseph Duclos, père du marquis qui a été enfermé à la citadelle de Montélimar comme père d’immigré, présenté par les gens comme humble et simple Il désavoua les incartades de son fils et fût relâché peu après (prison du 21 août au 19 décembre). Dans une pétition adressée aux administrateurs du district de Nyons, il se présentera comme :

«un bon campagnard, homme simple, sans orgueil, sans prétention ou distinction, s’occupant plutôt des travaux ruraux, tandis que son fils, le marquis, vain, impérieux, absolu, n’a jamais eu d’autre conseil que sa mauvaise tête, qui l’a rendu coupable des folies notoirement connues dont la conséquence forcée a été sa fuite.»

Le 12 décembre, les Vendéens étaient anéantis au Mans.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La bataille du Mans : Tableau de Jean Sorieul, 1852

Le 19 décembre, Toulon fut reprise.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Prise de Toulon

Du 30 décembre 1793 au 3 janvier 1794, eut lieu la vente du mobilier de Duclos de Bésignan.

Cette vente, qui devait se dérouler à la veille de la fête de la prise de Toulon, fut repoussée dans un premier temps au premier janvier 1794.

Elle se déroula dans la maison de Duport, au Buis. Elle fut chiffrée à 965 livres 11 sous, dont 71 livres 4 sous de frais. La valeur résiduelle fut de 894 livres 7 sous. Tout ne put être vendu car les objets restants, en mauvais état, n’avaient aucune valeur. Duport, quant à lui, acquit une bonne partie des meubles, puis on brûla en place publique le paquet contenant les « Gazettes de Paris. »

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1794

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En janvier, les «Colonnes Infernales de Turreau» dévastèrent les campagnes.

turreau

Le 14 nivôse an 2 (3 janvier 1794) furent créé les comités de surveillance.

Dans ce même mois, Jalle-Bois-Vert redevint Sainte Jalle.

Le 16 ventôse an 2 (6 mars1794), un décret annonçait que les troubles de Buis étaient terminés.

Le 18 mars, dans une deuxième lettre, le sieur Espoullier de Bésignan réclamait encore le remboursement des frais occasionnés lors du siège du château de Bésignan, à savoir le paiement de son unique mule qui avait été réquisitionnée, une selle prise quelques jours auparavant et 182 livres 9 sols de dépenses de nourriture pour les assiégeants. Cela faisait plus d’un an qu’il espère rentrer dans ses frais.

En avril, l’hiver devint encore plus rude. Le bois de chauffage manquait sur les marchés ainsi que les denrées de première nécessité.

Le 03 avril, Joseph Duclos, toujours détenu dans la prison de Montélimar, savait que ses biens allaient être mis en vente. Le directoire du district de Nyons l’informa qu’il bénéficierait d’une provision de 2500 livres à prendre sur le nommé Fanjon, fermier de Mirabel.

Avril : exécution de Danton, de Desmoulins et des dantonistes.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. desmoulins

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Camille Desmoulins

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. danton

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Exécution de Danton

Le 26 avril, il fut procédé à la mise en vente au quartier Saint Martin de Nyons de la propriété du Marquis de Bésignan, tenue par Enselme Favier, le fermier de Duclos.

Quatre jours après, soit le 30 avril, Duclos père, envoyait un nouveau courrier dont voici quelques extraits :

« J’ay eu beau dissimulé, et cacher ma détresse depuis cinq à six ans, que j’étais en instance avec mon fils, elle a été publique et elle l’est encore plus que jamais…

Atteint de fluxion pitiuteuse…

Hélas, depuis que je quittais le château pour venir me jeter entre les mains du commandant du blocus pour me faire conduire au district, lui demandant sa sauvegarde et sa protection…

Un fils a été victime des flammes puis en est mort…

Seuls six hommes de travaux et son frère, dans le château…

En fait, les rumeurs d’attroupement correspondaient à l’affluence sur les chemins de gens venant pour la foire de Sainte Jalle…

Le château appartenait à mon épouse Geneviève Duclos décédée en 1785, de qui je suis héritier…

Je fis une élection en faveur de mon fils, qui trompa mon bon cœur par des manières dissimulées…

L’élection faite, la dissimulation cessa et un respect et sa soumission se changèrent en mépris. Il me quitte de manière indigne…

Il fit des acquisitions extravagantes et capables d’effectuer la ruine…

Il fit des emprunts très considérables et, ayant appris qu’il en négociait encore pour 30 à 40.000 livres, je me décidais pour l’arrêter, à faire ma révocation de son élection à cet héritage…

Le 20 avril 1786, je voulu le ramener pour un accommodement que je lui fis proposer…

Je me trouvais déjà dans la détresse, chargé de l’entretien de mon fils cadet et d’une fille malade, alitée depuis quelques années et morte après…

Nous avons acquis Bésignan en 1755. Le revenu à cette époque était d’environ 2400 à 2500 livres annuelles…

Au mariage de mon fils (1780), le revenu était de 5000 livres… (voir note en fin de châpitre)

J’ai créé des ateliers publics pour faire travailler les pauvres…

A la fin de l’année 1767, je n’ai pu aller à Mirabel qu’après les fêtes de Noël car je distribuais des grains aux pauvres ainsi que du pain comme tous les ans…

Cette année, il n’y avait plus de blé après le mois de mai, donc j’ai fait un emprunt de 6000 livres pour faire subsister les pauvres… »

Il demanda son élargissement de la citadelle auprès des comités de surveillance de Sainte Jalle et Bésignan…

Il en était à 8 mois de prison…

Le tribunal révolutionnaire de Paris condamna le 7 mai 1794 les complices de Duclos :

Jugement rendu par le tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, séant au Palais de Justice à Paris :

Qui, sur déclaration du juré de jugement portant qu’il est constant que Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal sont auteurs ou complices de la conspiration qui a existé au mois d’août 1792, dans la commune dite ci-devant château de Bésignan, district de Nyons, département de la Drôme, tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l’exercice de l’autorité légitime, par suite de laquelle conspiration de contre-révolutionnaires, réunis et retranchés au dit château, ont tiré sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Condamne à la peine de morts les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal, conformément à l’article II de la 2° section du titre premier du code pénal

Du 18 floréal, au deuxième de la République Française, une et indivisible.

Au nom du peuple français, le Tribunal révolutionnaire a rendu le jugement suivant :

Vu par le tribunal l’acte d’accusation porté contre

  1. René François Louis Chevandier, né à Valdrôme, y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la gendarmerie nationale.
  2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieul, département de la Haute Garonne, demeurant au Buis.
  3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Bésignan, demeurant dans la commune de Bésignan.
  4. Joseph Hiacinte Guintrand, âgé de 30 ans environ, matelassier, demeurant à Vaison, ci-devant Comtat.
  5. Jean Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis.
  6. François Pascal, âgé de 30 ans, né à Astheault (Hautes Alpes) demeurant au Buis, tous aussi du département de le Drôme.

( Ce jugement est rendu contre d’autres accusés, mais n’appartenant pas au département de la Drôme, et dont les faits qui leur sont reprochés n’ont aucune connexité avec l’affaire de Bésignan. La présente copie n’en parlera donc pas.)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Antoine Quentin Fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fouquier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fouquier siégeant au tribunal

Antoine Quentin Fouquier, accusateur public du tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, an 2 de la République, sans aucun recours au tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l’article II d’un autre décret de la Convention du 4 avril suivant, portant que l’accusateur public du dit tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituée ou des citoyens ;

Expose que par jugement du tribunal criminel du département de la Drôme,

Martine Duclos, femme Bésignan, Vincent Ferrier, Joseph Hiacinte Guintrand, François Pascal, Joseph Sulpice, Jean Joseph Fity dit Minervois, François René Louis Chevandier et Jean François Mialhe ont été envoyés au tribunal révolutionnaire comme prévenus, savoir, les dits Duclos, Ferrier, Guintrand, Sulpice, Pascal, Fity et Chevandier, d’avoir formé des trames et complots au ci-devant château de Bésignan, tendant à provoquer la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres,

Et le dit Mialhe, d’avoir pratiqué des manœuvres et intelligences tendant à ébranler la fidélité des citoyens et soldats français, et favoriser leur désertion.

Qu’examen fait, tant des dits interrogatoires subis par chacun des prévenus, par devant le tribunal, que par pièces adressées à l’accusateur public, il en résulte que dans le moment où le traître Capet ourdissait ses trames dans tout l’empire pour anéantir la liberté, l’infâme Bésignan, que la fuite a dérobé au châtiment de ses forfaits, sa femme et les nommés Ferrier, Pascal, Sulpice et Guintrand, Fity et d’autres aussi échappés au glaive de la loi, s’étaient préparés à seconder ces traîtres liberticides, ayant en effet, en imitant le tyran, voulu massacrer les citoyens et les magistrats du peuple qui se présentaient au ci-devant château de Bésignan, pour déjouer leurs complots en les désarmant.

 

 

fouquier

Jugement du tribunal révolutionnaire; Accusateur public, Fouquier

 

En effet, le district de Nyons, informé par les déclarations de plusieurs citoyens des projets contre- révolutionnaires qui existaient au château de Bésignan, s’y transportèrent avec la force armée, pour dissiper le rassemblement qui y existait et saisir les preuves de la conspiration et s’emparer des coupables.

C’est le 22 août 1792 que les administrateurs, commissaires nommés par le district pour faire cette opération, se transportèrent au château, où la conspirateur Bésignan a déclaré qu’il ne connaissait pas d’autorité constituée et que les pouvoirs des commissaires étant postérieurs à la suspension du Capet, il n’obéirait pas, qu’il était résolu à s’ensevelir sous les ruines de son château, et que s’il périssait, il périrait beaucoup de monde.

Il faut observer que Bésignan avait arboré un drapeau rouge sur lequel était écrit : Déclaration de guerre.

Les commissaires ne se croyant pas suffisamment en force pour faire exécuter la loi, ne voulant pas faire répandre le sang des citoyens sans la certitude de réduire les rebelles, se retirèrent et obtinrent du conseil d’administration du département de la Drôme un autre arrêté portant réquisition au chef de l’état major de l’armée du Midi de prêter les secours de troupes de ligne ou de la garde nationale et de l’artillerie nécessaire pour réduire le ci-devant château de Bésignan et pour prendre toutes les mesures nécessaires pour étouffer ce foyer de conspiration.

En effet, les 25, 26 et 27 furent employés à l’exécution de ces mesures, devenues si importantes dans les circonstances. Il paraît que pour attirer les citoyens par la confiance, Duclos avait arboré un drapeau blanc, mais, tandis qu’on préparait le sommations à faire au dit Duclos, ce scélérat tira et fit tirer par ses complices des coups de fusil et de carabine sur les magistrats du peuple et sur la force armée ; Alors on requit le commandant militaire de faire usage de la force armée contre les assassins, mais les citoyens gardes nationaux, n’écoutant que ce courage indomptable qui brave et affronte tous les dangers, quand il s’agit de faire triompher la cause de la liberté et assurer l’exécution de la loi, ne balancèrent pas à répondre à cette lâche trahison, par la force des armes. Les conspirateurs, ne pouvant tenir, prirent la fuite, armés de fusils et de pistolets, par des chemins inconnus et vers lesquels on n’avait pas eu la précaution de diriger des sentinelles. Le feu fit mis au repaire des conspirateurs et commença la vengeance que la puissance du peuple devait tirer de cet exécrable attentat.

Les preuves écrites des complots formés par Bésignan et de ses intelligences ont cependant été saisies. Un manifeste manuscrit de Brunswick, un projet de manifeste rédigé par Bésignan lui-même, et signé par lui, en faveur des princes, des lettres contre-révolutionnaires présentant les détails de ses manœuvres et de la complicité des prévenus avec cet infâme chef de conspiration.

Un écrit à Guintrand :

«Je souhaiterais que Monsieur de Bésignan eût chez lui cinq cents hommes comme vous, douze canonniers de la bonne espèce et dix pièces de huit, et je le croirais en sûreté contre une armée de six mille hommes. Je voudrais être le cinq cent unième contre des brigands.»

Dans une autre lettre, on remarque:

«Je n’ai pas vu Ferrier. Il a dit que Madame était fâchée contre moi de n’avoir pas envoyé des hommes le soir que vous le demandiez. Vous aurez un renfort, lui écrit-on dans une autre, de quatre ou cinq hommes ; aussi courage et fermeté. Il vient d’arriver deux gendarmes de Nyons qui nous ont assuré que Monsieur Duvillard y avait été avec eux pour éviter qu’il ne se fît aucun mal.»

L’un de ces gendarmes était évidemment Chevandier, complice de Bésignan; outre qu’à la première opération des commissaires du district de Nyons, qu’il assistait ,il se déclara en faveur de Bésignan, une correspondance qu’il a eu avec ce conspirateur, et trouvée après sa fuite, une lettre écrite par lui-même à son frère, ne laissent aucun doute à cet égard. Cet homme était déjà connu pour un contre-révolutionnaire prononcé et à Carpentras, il se vit déjoué au moment de devenir la victime de la juste indignation que le peuple éprouvait contre ce traître.

Quant à sa conduite dans la conspiration, elle est tracée par ses mains dans une lettre : « Le château a été incendié et rasé, écrit Chevandier. J’avais fait tout ce qui avait dépendu de moi pour empêcher ce malheur. J’avais eu en conséquence la maladresse de lui écrire pendant deux fois relativement à son affaire.

Quant à Ferrier, Guintrand, Pascal et Sulpice, ils ont été les complices avec d’autres aujourd’hui en fuite de l’infâme Duclos. Ils ont fait feu sur les magistrats du peuple et sur la force armé. Ils sont sortis, de leur aveu, armés de ce repaire de contre-révolutionnaires. Ferrier avait eu le poignet emporté dans l’action, par une carabine qui lui creva dans la main, parce qu’elle était trop chargée ; preuve évidente de la rage dont ce forcené était animé contre les patriotes. Une instruction criminelle avait été commencée dans le département de la Drôme contre ces lâches assassins, mais il paraît que l’intrigue en a entravé la marche pour sauver les coupables, s’il eût été possible.

Quant à Mialhe, il paraît qu’au mois de juin 1793, il a provoqué et favorisé la désertion de plusieurs soldats volontaires du second bataillon des côtes maritimes, en garnison à Donzère et Montélimar. C’était lui qui les engageait à la désertion. Il les accompagnait de l’autre côté du Rhône et leur fournissait même des faux passeports et des certificats.

Chevandier, Beausire, Philippe et Pascal, les complices de l’infâme Duclos, sont encore prévenus d’avoir, dans la maison d’arrêt de l’Egalité, dans le courant du présent mois, ourdi une nouvelle trame pour forcer la maison d’arrêt. Pascal, rencontrant un détenu, lui dit qu’ils étaient des sacrés bêtes de se laisser mener au tribunal, qu’on le menait à la boucherie, qu’ils étaient assez de monde pour en empêcher.

Louis François Chevandier ajoutait qu’il y avait dans la maison d’arrêt 40 à 60 lurons qui avaient servi, et qu’ils étaient sûrs d’eux, ; que ces 40 à 60 lurons étaient d’accord ; qu’ils feraient marcher les autres d’autorité ; qu’ensuite, après s’être assurés des gardiens, pris les clefs, ils iraient au premier corps de garde se saisir des armes, et qu’ils étaient sûrs que la moitié de Paris se soulèverait, et notamment les signataires des pétitions.

D’après l’exposé ci-dessus, l’accusateur public a dressé la présente accusation contre la femme Duclos, Vincent Ferrier, Sulpice, Hiancinte Guintrand, Joseph Fity, François Pascal, René Chevandier, etc.

Savoir contre la femme Duclos, Vincent Ferrier, Joseph Sulpice, Hiacinte Guintrand, Fity, Pascal, Chevandier, pour avoir conspiré contre le peuple français, en participant aux trames et complots ourdis au ci-devant château de Bésignan, tendant à provoquer la guerre civile, et à armer les citoyens les uns contre les autres, pour l’effet desquels les dits prévenus auraient fait feu au ci-devant château de Bésignan, sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Contre Mialhe, pour avoir pratiqué des manœuvres et intelligences tendant à ébranler la fidélité des défenseurs de la patrie, en provoquant, excitant et encourageant la désertion des volontaires, et en leur fabriquant des faux passeports et de faux certificats.

Contre Pascal, Guintrand, etc pour avoir conspiré contre la république française, en pratiquant des manœuvres et ourdissant des complots dans les maisons d’arrêt de la Force, de l’Egalité, à l’effet de forcer les dites maisons d’élargir les détenus et dissoudre la représentation nationale en renversant le gouvernement révolutionnaire.

En conséquence, l’accusateur public requiert qu’il lui soit donné acte, par le tribunal assemblé, de la présente accusation ; qu’il soit ordonné qu’à sa diligence, et par un huissier du tribunal, porteur de l’ordonnance à intervenir, les dits prévenus ci-dessus dénommés seraient pris de corps et écroués sur les registres de la maison d’arrêt de la Conciergerie, pour y rester comme en maison de justice, comme aussi que l’ordonnance à intervenir sera notifié aux accusés et à la municipalité de Paris.

Fait au cabinet de l’accusateur public, le 17 floréal, l’an second de la République française, une et indivisible.

Signé : A.Q. Fouquier

L’ordonnance de prise de corps rendue le même jour par le tribunal assemblé contre les dits prévenus, le procès verbal d’écrou et de remise des personnes de tous les détenus dénommés dans l’acte d’accusation, dans la maison d’arrêt de la Conciergerie et la déclaration du juré portant :

« Qu’il est constant que les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal sont auteurs ou complices de la conspiration qui a existé au mois d’août 1792, dans la commune dite ci-devant château de Bésignan, district de Nyons, département de la Drôme, tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l’exercice de l ‘autorité légitime, par suite de laquelle conspiration des contre-révolutionnaires, réunis et retranchés au dit château, ont tiré sur les magistrats du peuple et sur la force armée.

Le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la loi, condamne à la peine de mort les dits Chevandier, Ferrier, Sulpice, Guintrand, Fity et Pascal, conformément à l’article II de la 2° section du titre premier du code pénal, dont il a été donné lecture et ainsi conçu :

« Toutes conspirations et complots tendant à troubler l’Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, ou contre l’exercice de l’autorité légitime, seront punis de mort. »

Déclare leurs biens acquis à la République, conformément à l’article II du titre II de la loi du 10 mars 1793, dont il a aussi été fait lecture et ainsi conçu :

« Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à la République et il sera pourvu à la subsistance des veuves et des enfants, s’ils n’ont pas de biens ailleurs. »

Ordonne qu’à la requête et diligence de l’accusateur public, le présent jugement sera exécuté, dans les 24 heures, sur la place publique de la Révolution de cette ville, imprimé, publié et affiché dans toute l’étendue de la République.

Fait et prononcé le 18 floréal, l’an II de la république française, une et indivisible, à l’audience du tribunal, où siégeaient les citoyens Pierre Noël Subleyras, vice-président, Charles Bravet et Jean Ardouin, juges, qui ont signé la minute du présent jugement, avec le commis greffier.

Au nom de la république, il est ordonné à tout huissier sur ce requis de faire mettre le dit jugement à exécution, aux commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils seront légalement requis, et aux commissaires du pouvoir exécutif d’y tenir la main.

En foi de quoi, le présent jugement a été signé par le président du tribunal et par les greffiers.

Signé :

Heimaix, président. JC. Lécrivain, greffier.

De Buis, Lieutenant de gendarmerie Chevandier de Valdrôme, guillotiné le 07.05.1794

Charles Barbier de Villecroze, ancien maire

Clément, notaire

Jean Jacques Thune, juge au tribunal de district de Nyons, âgé de 41 ans, natif de Paul-les-Fontaines, domicilié à Montélimar, département de la Drôme, condamné à mort comme contre-révolutionnaire, le 25 messidor an 2, par le tribunal révolutionnaire de Paris.

De Nyons, François Mathieu Auguste Romieu

Le 04 juin, Robespierre fut élu président de la Convention.

A la même date, Jean Blanchard et Jacques Arnaud de Bésignan, experts nommés par les Etats du Buis, accompagnés de Joseph Aubert et Joseph Etienne Reboul, fermiers du domaine de la Grange Neuve, appartenant à Duclos de Bésignan, en firent l’état des lieux :

  • – 1 porte d’entrée en bon état avec serrure fermant à clef.
  • – 1 porte pour monter à l’étage en bon état sans serrure.
  • – 2 étages.
  • – 1 loge à cochon.
  • – 1 loge à moutons.
  • – 1 écurie pour le bœuf.
  • – 8 quintaux de foin.
  • – 12 quintaux de paille.
  • – 1 terre en dessous de la grange, ensemencée de bled, d’environ 18 bleds froment, 3 eymines.
  • – 1 terre de pré de 6 eymines de bled et 4 eymines d’épeautre.
  • – 1 terre au Collet de 7 eymines ensemencée.
  • – 1 terre à Vercoiran, avec épeautre de 1,5 eymine.
  • – 1 terre à la Sagne, joignant celle au dessus de la grange, épeautre, 1,5 eymine.
  • – 1 pré adossé à la grange, faisant chemin entre deux.
  • – 1 terre au dessus de la grange en chaume, deux journées de labeur, 6 eymines de pommes de terre.
  • – 1 terre à l’adret en chaume, 6 journées de labourage, 1 eymines.
  • – 1 terre à La Casse, sans culture.
  • – 1 terre au Clot du pressoir, sans culture.
  • – 1 terre à La Gaspard, sans culture.
  • – 1 terre adossée au pré, sans culture.
  • – 2 coins de terre au dessus de la terre de la grange, sans culture.
  • – 1 vigne à l’adret, sans culture.

Le 08 juin eut lieu la fête de l’Etre suprême. Robespierre était à l’origine du culte de l’Être suprême, par lequel il prétendait donner à la vertu, principe et ressort du gouvernement populaire, un fondement métaphysique. Quatre grandes fêtes républicaines étaient instituées à la gloire des grandes journées de la Révolution: 14 juillet 1789, 10 août 1792, 21 janvier 1793 et 31 mai 1793. La fête de la Nature et de l’Être suprême inaugurait le nouveau culte, le 20 prairial an II (juin 1794).

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. etre supreme

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fête de l'être suprême

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. etre supreme

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fête de l'être suprême

Le 10 juin fut votée la loi du 22 prairial an II qui supprimait l’interrogatoire préalable et établissait la suspicion sans preuve matérielle d’« ennemi de la Révolution » pour finir sous la guillotine.

le 26 juin vit la victoire de Fleurus contre les Autrichiens.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. fleurus

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Victoire de Fleurus

Du 27 juin au 7 juillet, eut lieu la vente aux enchères des biens nationaux.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. biens nationaux

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Vente des biens nationaux en Indre et Loire, région de Tours

Le paiement des biens pouvait se faire en dix ans avec un intérêt de 5% par an.

Vente des biens de Thérèse Delphine de Villardy de Quinson, veuve du président Limaye :

  • – 97.5 hectares estimés à 36.679 livres , vendus à 109.135 livres
  • – Grand Grange, avec 90 moutons et ses deux noyers, adjugée à Jacomin, avocat de Nyons et membre de la convention, mais attribué au dixième feu pour 52500 livres.
  • – Ancien four banal acheté par la municipalité mais qui sera cédé à la caisse d’amortissement, créée par la loi du 20 mars 1813 pour faire face aux besoins toujours croissant des guerres de la fin du 1er empire.
  • – Vente du château en petites parcelles : 20 eymines de terres au château, estimées à 1000 livres, furent vendues à 5000 livres au onzième feu.

Le château de Gouvernet fut quant à lui vendu comme bien national et transformé en ferme. Une immense cheminée munie d’un four à pain fut remontée dans la cuisine.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. gouvernet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Château de Gouvernet à St Sauveur Gouvernet

A cette époque il y eut l’intervention d’une « bande noire » de trafiquants qui restait maîtresse sur le marché. Pierre Martin Blanchard en faisait partie. Romieu, administrateur du département aussi, ainsi que Sautayra, député à la Législative puis à la Convention. Pierre Vigne, officier de santé, un « faiseur de petites étoffes », quelques manufacturiers et des aubergistes s’associèrent pour contrôler les enchères, acheter au plus bas et revendre ensuite par morceaux en faisant un bon bénéfice.

Le 29.06.1794 se déroula la vente des biens de Duclos sur Mirabel qui rapporta 671 livres 8 sous. Le total de la vente des biens de Duclos, concernant Mirabel, Nyons et L’Isle sur Sorgues rapporta un actif total de 44.348 francs dont 37.142 allaient servir à payer les créanciers.

Le 28 juillet, Robespierre, mourant, est guillotiné.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. robespierre

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Robespierre guillotiné

Le 24 août, Duclos père, qui croupit au fond de sa geôle, demanda pour la première fois officiellement, les motifs de son arrestation.

Nous n’avons pu trouver aucune trace précise des agissements du marquis de Bésignan dans les archives mises à notre disposition. Il campait, semble-t-il, dans l’entourage du prince de Condé, tout en se proposant pour soutenir les différents soulèvements populaires qui agitaient sporadiquement le Midi de la France. Ses haillons, son tempérament et sa verve méridionale étaient sûrement un handicap dans ce cercle d’aristocrates. Il est facile d’imaginer que ce fils des Baronnies jouait le rôle de trublion pour les yeux et les oreilles de ces seigneurs élevés dans les plus pures traditions.

La fin d’année fut marquée par :

– L’arrestation et mort de Condorcet.

– L’éxécution de Malesherbes, de Lavoisier, de Chénier.

– Le suicide de Chamfort.

– La libération de Sade.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. chamfort

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Chamfort

chenier

Chenier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. condorcet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Condorcet

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. malheserbes et lavoisier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Jugement de Malheserbes et Lavoisier

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Sade

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le divin marquis de Sade

(NDRL :

Une seigneurie médiocre s’afferme avec terres et redevances de 1000 à 2000 livres auxquelles il faut ajouter les revenus en nature. Les revenus moyens d’un « petit noble » sont de 2000 livres par an tous revenus confondus.

Par exemple : Grignan 14.330 livres

Aleau 11.060 livres mais 830 livres de charge

Merline près Valence 1700 livres

Cheylas à Marche 1975 livres dont 177 livres de charge)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1795

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1795

Le 26 février, Marie Jeanne Martine Duclos, épouse du marquis, fut libérée de la prison de « Vienne la Patriote » en Isère, après avoir effectuée 27 mois de détention sans jamais être passée en jugement.

Le 6 mars suivant, l’arbre de la liberté de Crest fut endommagé, puis brûlé.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. arbre
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Emeute contre l’arbre de la Liberté

Et ce fut le premier avril qu’eut lieu l’insurrection parisienne contre la Convention, immédiatement. suivies de celles de Puy St Martin et de La Bâtie Rolland, les 02 et 11 du même mois.

Dans ce même mois d’avril, nous retrouvons le marquis de Bésignan à Lyon où il dirige « La compagnie de Jehu ».

« Pendant la période qui suivit la Terreur se constituèrent des bandes formées de royalistes et d’anciens Girondins qui après le 9 Thermidor, exercèrent de sanglantes représailles contre les complices de la Terreur. Dans ce contexte apparurent à Lyon et dans le Midi des agents royalistes constitués en sociétés secrètes. Parmi elles, la Compagnie de Jéhu appelée aussi par les historiens Compagnie de Jésus ou du soleil.

D’après l’ Histoire de la ville de Lyon de Montfalcon , c’est au mois d’avril 1795 que s’organisèrent à Lyon les Compagnies de Jehu. En mai 1795 elles massacrèrent une centaine de prisonniers qui avaient participé à la Terreur. Pour éviter le renouvellement ailleurs de faits de ce genre, les autorités firent transférer les prisonniers. On transporta en particulier des détenus de Bourg à Lons le Saunier et réciproquement. Ils tombèrent dans des embuscades et furent massacrés (30 germinal et 13 prairial An III).

Les auteurs des massacres de Lyon et de Bourg furent retrouvés. Un arrêté du Directoire exécutif du 13 messidor an V envoya devant le directeur du jury de l’arrondissement d’Yssengeaux (Roger Deschamps) plus de 120 individus compromis dans ces troubles et ces scènes sanglantes dont les départements du Rhone, de l’Ain, et du Jura avaient été le théatre. Les principaux accusés étaient Astier de Lyon, Gingenne également de Lyon, Picard, Piard et Pérussel du Jura, ils furent jugés devant le tribunal criminel du Puy (Haute Loire) le 8 germinal An VII. » http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=7552

Le 04 mai, on massacrait les Jacobins emprisonnés à Lyon.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. massacre Lyon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Massacre des Jacobins à Lyon

Le même jour, Joseph Dominique Bonnefoi, membre du directoire, paraphait les registres d’état civil des communes du district de Nyons.

Quatre jours plus tard, naissait au Poët Sigillat Jean Pierre Monnier dont la déclaration officielle en mairie se fera le 30 septembre 1809 soit 14 ans après !

Le 15 mai, naissait, toujours au Poët Sigillat, Louis Séguret dont la déclaration fera aussi l’objet d’un rattrapage le 30 septembre 1809…

Le 16 mai, un traité d’alliance était signé entre la France et la Hollande, tandis qu’à Paris des insurrections avaient lieu.

Condé reçoit l’ordre d’aller occuper le cantonnement de Mulheim en Brisga à deux lieues de Bâle. Son armée est maintenant à la solde de l’Angleterre et non plus de l’Autriche.

C’est à cette date que le prince de Condé tente de négocier avec Pichegru.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. pichegru
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Pichegru
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fauche Borel
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Fauche Borel

Fauche –Borel rencontre Montgaillard et Antoine Courant à Neufchâtel pour convenir d’un plan de négociation. Montgaillard, qui se fait appeler le comte de Montgaillard, s’appelle en réalité Jean Marie Roques. Il appartient à une famille honorable du Languedoc, ayant simplement des alliances dans la noblesse locale. Après avoir fait six ans de guerre en Amérique, on le retrouve capitaine en second dans le régiment d’auxerrois. Il avait quitté la France pour Londres le 3 septembre 1792. Mais on le retrouve dans Paris en 1793 et 1794, où il est logé dans l’hôtel de Malte, sis rue de la loi. Il est décrit comme « petit homme au teint pâle avec une épaule contrefaite

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. wickham
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. John Wickham

Wickham, l’agent anglais, est à Berne en juillet. Il donne ses ordres de virement à une banque de Lausanne, tenue par Mr Marcel et Carrard. Les relations sont difficiles car un foyer de dénonciation est né à Bâle chez le secrétaire de légation, Bacher, agent révolutionnaire chargé de propager les idées révolutionnaires en Suisse et en Allemagne. Chacun va donc prendre un nom d’emprunt pour éviter les poursuites :

  • Wickham = bleuet
  • Montgaillard = Pinault
  • Pichegru = banquier
  • Autrichien = Y

Le 23 mai, les royalistes se rebellaient au Buis. Les arbres de la liberté avaient été brûlés ou coupés à la hache, un peu partout, en mars et avril.

Toujours au Poët Sigillat, naissaient le 4.06.1795, les jumeaux, Jean et Margueritte Ballot qui feront l’objet de deux déclarations !

Bertrand de Montfort fit pression sur la municipalité de Buis pour désarmer 18 terroristes le 6 juin. Mais 72 citoyens de la ville demandèrent alors la destitution du conseil municipal. Le directoire du département contesta la validité démocratique des pétitionnaires et rétablit les officiers municipaux.

Le 8 juin, mort de Louis XVII, au Temple.

(Bonjour. Le faux Louis XVII est mort le 8 juin 1795 et non le 3, comme vous l’indiquez. Salutations. JC Pilayrou, jcmp@hotmail.fr. A lire : http://louisxvii.canalblog.com/)

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. mort de louis XVII au temple
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Mort de Louis XVII au Temple

Le 23 juin, les émigrés débarquèrent à Quiberon et le Comte de Provence, devenu Louis XVIII, affirma sa volonté de restaurer la monarchie absolue «sans les abus».

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Débarquement à Quiberon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Débarquement à Quiberon des troupes émigrées

Il réside alors à Vérone, est appelé jusqu’alors Monseigneur le Régent par les émigrés. Ses conseillers sont désignés à l’époque :

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. comte de Saint Priest
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Comte de Saint Priest

Le comte de Saint Priest, ministre de son frère, qui est actuellement ministre chargé de mission à St Petersbourg et à Vienne et qui restera éloigné jusqu’en 1797.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. duc de La Vauguyon
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Duc de La Vauguyon

Le duc de La Vauguyon qui arrive en 1796.

Il va rejoindre dans cette cour de Vérone le comte d’Avaray, le duc de Villequier, le duc de Fleury, le marquis de Jaucourt, le baron de Flaschlanden et le comte de Cossé.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. marquis de Jaucourt
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Marquis de Jaucourt

Le comte d’Avaray est l‘éminence grise du nouveau roi, bien qu’il ne siège pas au début dans le conseil du roi, formé par le maréchal de Castries, le marquis de Jaucourt et le baron de Flaschladen. La Vauguyon va s’efforcer de détruire ou de paralyser cette influence en lui proposant de rentrer dans ce conseil.

Mais d’Avaray, qui a accompagné le comte de Provence, maintenant Louis XVIII, dans sa fuite de Paris, lors de la nuit du 20 au 21 juin 1791, est un ami fidèle, un vrai frère d’exil. Il est décrit comme un homme d’honneur, incapable de bassesse, ennemi de l’intrigue. Il répugne à se servir d’agents étourdis ou sans scrupule.

Pendant le séjour du roi à Vérone, l’agent du Directoire, Bacher, traque les émigrés à Bâle.

Fauche-Borel signale dans ses mémoires, page 270, tome 1, que le marquis de Bésignan envoyait régulièrement des rapports vantant les progrès de l’esprit monarchique dans le Comtat, au cours de l’été 1795.

Pendant les mois de mai et juin, le marquis de Bésignan, sans ordre et donc sans soutien officiel, vint participer à un mouvement insurrectionnel dans la région de Bourges. Il voulait profiter de ce complot pour s’emparer de la citadelle de Besançon et par cette occasion, nous le pensons, faire reconnaître ses talents et être enfin écouté de ses maîtres. Seulement, sa correspondance ayant été saisie sur un postillon, le marquis dut aussitôt renoncer à son projet. Recherché par la police, il se cacha quelques temps à Lyon .

Presque deux mois plus tard, dans la région de Buis les Baronnies et de la vallée de l’Ouvèze, une bande royaliste prit pour emblème le drapeau blanc et pour nom «Compagnie du Soleil». Elle avait adopté pour devise : « Nous commençons à y voir clair ». La bande s’était armée et se rendit les 02 et 03 août chez des particuliers connus comme fervents révolutionnaires. Ceux-ci n’eurent que le temps de prendre la fuite pour se réfugier à Cost dans une grange appartenant à Blanchard. Ils y furent découverts le 05 août par leurs ennemis, qui, de leur propre chef, arrêtèrent les prétendus «terroristes». Ils les amenèrent à la maison d’arrêt et obligèrent le gardien, Joseph Charreiron, à les incarcérer.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. compagnie du soleil
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Compagnie du soleil

Malheureusement pour eux, le 14 du même mois, un arrêté du directoire du département ordonna la libération des citoyens illégalement incarcérés. Ainsi les 19 royalistes furent interpellés par un corps de gendarmerie spécialement formé pour la dissolution de la « Compagnie du Soleil ». La fin de cette révolte n’intervint en fait que vers le 27 août.

Le 02 septembre, le marquis de Bésignan, Pierre Charles Joseph Marie Duclos, fit une demande officielle au district de Nyons pour être rayé de la liste des émigrés. Caché dans les derniers milieux royalistes de Lyon, il fournit, comme preuve de sa bonne foi, un certificat de résidence sur Lyon où il prétendit habiter depuis le 08 septembre 1792 et ce jusqu’au 11 janvier 1795. Mais deux lettres, annexées au dossier et datées du 13 août 1792, l’une timbrée de Berne et signée Maurice, l’autre timbrée de Rome mais non signée, vinrent contrecarrer ses espoirs. Ces courriers servirent de preuves accablantes et la demande fut refusée.

Bonaparte, général de l’armée d’Italie, vole de victoires en victoires. Il demande alors l’expulsion du roi de la ville de Vérone, sur ordre du Directoire. Le roi rejoint alors l’armée de Condé à Riegel, Mannheim, dans les états de Baden, enclave de Brisgaw. Il s’installe dans le palais du prince de Schwartzenberg. Cette arrivée de Louis XVIII donne un regain aux activités des royalistes. Wickham rejoint aussi la cour du roi de France.

Le premier octobre, les Français occupaient la Belgique.

A cette époque, débutent les premières négociations de Montgaillard avec le général Pichegru. Montgaillard est déjà en relation avec le comte d’Antraigues.

Le 05 octobre 1795, Bonaparte rétablit l’ordre à Paris. Il aida à écraser l’insurrection royaliste contre la Convention.

Insurrection
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Après l’échec de l’insurrection du 13 vendémiaire (5 octobre 1795), les mesures contre les émigrés, les prêtres réfractaires et les contre-révolutionnaires sont renforcées. Il y a des agents royalistes dans tout le pays. L’Angleterre fournit l’argent nécessaire pour acheter les appuis. Ainsi, Condé négocie avec Pichegru et l’armée du Rhin. Pendant le même temps, les royalistes de Lyon et du Sud Est annoncent un soulèvement imminent avec le soutien de Kellermann. Une lettre de Teissonnet à Wickham, deux célèbres émissaires royalistes, datée du 21 septembre 1795 parle de l’insurrection du Vivarais, des Hautes Cévennes et du Gévaudan.

Le 13 novembre 1795, Imbert-Colomès écrit à Louis XVIII qu’il aura, en trois jours, 40 000 hommes prêts à se battre sur 5 à 6 départements. Cette troupe sera sur pied de guerre en décembre. Ce royaliste de terrain veut une lettre signée de main du roi pour agir avant l’arrivée de Précy.

Le 18 novembre 1795, Bésignan, qui intriguait auprès de Condé pour avoir un commandement, est surpris en passant la frontière et laisse entre les mains des douaniers un manuscrit volumineux et une abondante correspondance qui révèle une partie des plans d’Imbert-Colomès. En fait, il s’agit d’un projet de soulèvement des contrées de l’Est, longuement organisé par l’agence de Souabe avec le concours de Wickham. Bésignan se les ai approprié lors d’un séjour en Suisse. Il les avait ensuite proposé au roi comme son œuvre personnelle, mais, dans ses allées et venues incessantes à travers les frontières, il venait de se faire prendre.

A la fin du mois de novembre, la découverte de ce complot sur Besançon entraîne une vague d’arrestations dans les milieux royalistes mais les chefs arrivent à fuir pour la Suisse ou gagnent les montagnes. Imbert-Colomès qui a fuit à Lausanne, écrit au prince de Condé au sujet de Duclaux :  « Si le Directoire exécutif avait été jaloux de la faire arrêter, c’aurait été chose facile, ce qui ferait présumer Bésignan capable de trahison puisqu’il est encore libre. » . La mémoire de notre marquis mérite probablement d’être lavée de ce soupçon, exprimé par un désappointement évident. Bésignan avait trop de comptes à rendre aux tribunaux pour espérer sauver sa tête sur le prix d’une délation. Il est surtout coupable de ses imprudences légendaires. Il se sait en disgrâce auprès du roi et surtout auprès de son protecteur, le prince de Condé. Il choisira les camps du Velay et du Forez, évitant de croiser ainsi le chemin d’Imbert-Colomès.

Deux clans se distinguent alors: les aventuriers qui ont pris part à l’insurrection armée et les pondérés qui préfèrent gagner la confiance populaire, pénétrer les administrations pour ensuite renverser la constitution et rétablir la monarchie.

Les plus extrémistes se réfugient dans la région de Jalès et aux confins de l’Ardèche, du Gard et de la Lozère. Ils sont désavoués par les princes et les agents de l’Angleterre car ils se livrent pour la plupart aux pillages et établissent une contribution forcée aux acquéreurs de biens nationaux. La haine augmente entre les « royalistes, muscadins, chouans ou brigands » et les « terroristes, anarchistes ou buveurs de sang ». Les attaques à main armée et les assassinats se répètent. Le 23 septembre 1795, les arbres de la Liberté sont arrachés dans le canton de Lamastre par un bataillon de 300 hommes. Le 1er décembre, un complot royaliste pour attaquer Villeneuve de Berg est découvert. En réponse, les jacobins, maîtres de cette ville, ordonne la perquisition dans plusieurs maisons suspectes. La journée comptera de nombreux blessés. Le 21 décembre, le département y envoie un détachement de trente hommes avec un officier de gendarmerie afin d’assurer la sécurité. Les incidents, de plus en plus violents, font tâche d’huile dans tout le Sud ; Joyeuse, Bourg Saint Andéol, Annonay.

Fin de la Convention.

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Serge Billard Baltyde

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française: 1796

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Les insurrections royalistes se multiplient dans le Sud de la France pour ces années 1796 et 1797.

Marseille, Nîmes, Aix, Toulouse, Le Puy, Tarascon.

Haute Loire, Vivarais.

Languedoc, Lyon, Provence, Cévennes; Chauffeurs, Compagnons de Jésus ou autres.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les chauffeurs en action
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. insurrect
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Insurrection royaliste

On retrouve dans la liste des agitateurs :

Le marquis de Bésignan : « véritable énergumène, bavard, agité » qui entreprend de soulever Lyon et de former une ligne qui s’étendrait de la Franche Comté à la vallée du Rhône pour faciliter l’invasion des autrichiens par les frontières de l’Est.

Le baron de St Christol, originaire du Comtat, qui veut s’emparer des grandes villes du midi.

Le chevalier de Lamothe qui mène une guerre d’escarmouche.

Le marquis de Surville, ancien officier au régiment de Picardie, à ses heures poête et à la nature chevaleresque.

Le chevalier Durieu dit le chevalier de la Lune.

Le comte de Cassaniouze, Pellamourgue.

Dominique Allier, frère de l’ancien prieur de Chambonas, fusillé avec Charrier.

Ce sont tous des royalistes dans l’âme mais ils sont rebelles à toute discipline. Ils s’irritent des ordres donnés car ils sont imbus de tous les préjugés sur les émigrés. Cependant, ces ordres, ils vont les chercher en Angleterre, auprès du comte d’Artois, en Suisse auprès de Condé, à Vérone puis à Blanckenberg auprès du roi. Louis XVIII avant de quitter Vérone avait constitué deux agences pour représenter les intêrets de la couronne.

L’agence de Suisse (puis de Souabe) est dirigée par trois hommes :

Le comte de Vezet, ancien président du parlement de Besançon.

Le général de Précy, organisateur de l’insurrection de Lyon.

Imbert-Colomès, ancien maire de Lyon, mais actuellement élu député aux Cinq Cents.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Cette agence vit des fonds anglais, versés par Wickham, qui sera remplacé plus tard par Crawford, commissaire du cabinet britannique installé en Suisse. La Banque Martin de Genève est le lieu de passage des finances necéssaires.

L’agence de Suisse est placée sous le contrôle de l’armée de Condé qui campe sur les bords du Rhin avec l’armée autrichienne.

Cette antenne est chargée de provoquer et de soutenir les mouvements royalistes de l’Est et du Midi ; Alsace, Franche Comté, Lyonnais, Velay, Languedoc et Provence. Ses agents travaillent aussi à obtenir le ralliement des généraux républicains ; Pichegru, Hoche, Moreau, Kellermann et Willot.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. hoche
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Hoche
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. kellermann

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Kellermann

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. moreau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Moreau

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Pichegru

Pichegru avait déjà rencontré le prince de Condé en septembre 1795. Une transaction financière avait été proposée en échange d’un ralliement mais les fonds avaient été détournés par les deux agents chargés des négociations, Montgaillard et Fauche-Borel.

De même, le comte d’Antraigues, agent du roi à Vérone, avait livré le secret de ces transactions au général Bonaparte.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. antraigues
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le comte d’Antraigues

L’agence de Paris est chargée de gérer les insurrections de l’Ouest. Elle avait été instituée en 1794, sur les conseils du comte d’Antraigues! Où l’on voit que les rapports sont faits d’intrigues et de fourberie… Le comte d’Antraigues est maintenant à Venise sous la protection de la Russie. Il prend le titre de ministre du régent. Il est chargé des relations entre Londres, Paris et Madrid.

Cette agence de Paris est en fait l’organe des princes émigrés. Elle est dirigée par quatre personnes ; l’abbé Lemaître, qui sera remplacé par de La Villeheurnoy, l’abbé Brottier, le chevalier Despomelles et Duverne de Praile. Elle reste en relation avec l’Espagne jusqu’à la paix puis Londres par l’intermédiaire de Dutheil. L’agence de Paris fait aussi appel à Imbert-Colomès qui est maintenant élu aux Cinq Cents. Ses relations sont très serrées avec Londres, la Suisse, Blanckenberg, la Normandie et la Bretagne. Ses principaux émissaires sont le prince Louis de La Tremoille, le comte de Rochecot, le comte de Bourmont, le prince de Carency, Fauche Borel, libraire de Neufchatel en Suisse, qui avait joué un rôle dans les négociations avec Pichegru, et l’abbé André dit l’abbé de La Marre qui servira fidèlement pendant les six années suivantes.

La fin du mois de janvier 1796 est terrible pour la ville de Largentière. Le 22, une émeute aux cris de « Vive le Comte d’Artois ! La nation sous les pieds ! Vive la famille royale ! Au diable la convention ! Vive le roi ! » fait de nombreuses victimes. Cinq jours plus tard, une foule de 200 à 300 paysans tente d’investir la ville. Après une fusillade nourrie avec la garnison de la prison, les assaillants sont obligés de se replier. Le 2 février, un détachement de 60 hommes arrive pour rétablir l’ordre. Mais 4 jours après, les délégués du département ordonnent la libération des prisonniers et inculpent le juge de paix de Largentière pour « procédure illégale ».

De même, le 5 février 1796, un affrontement avec les républicains à Lamastre renforce les tensions entre les pro- et anti-révolutionnaires.

L’autre camp se trouve devant une tâche beaucoup plus délicate pour éviter les foudres du pouvoir exécutif qui les soupçonne, à raison, de connivence avec les contre-révolutionnaires. Cependant, ils réussissent lors des élections à évincer les derniers républicains dans des villes comme Les Vans, Lamastre, Bourg Saint Andéol, Aubenas, Sumène, Vernoux, Joyeuse, Bannes et Privas. Cette dernière est d’ailleurs considérée alors comme « un nouveau Coblenz ». Ainsi, par le suffrage républicain, les administrateurs du département de l’Ardèche se comptent désormais dans le camp royaliste. En particulier, il faut citer, outre Châteauvieux, Viguier, agent du Comte d’Antraigues et beau-frère d’émigré. Cette prise de pouvoir se traduit par un assouplissement des sanctions révolutionnaires. La rentrée clandestine des émigrés est simplifiée par la délivrance sans contrôle de certificat de résidence et de civisme. L’Ardèche devient réputée pour ses mesures et des gens viennent de toute la France solliciter ces indispensables sauf-conduits. Dans certains cas, quelques passeports en blanc sont adressés à l’étranger pour favoriser le retour de familles nobles. De même, l’administration centrale protège les déserteurs en leur fournissant de faux documents. Au 7 juillet 1796, un rapport établit à 6000 le nombre d’hommes échappant aux armées de la république. Dans la même politique, le conseil de l’Ardèche ferme les yeux sur les prêtres réfractaires, ceux qui ont refusé de prêter serment à la révolution. Au début de l’année 1796, il ne reste dans le département que 5 à 6 prêtres de la constitution civile. Ils vivent dans la misère, ignorés par la population et privés de toute ressource. L’abbé Vernet obtient ainsi 125 rétractations de curés assermentés. Au début de l’année 1797, le culte dans les églises a repris, les curés tiennent à nouveau les registres de l’état civil et la population peut participer sans crainte aux processions religieuses.

Les incidents provoqués par les bataillons royalistes sont minimisés par les administrateurs qui tentent de calmer la frange jacobine qui hurle sur le peu d’empressement dans les procès des contre-révolutionnaires capturés. Les délégués du département en profitent même pour encourager la haine qui se fait jour envers ces derniers républicains au pouvoir. Sentant le danger, ceux-ci préfèrent rester sur la touche, ne pouvant que constater que le département de l’Ardèche venait de devenir un fief monarchique.

Le 25 février 1796, la rumeur évoque des rassemblements suspects autour de la région de Bannes. Les républicains craignent une nouvelle Vendée mais l’administration centrale, soutenue par la députation de l’Ardèche, rassure le ministre de la police. A cette date là, les chefs républicains de l’Ardèche, Châteauneuf, Randon, Motte, Gleizal et Saint Martin, n’ont plus les oreilles de leurs supérieurs.

A partir d’avril 1796, le département est infesté par les agents royalistes. Le plus connu, car le plus actif, est sans doute Dominique Allier, autrement connu sous les noms de Bertrand, Thomas ou François. Il possède à lui seul un palmarès impressionnant. Son frère, Claude, a été un des chefs de la conspiration de Saillans. Un autre frère, Charles, s’est battu au siège de Lyon mais a été fusillé. Quant à Dominique, il ne peut renier la fratrie. En juillet 1792, il est commandant, avec le chevalier de Melon, que l’on retrouvera au siège de Lyon, au bois de Courcy, près de Jalès. Au début de l’année suivante, il sera arrêté à la suite de l’affaire de Saillans. Le 24 août 1793, il est à nouveau arrêté, en Lozère cette fois-ci. Après une nouvelle évasion, il se retrouve sous les ordres de Précy au siège de Lyon. En septembre 1794, il est dénoncé et arrêté à Pont de Cèze alors qu’il préparait une attaque sur Alès. Il réussit à retrouver sa liberté et un an plus tard, il se trouve en Suisse pour réclamer un soutien financier auprès des agents Imbert-Colomès et Wickham. Trouvant bourse fermée, il revient en Vivarais au début de 1796. Il se déplace sous le déguisement d’un colporteur et regagne ainsi sa base dans la région de Bannes, de Berrias ou dans la forêt de Bauzon.

Dans ce clan d’«agitateurs», outre Dominique Allier, qui transmet les ordres en rapport avec le camp émigré, nous retrouvons à cette époque :

Perrochon, Fontanieu dit La jambe de Bois, Pagès, Ducros, Fabregat et Crégut. Ces personnages sont très populaires dans la région de Bannes, Berrias, Courcy et St Amboix, villages qui se trouvent à l’Est de Viviers, entre Joyeuse et Alès.

Claude Donnat Duny dit le roi de Bauzon, Claude Brun du Biage dit le Petit Saillans, Deygout-Lachamp. Ce sont les chefs des brigands et des contrebandiers qui se cachent dans les montagnes. Ils seront plusieurs fois condamnés à mort.

La troisième faction est représentée par les émigrés, la plupart chassés de Lyon. Les deux frères Verron, Laforest fils, le marquis de Saint Just, Deroudilhe la Vermalette, Durieu dit le chevalier de la Lune. Nous pouvons aussi citer le chevalier de Lamothe. Celui-ci arrive des confins du Velay et du Forez. Au début de l’an IV, il a tenté de soulever Yssingeaux. Son échec l’a renvoyé sur Lyon, où il trouve un nouveau refuge. Malheureusement, la découverte du plan d’Imbert-Colomès, transporté il faut le rappeler par le marquis de Bésignan, l’oblige à fuir encore, et cette fois dans le Vivarais. Un autre personnage, émigré en 1792, est le marquis de Surville qui, en mai 1796, se fait nommer « commandant par le roi de l’armée du Midi ».

Le marquis de Bésignan, au milieu de cet aréopage, aide le comte de Saint Christol et l’ex-prieur Béranger, qui harcèlent les républicains sur la rive gauche du Rhône.

Cette alliance entre vrais royalistes et brigands trouve sa pleine efficacité à partir du printemps 1796. Le recrutement de volontaires bat son plein. Les émigrés proposent 20 sols par jour ou 6 louis d’or pour la durée de la campagne, c’est à dire bien au-dessus de ce que peuvent faire les républicains. Les bruits courent, lancés par ces activistes, sur l’imminence d’un soulèvement des neuf départements du midi, sur l’écrasement total de l’armée républicaine et sur l’invasion prochaine des ennemis massés à la frontière.

Le 3 mars 1796, une lettre de Serrière, commissaire du pouvoir exécutif du département de la Lozère, est envoyée à son confrère de l’Ardèche. La ville de Mende s’émeut de l’arrivée d’étrangers en nombre et des rassemblements qui se font jour dans la région de Bannes. Cette lettre évoque pour la première fois le mot de « seconde Vendée ». Le chiffre de 3000 rebelles, dans cette zone entre l’Ardèche et la Haute Loire est avancé. Leur soutien financier serait assuré par la Suisse.

Dans le même temps, l’administration du département de la Drôme lance un arrêté imprimé à Valence. Ce document est diffusé dans les départements voisins pour information aux citoyens de son ressort. La Drôme demande l’aide des administrations municipales pour former un détachement de 50 hommes dans chaque canton et l’établissement dans toutes les communes de piquets extérieurs chargés de vérifier les passeports.

Sur un ton identique, Mabant le jeune, commissaire du directoire exécutif du Gard, à Nîmes, écrit le 17 avril 1796 à son collègue ardéchois. Il s’interroge sur le rassemblement de Bannes et soupçonne ouvertement dans ses phrases l’Ardèche de favoriser cette « nouvelle Vendée ».

En avril 1796, les préparatifs aux combats sont évidents. Les dépôts d’armes se constituent sous l’œil «bienveillant » de la gendarmerie.

La guérilla est à son apogée. Allier, fort d’un quartier général solide dans la région de Bannes et Barjac, se donne comme objectif Pont Saint Esprit et Nîmes. Béranger réclame les renforts de la rive gauche, dans lesquels se trouvent Pierre Duclos de Bésignan. Lamothe, en relation avec les bandes de la Haute Loire et de la Lozère, soulève la montagne. Le Petit Saillans vise Le Puy en Velay. Degout-Lachamp est chargé de Largentière et Joyeuse, à la tête d’une troupe de 300 hommes. Mais, le 4 avril 1796, ce dernier dévoile les plans au juge de paix de Jaujac, le sieur Blachère. Le général Motte renforce alors les garnisons de Joyeuse, mettant un terme aux hostilités.

Pendant ce temps, les actions continuent sur les autres fronts :

Le 7 avril, les membres du comité de correspondance de la société populaire de la ville de Pont Sur Rhône écrivent aux administrateurs du district d’Aubenas. Ils signalent qu’un des chefs fédéralistes du Gard est en train de fuir vers Aubenas. Il se nomme David Jouquier, 40 ans, et répond au descriptif suivant : «5 pieds, visage rond et plein, menton rond, cheveux noirs».

Le 16 avril 1796 : Allier, Perrochon, Fontanieu et Béranger attaquent Barjac, dans le Gard, avec une troupe de 300 soldats. Ils arrivent à désarmer la garnison, abattent l’arbre de la liberté et s’empare d’un canon. Se trouvant en nombre insuffisant, ils ne foncent pas vers Pont Saint Esprit et se retirent sur Berrias et Bannes.

Le 17 avril, donc, une partie de la troupe, forte de 150 hommes et un canon, traverse le village de Berrias.

Le même jour, la montagne, aux confins de la Lozère et de la Haute Loire est insurgée.

Le 18 avril 1796 : Le général Motte, qui a réquisitionné les gardes nationales, marche sur Barjac. La garnison des Vans culbute les chouans à Bannes. Au cours de ce combat, Dominique Allier est blessé.

Le 19 avril 1796 : A St Laurens les Bains, 60 hommes avec « fusils, tant de chasse que de munitions, et armés de sabres » s’emparent du village aux cris de «vive le roi, à bas la nation! ». Ils cherchent à libérer un prisonnier capturé à St Etienne de Lugdarès et abattent l’arbre de la liberté.

Le 20 avril 1796 : 200 royalistes, commandés par Petit Saillans et St Just, attaquent Montpezat mais se retirent rapidement. Le lendemain, un prisonnier, Jean Baptiste Brusse, est interrogé par le juge de paix, en la personne de Pierre Louis Chalas. Il donne le nom de ses deux chefs.

Le même jour, Laurent Ceysson lance ses « cocardes blanches » à l’assaut de Ste Eulalie.

Le 24 avril 1796 : Le général Motte pénètre dans la forêt de Bauzon en faisant jonction avec les bataillons de la Haute Loire. Tous les brigands ont disparu.

Le 3 mai 1796, sur les berges du lac d’Issarlès, une proclamation officielle est lancée par les généraux de l’«  l’Armée Royale et Chrétienne d’Orient».

Le 10 mai 1796, un des meneurs royalistes, Jean Baptiste Deygout dit Lachamp, 39 ans, est capturé. Son interrogatoire, daté du 26 du même mois, permet d’établir la liste nominative des principaux chefs de l’insurrection :

Vincent Thibon, Combaluzier, Fontagnet dit Jambe de Bois, Laforest dit Chopagne et Dominique Allier.

Combaluzier semble être responsable des recrutements.

L’état major est ainsi dessiné :

Dominique Allier général en chef

Fontagnet dit jambe de bois général

De Vernon, émigré général

Laforest dit Chopagne commandant

Le 3 mai 1796 : Chateauneuf Randon, un des commandants militaires, rentre à Privas sans passer par la montagne car Allier s’est vanté de le capturer, lui et son escorte.

Certains chouans sont pourtant emprisonnés mais ils arrivent pratiquement tous à retrouver leur liberté. Ainsi, Perrochon s’évade le 31 mai 1796. Pagès et Crégut se trouvent des complices dans l’escorte chargée de les accompagner. Ils seront arrêtés à nouveau quelques mois plus tard. Lamothe-Pongard, frère de Lamothe sera acquitté par le tribunal criminel mais, repris à la fin de l’an IV, il sera fusillé à Montpellier.

La guérilla évolue sur le terrain. Les actions sont menées par des bandes armées de 10 à 20 hommes qui opèrent de façon indépendante.

En juin 1796, de nouveaux rassemblements sont signalés dans la région de Bannes mais les royalistes sont inquiets car ils perdent le contrôle de leurs troupes dans des combats qui évoquent plus le banditisme et l’anarchie que l’ordonnancement de l’armée royale. Ils demandent alors au roi un commandant en chef pour les troupes du Vivarais et des Cévennes. Ils désignent comme émissaire Surville qui se rend auprès de Louis XVIII à Mannheim à la fin de l’année 1796. Le roi est alors expulsé, sur ordre des autrichiens, de la ville et rejoint l’armée de Condé en Allemagne. Bésignan se rend en premier auprès du prince de Condé pour lui exposer le but de son voyage. C’est après l’avoir entendu, que Condé le renvoyait au roi, car le roi, seul, pouvait se prononcer sur la proposition qu’apportait Bésignan. A cette époque, les messages sont codés en partition de musique, où un chiffre donne la clef à utiliser pour les notes.

L’Autriche va rompre l’armistice et passer le Rhin fin mai, puisque les armées de Pichegru et Moreau sont favorables. Mais Pichegru se retire en Arbois en juin 1796. Son nom de « guerre » est Baptiste et les correspondances secrètes se multiplient entre lui et Wickham, surnommé « Bluet ».

Fauche Borel arrive à Lons le Saunier le 23 juin puis à Arbois pour rencontrer Pichegru. Il passe par les montagnes grâce à la famille Michel et ses trois garçons et s’arrête à l’auberge du Villers.

Malheureusement, en juillet, les armées vendéennes se rendent au général Hoche, libérant ainsi plusieurs milliers de soldats qui peuvent venir renforcer le théatre des opérations sur la frontière allemande.Le roi part ensuite pour Blanckenberg car l’Autriche, qui a tenté de passer le Rhin, bat en retraite. Moreau vient de battre en effet l’archiduc Charles à Kehl le 5 juillet.L’armée de Condé s’est réfugiée en Bavière.

Le 2 septembre Montgaillard arrive à Venise dans l’espoir de rencontrer Bonaparte. Montgaillard essaie de voir le comte d’Antraigues, alors attaché à la légation russe de la république de Venise. Il lui propose de séduire Bonaparte, alias Eléonore, par les mêmes procédés que ceux utilisés dans les négociations avec Pichegru. Le comte d’Antraigues évite de rencontrer ce personnage à la réputation déjà bien douteuse.

La multiplication des opérations militaires en Allemagne au cours du mois d’octobre empêche toute relation entre l’Autriche et les royalistes.

Le 2 octobre, Condé bat à son tour Moreau à Bribach, sauvant l’armée autrichienne d’une défaite certaine. Condé part établir son quartier général à Mulheim.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Cavalerie de l’armée de Condé
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Armée de Condé

Le 15 décembre, Montgaillard rejoint Bonaparte à Milan.

En cette fin d’année 1796, l’abbé de La Marre arrive à Blanckenberg, nouvelle résidence de Louis XVIII, après un séjour à Londres et à Paris. Il vient soutenir l’idée d’un renforcement de la diplomatie avec négociations secrètes et propagande ouverte auprès du peuple français, lassé des excès de la guerre. Il favorise cette solution en dénigrant la branche armée. Le roi décide alors d’unir les différentes forces royalistes intérieures en créant trois agences qui devraient agir de concert à partir de novembre 1796 :

Une agence : Franche Comté, Lyonnais, Aubergne, Forez.

Deuxième agence : provinces méridionnales

Ces deux agences sont pacées à Constance puis partiront à Augsbourg, sous la présidence de de Vezet, Dandé, Imbert Colomès et Précy.

La troisième : le reste du royaume, dirigée par les commissaires de Paris: Brottier, Duverne de Presle et la Villeheurnoy.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. conde
Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Serge Billard Baltyde

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