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Wickham est à nouveau envoyé en Suisse pour reprendre contact avec l’agence royale. Il s’arrête à Hambourg afin de rencontrer les émigrés. Fauche-Borel, La Maisonfort,le duc de Fleury et Pichegru sont là. Ce dernier porte un nom d’emprunt, capitaine Pictet et se cache en Saxe Gotha en attendant le retour de David Monnier. Le duc de Fleury demande des garanties sur Barras. Après l’arrivée de David Monnier, les relations entre ces différents compères sont au plus bas. Le 7 mars, Monier, sous la direction de La Maisonfort, écrit au roi pour se plaindre du peu de confiance manifesté par l’émissaire royal. Il demande dans cette même lettre que La Maisonfort puisse avoir une entrevue avec Louis XVIII.

A cette époque les troupes françaises plient sur tous les fronts. Les demandes de Barras sur sa «sûreté et indemnité» semblent de plus en plus crédibles. David Monier repart donc pour Paris afin de servir de principal interlocuteur auprès de ce directeur.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. paul de barras

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Paul de Barras

Au mois de mai, Fauche-Borel, le duc de Fleury et La Maisonfort décident de partir chercher un soutien financier auprès du tsar. Ils passent par Berlin afin d’obtenir les passeports nécessaires à leur voyage en Russie. Ils en profitent pour échanger leurs chapeaux car Paul 1er oblige par décret au port du chapeau à trois cornes. Tout porteur de chapeau rond peut être interpellé.

Ils font halte à Mitau, auprès du roi Louis XVIII. A la suite de différentes intrigues, seul La Maisonfort sera désigné pour aller rencontrer le tsar à Saint Petersbourg et le mettre au courant des négociations avec Barras. Afin d’atténuer les regrets de Fauche-Borel, le roi lui confie une autre mission. Il doit rejoindre Pichegru puis se rendre à Londres. Dans le même temps, on le charge de porter à David Monnier qui réside à Hambourg, les lettres patentes destinées à Barras datées du 8 mai. Ces courriers lui assure sûreté devant les tribunaux du royaume et une indemnité de 12 millions de livres tournoi pour lui ainsi que la couverture de tous les frais engagés dans le mouvement insurrectionnel.

Louis XVIII attend avec impatience la réponse du tsar. Il pense pouvoir jouer un rôle essentiel dans la coalition qui se fait jour. Les conditions ne peuvent guère être plus favorables. Sans compter la négociation avec Barras, il y a quatre projets:

  • Pichegru qui, soutenu par les russes, pourrait traverser les frontières de l’Est et envahir la Franche-Comté.
  • Willot, aux avant-postes autrichiens, se chargerait du Dauphiné et de la Provence.
  • Précy qui travaille à soulever Lyon, Le Puy, Rodez et Mende.
  • Et enfin, Dumouriez et son plan de débarquement en Normandie à la tête d’une armée anglo-danoise.

Une ombre reste au tableau : Pichegru ne se rend pas en Suisse où on l’attend avec les armées russes. Il reste encore au 21 juin dans le duché de Brunswick, bien que le roi lui ait reconnu le rôle d’unique interlocuteur dans les pourparlers avec Barras.

Le 15 mai 1799, La Maisonfort est reçu à Saint Pétersbourg.

Il y rencontre le comte de Blacas, futur ministre de Louis XVIII lors de la restauration.Il modifie légèrement les propositions pour en faire des exigences.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. BLACAS

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le comte de Blacas

Il demande au tsar des sommes considérables pour le projet Barras, d’en être l’unique responsable, d’avoir personnellement de passeports et autres recommandations pour la Suisse, Hambourg et l’Angleterre.

Bien entendu les russes refusent de s’engager et en particulier sur deux points :

Les finances

La guerre en France, présentée comme une libération donc sans partage des territoires conquis par les coalisés.

Le 25 mai, La Maisonfort rentre à Mitau avec une simple lettre de recommandation auprès du gouvernement anglais.

Le 4 juin, LaMaisonfort quitte St Petersbourg pour arriver à Mitau le 8 juin. Il est reçu par le roi qui lui remet la croix de St Louis ainsi que les galons de colonel.

Le 16 juin, Barras arrive à se débarrasser des trois chefs extrémistes du Directoire. Il devient, avec Sieyès, le maitre du Directoire. Malheureusement pour lui, Sieyès est probablement au courant, en tant qu’ancien ministre de France à Berlin, des tractations secrètes entre les royalistes et Barras. Leur arrivée au pouvoir entraîne paradoxalement la montée en puissance du mouvement jacobin, extrémiste qui pourchasse les émigrés. Sieyès fait arrêter David Monier qui sera emprisonné au Temple. Barras fait nommer Fouché à la police et obtient en échange la libération de Monier.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Joseph Fouché

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Joseph Fouché, duc d'Otrente

Entre temps, la cour de Mitau a beaucoup à faire. Le 2 juin, la reine arrive à Mitau, suivie de Madame Royale, fille de Louis XVI et donc nièce de Louis XVIII, qui, après sa captivité au Temple, avait trouvé refuge en Autriche.

Cette dernière va épouser le duc d’Angoulème le 10 juin, dans cet îlot d’exil.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Mariage du Duc et de la Duchesse d'Angoulème

La Maisonfort est invité à la tables des princes et l’on parle beaucoup du futur. Il repart le lendemain. Il sera à Essen le 20 juin.

Le 24 juin, La Maisonfort est en Westphalie avec Pichegru et Fauche-Borel, qui ne s’est pas rendu en Angleterre, sous prétexte qu’il attend les réponses de David Monnier. Ils font tous les trois des allers et retours à Augsbourg où se trouve maintenant l’agence royale, sous la direction de Wickham. Ils mettent au point un petit corps d’armée qui, sous le commandement du comte d’Artois, devrait rentrer en France, derrière les alliés, par la Suisse et Besançon. Dumouriez, déçu par le non-soutien des Anglais, dans son plan de débarquement en Normandie avec les troupes danoises, se rapproche de plus en plus des belges qui lui proposent de prendre la tête d’une insurrection armée.

A ce moment là, David Monnier envoie un courrier annonçant qu’il abandonne définitivement les pourparlers avec Barras. Pichegru, apprenant cette nouvelle, se retire du complot et part en Suisse. Ne voulant pas abandonner leur grande idée, Fauche-Borel et La Maisonfort se retirent à Hambourg.

Le marquis de Bésignan est signalé en Franche Comté où il fait partie de l’insurrection. Il est arrêté mais réussi à s’évader.

Les premières campagnes alliées en 1799 sont couronnées de succès :

En Allemagne, Jourdan est battu par l’archiduc Charles.

En Italie, Scherer est rejeté de l’Adige puis Moreau recule devant Souvarov.

En Suisse, les armées russes et autrichiennes envahissent le pays.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Suvorov_Gotthard

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Suvorov au passage du col du Gotthard

Le roi Louis XVIII insiste à nouveau pour prendre la tête des troupes alliées mais, cette fois ci encore, il n’aura aucune réponse. Les coalisés, et surtout l’Angleterre et l’Autriche, veulent obtenir la paix avec la France et son gouvernement et ne considèrent pas comme obligatoire la nécessité de rétablir une monarchie. Les émigrés sont considérés comme des protégés et sont tenus à l’écart des pourparlers.

Dès juillet, le roi et d’Avaray décident de rentrer en contact avec le général Bonaparte. Celui-ci est encore en Egypte et les différents courriers restent lettres mortes.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. bonaparte

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bonaparte

L’affaire Barras semble tomber à l’eau et faire maintenant partie des nombreuses intrigues qui ont émaillé l’histoire de l’émigration. Fauche Borel et La Maisonfort n’ont pas abandonné. Ils sont à Wesel lorsqu’ils reçoivent deux lettres de David Monier, datées du 7 et 12 juillet, qui sont très vagues. Le 6 août Fauche Borel écrit à Paul 1er pour le prévenir qu’il prend à son compte les contacts avec Barras. Il lui demande son autorisation car il faut se souvenir que l’éditeur est sous l’autorité du tsar.

C’est à cette date qu’un inconnu, se disant français et émigré, se présente à Londres au duc de Portland, ministre de l’intérieur. Il se fait appeler « Paradis ». Après un long entretien avec l’homme d’état, l’inconnu obtint la promesse d’être logé et nourri aux frais de la couronne, à la condition de vivre retiré, de ne voir personne sans l’assentiment des autorités anglaises, de ne recevoir aucune correspondance et de ne pas en envoyer. Au bout de quelques jours, Paradis est autorisé à rencontrer le duc d’Harcourt, représentant du roi Louis XVIII. Il se présente: Marquis de Bésignan, et explique ses démarches. Il s’est mis en rapport avec une parente de Barras et a reçu d’elle l’assurance que ce directeur, très disposé à rétablir la monarchie, n’exigeait pour le prix de ses services, que le gouvernement d’une île française.

« Monsieur Paradis, écrivait ironiquement d’Harcourt, demande qu’il lui soit remis la légère somme d’un million pour la distribuer à quatre officiers de l’état major de Paris qui veulent, si le Directoire n’est pas pour le roi, se tourner contre lui. »

D’Harcourt ayant objecté la détresse du trésor royal, Bésignan répliqua, non sans désinvolture, que le paiement qu’il demandait ne constituait qu’une avance qu’il serait en état de rembourser au bout de quinze jours. Ce délai devait suffire aux conspirateurs pour s’emparer des caisses publiques. Et , comme il insistait, le représentant du roi ne put l’éconduire et s’en débarrasser qu’en lui répondant que d’autres agents s’occupaient déjà d’une négociation analogue.

Mais Bésignan ne se tenait pas pour battu.

La semaine suivante, il écrivait au comte d’Artois pour demander la conservation des pouvoirs qu’il tenait du roi,

« les pouvoirs qu’il a d’organiser le Midi de la France et de prendre toutes les mesures pour engager les fidèles sujets du roi à s’armer pour renverser partout l’idole du crime, y replacer les autels de la vraie religion et aller aux frontières ouvrir le passage au souverain légitime. »

Dans cette lettre, Bésignan ajoutait :

« Je ne demande pour Paris et pour y faire proclamer le roi avec sûreté, après avoir renversé le trône de l’impie, que la somme de quatre millions : savoir un million pour l’état major et les trois autres pour acheter la garde des deux conseils et payer sa solde pendant trois mois. »

Le comte d’Artois ne prit pas plus au sérieux que ne l’avait fait d’Harcourt les propositions et les requêtes du marquis. Quand elles furent connues à Mitau, il n’en était déjà plus question à Londres. Le roi resta convaincu que Bésignan, ayant surpris à Berlin au ailleurs quelque écho de l’affaire imaginée par Fauche-Borel, s’était empressé de se l’approprier pour en tirer profit.

L’Ardèche : En juillet 1799, une colonne de 600 hommes arrive sous les ordres de Nivet, acquis aux volontés des jacobins. Les colonnes infernales organisent des expéditions dans tout le Tanargue. La chasse aux brigands du roi reprend violemment dans toute l’Ardèche et la Lozère pendant le mois d’août jusqu’au 8 septembre.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. colonnes

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. colonnes

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les colonnes infernales

Pendant ce temps, Tristan Blanc s’empare d’Aubenas le 31 août. La guérilla est totale entre deux troupes entraînées et se livrant aux pires exactions. Pendant les mois de septembre et octobre, Leynaud de la Souche est tué mais la plupart des chefs royalistes capturés ne sont pas condamnés. Les jurés ont peur des représailles.

L’armée républicaine subit revers sur revers : Trébia, Turin, Mantoue. Le roi des deux Sardaignes peut rentrer en triomphateur à Naples.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. trebia

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bataille de Trebia

Le 17 août , un émissaire du roi rencontre Dumouriez sur Hambourg. Willot vient d’arriver d’Angleterre. Ils décident d’un plan de débarquement sur le littoral provençal, avec le soutien de l’armée autrichienne. Ils se séparent quelques jours plus tard. Dumouriez va se mettre à la disposition du tsar tandis que Willot rejoint Wickham.

Au mois de septembre, malgré les différents échecs, Fauche-Borel tente de rentrer directement en contact avec Barras. Celui-ci se doute d’un complot et en informe Fouché, ministre de la police. David Monnier est arrêté. En fait, il s’agissait dès le début, et sur les aveux de Monnier, d’une véritable escroquerie, montée de toutes pièces par David Monnier qui voulait récupérer les sommes consacrées aux insurrections par les émigrés.

La lettre de Fauche Borel adressée à Barras est lue pendant une séance du directoire sur la demande de Talleyrand, ministre des relations extérieures. La réponse officielle sera faite, avec reprise des négociations, le 10 septembre.

En fait deux clans se font face au directoire, Barras de plus en plus esseulé et Sieyès allié aux frères Bonaparte. Barras envoie Tropez de Guérin comme émissaire officiel pour les négociations. Son titre est « envoyé extraordinaire, ministre plénipotentiaire de la République Française ». Il se rend à Wesel pour voir Fauche Borel le 24 septembre. Les discussions vont durer jusqu’au 2 octobre. Le rendez-vous officiel, pour l’échange des traités est fixé pour le 26 de ce mois à Franckfort.

Pendant ce temps,le marquis de Bésignan imaginait des plans de plus en plus audacieux. C’est ainsi qu’il soumit:

  • Un plan d’organisation des troupes royales
  • Une capitulation au roi de Suède pour une légion de 11.000 à 12.000 hommes

(archives du Ministère des Affaires Etrangères : inventaire sommaire, août à décembre 1799)

Le 19 septembre, victoire du général Brune en Hollande sur 40 000 anglorusses commandés par le duc d’York.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. brune

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le Général Brune

Le 26 septembre, victoire de Zurich par Massena sur les armées russes et autrichiennes de Korsakof puis sur l’armée italienne de Souvarov. Cependant, la bataille de Zurich, le 25 septembre amène un coup d’arrêt. Des soldats de Massena trouvent dans la malle de Korsakov des documents faisant état des tractations avec Barras.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. zurich

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Bataille de Zurich

L’abbé de la Marre est chargé officiellement de rentrer en contact avec le général Bonaparte qui vient de rentrer d’Egypte. Celui-ci débarque à Fréjus le 9 et arrive à Paris le 16 octobre.

L’émissaire de Louis XVIII part pour l’Angleterre le 20 décembre avec les lettres et les pouvoirs à remettre à l’abbé de la Marre. L’abbé de la Marre est en poste à Londres où il a mis son temps à profit pour observer le monde des émigrés français.

Pendant ce temps deux choses se sont déroulées:

le 9 novembre, après un rapide coup d’état, le consulat est déclaré officiellement en France. L’abbé de la Marre a rejoint Paris puis est parti en Russie. Les lettres pour Bonaparte sont lettres mortes. Barras envoie ce même 9 novembre Tropez de Guérin à Franckfort pour rencontrer Fauche Borel. Il reçoit l’ordre de retourner sur Paris lors de son passage à Mayence et se présente le 16 devant Bonaparte.

Le tsar ne répond pas à Dumouriez et se retire de la coalition. Le 21 octobre, il demande au prince de Condé de ramener ses troupes en Wolkynie.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. instauration du consulat à vie

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Instauration du consulat à vie.

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Serge Billard Baltyde