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Le petit général vient de remporter une victoire qui le rendra célèbre le 14 janvier 1797. Rivoli et l’écrasement des Autrichiens ont un retentissement énorme.

Le marquis de Bésignan arrive à Blankenberg au début de l’année.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Château de Blakenberg

Le roi est à ce moment beaucoup plus favorable à une attitude d’attentisme. Il ne veut pas soutenir un combat officiel et préfère laisser agir les mentalités. Les principaux dirigeants révolutionnaires semblent prêts à accepter le retour d’un régime monarchique adouci. De plus, la médiocrité des résultats obtenus par les chefs, incontestés jusqu’alors, des insurrections royalistes à l’intérieur du territoire français laissent à penser qu’il faut maintenant s’appuyer sur de nouvelles têtes. Quitte à les chercher dans un monde théoriquement opposé.

La Prusse et l’Espagne ont conclu la paix avec la France. L’Angleterre négocie dans le même but. La Russie, quoique favorable aux Bourbons, n’est pas décidée à prendre les armes. Si l’Autriche ne les a pas encore déposées, c’est qu’elle est dans l’espoir de démembrer la France et bouleverser ses frontières.

Le roi ne peut donc compter, pour conquérir son trône, que sur le dévouement de ses sujets et sa propre habileté. Ce sont les propos soutenus entre autres par l’abbé de la Marre, le comte d’Avaray et le baron d’André, fidèles serviteurs de la cause royale qui croient à la négociation possible avec certains membres du Directoire, du conseil des Anciens et de celui des Cinq Cents. Cet abbé de La Marre est à cette époque là déjà dans les salons de Blanckenberg. Un tel langage a suffi pour éclairer le roi sur l’inefficacité comme sur le prix des mouvements insurrectionnels.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le conseil des Cinq cents

C’est donc dans cette ambiance circonspecte que le marquis de Bésignan arrive, à l’improviste, au camp de Blanckenberg.

Sa réputation l’a précédé.

Employé par le prince de Condé dans ses rapports avec les royalistes de France, sa conduite, jugée bien souvent imprudente, ne pouvait pas encore remettre en cause son dévouement.

Son caractère fougueux, son langage exalté et ses bravades faisaient partie de son personnage. Mais il était aussi réputé pour accomplir tout ce qu’il promettait de faire. Envoyé par le prince de Condé, il allait être reçu par le roi et ses conseillers.

Le 12 janvier 1797, le comte d’Avaray rédige le compte rendu qu’il vient d’avoir avec Pierre Duclos. Ce rapport doit être soumis au conseil du roi qui devait se réunir le lendemain.

Le marquis de Bésignan était, à l’en croire, intimement lié avec le comte de Grabianka, noble polonais établi depuis 1783 en Avignon. Depuis le commencement de la révolution, il avait rendu d’éminents services aux royalistes au prix même de sa fortune. Pour mieux les servir, il entretenait même des relations avec certains chefs du parti révolutionnaire; Carnot, La Revellière, Letourneur de la Manche, Isnard, Rovère et bien d’autres. Il arrivait à leur faire admettre qu’une victoire des monarchistes était encore possible et qu’il leur fallait ménager leurs arrières. Les principaux membres du Directoire, et plus particulièrement Barras et Carnot, semblaient eux aussi prêts à négocier. Cependant, ils refusaient de le faire directement et avait besoin d’un intermédiaire et éviter les agents royalistes de Paris. Le comte de Grabianka était le seul à trouver grâce à leurs yeux.

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Carnot

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. La Revellière

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Letourneur de la Manche

Le marquis de Bésignan était donc un simple émissaire.

Il venait chercher une personne de confiance munie de pouvoirs royaux pour entendre les propositions qui seraient faites par les membres du Directoire et du conseil des Anciens afin de leur assurer le pardon du roi. Pierre Duclos ajouta que la personne qui serait désignée trouverait à Lausanne tous les passeports et les titres nécessaires pour circuler librement.

Bien que le projet présenté par Bésignan ne pouvait mieux tomber dans ce vent nouveau qui soufflait dans l’entourage royal, le comte d’Avaray reste suspicieux. Il était surtout étonné que le marquis puisse se présenter sans aucune preuve tangible de ses projets, sans aucun écrit ou même témoin. La mise sur la touche des agents de Paris, qui avaient toujours eu la confiance du roi, le laissait encore plus perplexe. Il sentait bien que cette négociation finirait un jour ou l’autre par parvenir à leurs oreilles et que leurs relations privilégiées finiraient pas dégrader. Or, il n’y avait pas plus fidèles conspirateurs sur la place de Paris. Il ajouta dans son rapport:

« D’ailleurs, si ce projet n’est pas une chimère, il deviendra l’opération principale. Toutes les autres devront cesser ou, plutôt, céder au mouvement qu’elle leur imprimera et concourir à son succès. Dès lors, comment la céder aux agents de Paris? »

Devant ces interrogations, bien légitimes, Duclos ne trouva rien à répondre. Les arguments utilisés semblaient bien faibles. Au bas du rapport, d’Avaray consigna alors de sa propre main l’opinion qu’il avait de ce projet extravagant et indique la seule solution qui lui semblait viable:

« Bésignan est un fol qui compromettrait le Père Eternel. Il est venu dans l’espoir de rentrer en grâce en donnant un grand témoignage de zèle. Toute cette affaire est un roman dont les personnages seuls existent. Bésignan espère qu’on lui remettra des pouvoirs. Il m’a déjà parlé d’un projet de contre-révolution au cas, inattendu, où l’affaire ne réussissait pas.»

Une seule conclusion semblait s’imposer. Il fallait congédier le marquis mais avec beaucoup de politesse. On pouvait le renvoyer au Prince de Condé avec une lettre du roi indiquant que Sa Majesté allait prendre les moyens nécessaires pour s’éclairer sur la vérité des faits. Ensuite, Bésignan retournerait auprès du comte de Grabianka afin d’obtenir les passeports et les rapporterait au roi. Pendant ce temps, les agents de Paris seraient mis au courant de ce projet.

Quant à Bésignan, « sans oublier qu’un sot peut ouvrir parfois un avis important », on le tiendrait, autant que possible, en dehors de ces négociations. C’est en ces termes que le rapport fut remis le lendemain au conseil du roi. Seul le duc de La Vauguyon combattit l’opinion de d’Avaray, mais ses propositions, qui ne concernaient pas non plus le marquis, furent unanimement repoussées.

Bésignan partit quelques jours après vers Lausanne pour récupérer les passeports promis par le noble polonais.

Pendant ce temps, l’abbé de La Marre fut chargé d’avertir les agents de Paris et de vérifier leur travail de propagande, en particulier la possibilité d’un soulèvement d’une partie de l’armée républicaine de l’Ouest, commandée par Hoche, sous l’égide d’un chef chouan, le comte de Rochecot, ami avec le général de Beauregard, commandant en second de cette armée. Mais ils attendent l’envoi d’un prince de sang pour prendre la tête du la révolte et en particulier, le duc de Bourbon qui réside à Londres. Le roi préfèrerai un Condé ou alors le duc de Berry, un de ses neveux qui combattit avec Condé, âgé de 19 ans.

Les rapports des contacts avec l’Angleterre arrivent à Blanckenberg le 25 janvier 1797. Ils confirment le soutien financier pour les deux agences.

Quelques jours plus tard, le 31 janvier, le prince de Carency trahit et donne tous les renseignements à Barras. Trois des agents parisiens sont arrêtés : Brottier, La Villeheurnoy et Duverne de Praile.

Pichegru est dénoncé et sera envoyé à Cayenne.

Après cette arrestation, les agents sont remplacés par l’abbé d’Estrigny, directeur de l’agence royale du Pas de Calais et par le comte de Rochecot qui va assurer l’intérim jusqu’au 22 février 1797. Seul rescapé, Despomelles arrive à s’enfuir et rejoint Wickham en Suisse avec un grand nombre de députés. Ces arrestations entraînent la disgrâce du duc de La Vauguyon car il est le père du prince de Carency. D’Avaray a été le témoin des discussions entre le père et le fils, où tous les secrets étaient révélés. S’en est fini de l’option constitutionnelle, prête à composer avec la république.Pour désarmer La Vauguyon, le roi nomme le comte de Saint Priest, alors à Vienne. Celui-ci ne reçoit pas le courrier, en fait bloqué par La Vauguyon. Ce geste entraînera sa révocation définitive le jour des Cendres, 13 février 1797. Il part pour Hambourg où il arrive le 7 mars suivant. De cet asile, il fait imprimer puis répandre en Allemagne, Angleterre et France, les lettres qu’il avait écrite pour sa défense à Louis XVIII.

Le prince de Carency ajoute, dans les dépêches parisiennes, différents échos témoignant de la mauvaise gratitude du roi vis à vis de ses fidèles.

Pendant ce temps, Montgaillard a volé des papiers compromettant pour Condé, dans ses relations avec Pichegru. Il se réfugie à l’auberge du Faucon à Neufchâtel et demande une rançon de 500 louis d’or le 25 mars.

Fauche Borel lui vole les papiers dans la chambre à 5 heures du matin ce même jour. Il découvre que les vraies lettres sont en fait cachées chez la veuve Serini à Bâle. Il obtient sans problème de cette dame la restitution des 17 lettres de Condé.

L’abbé de La Marre est chargé de recréer une agence sur Paris mais il obtient dans son règlement l’abandon du système royaliste insurrectionnel.

Le roi conseille même à Condé, qui stationne à Mulheim, dans une lettre du 7 avril 1797 de suivre ses actes et d’arrêter les combats. L’abbé de La Marre quitte Blanckenberg le 5 avril pour se rendre à Paris. Il utilise une des trois voitures mises à disposition par le roi pour ses émissaires.

Il n’y a toujours aucune nouvelle du marquis de Bésignan qui devait aller à Lausanne chercher les passeports promis par le comte de Grabianka et nécessaires aux personnes que le roi enverrait à Paris pour négocier avec le Directoire.

En fait le marquis ne risquait pas de donner signe car le polonais n’avait pu se procurer ces faux documents. Le roi ne fut ni déçu, ni surpris, tout comme d’Avaray, car il n’avait guère cru « aux belles promesses de ce fou de Bésignan ».

Cet épisode, ainsi que la vague d’arrestations dans la capitale, semblaient montrer que les négociations avec le Directoire pouvaient être considérées comme compromises.

Pourtant, il restait quelques projets, fruits des contacts travaillés par Sourdat, un des nouveaux agents de Paris. Barras et Carnot semblaient prêts à céder sur deux points: l’établissement du roi dans une principauté proche de la frontière et le financement officiel par le directoire des représentants de la monarchie. Mais la nomination des nouveaux agents de Paris est difficile. Le nom du prince de La Trémoille mécontente Wickham qui envoie un de ses agents pour créer et entretenir les dissensions. Ainsi, l’abbé de Dampierre et l’abbé d’Estrigny se dérobent. Pichegru aurait pu être désigné mais il vient d’être élu président du conseil des Cinq Cents.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. prince de La Trémoille

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Le prince de La Trémoille

Un compromis est trouvé avec deux têtes, le prince de La Trémoille, choisi par le roi, et le baron d’André, préféré par Wickham. Les contacts avec Barras et Carnot s’intensifient. Ces derniers proposent de lever une armée de plus de 100 000 hommes à laquelle l’armée des émigrés pourrait se joindre. Ces affirmations de Sourdat sont combattues par l’abbé de La Marre.

Le roi écrit aux français le 10 mars. Son papier est publié par Fauche Borel qui se charge aussi de sa diffusion.

Après les victoires de Bonaparte en Italie, l’Autriche demande une trève qu’elle signe à Leoben. Les royalistes décident alors de tout faire pour peser sur les prochaines élections en France. Des listes sont dressées de personnages susceptibles d’être achetés au moment des elections.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. leoben

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

En Ardèche, les clans commencent à se déchirer. Lamothe blesse Allier et garde la montagne dès le printemps 1797. Il a la main sur des bandes de « chauffeurs » qui torturent et violent.

En avril 1797, les élections se déroulent sous la terreur. Les royalistes prennent tous les postes décisionnels. Les jacobins fuient le département de l’Ardèche.

Le 16 mai 1797, Bonaparte renverse le gouvernement de Venise. D’antraigues est obligé de fuir avec le ministre de Russie. Il sera arrété le 21 mai à Trieste sur ordre de Bernadotte puis mis au secret afin de lui faire avouer ses tractations avec Pichegru. Devant sa résistance, qui semble à postériori logique car il ne connaissait pas Montgaillard et avait surtout passé le temps à fuir ce personnage, les républicains fabriquent de faux documents sur une correspondance factice entre les royalistes et le général Pichegru. Pendant ce temps, Pichegru et Imbert Colomès sont élus au conseil des cinq cents et Pichegru en devient président.

Le 13 juin 1797, en Ardèche, Lamothe et Vialle, son aide de camp, sont capturés puis transférés au Puy. Le premier va mourir en prison le 14 novembre suivant dans des circonstances inexplicables.

Le 18 août 1797, fut capturé à Nyons, Jean Pierre Dumaine dit Montauban, chef de la «Compagnie du Soleil», à la tête d’une bande organisée qui dévalisait les courriers postaux. Il sera purement et simplement relâché en ayant fourni de faux certificats et passeports.

En août 1797, Surville revient. Sa mission a échouée. Le roi et Condé refusent de lui donner le commandement. Il rentre en Vivarais malgré l’interdiction formelle des princes. Pourquoi continuer une lutte armée quand on sait qu’à partir du mois d’octobre 1797, toutes les administrations de l’Ardèche sont aux mains des royalistes. Divers décrets préparent alors une restauration monarchiste. Le retour des émigrés est à nouveau favorisé, les cultes autorisés, les acquéreurs de biens nationaux les abandonnent, contraints ou forcés, la désertion est encouragée par la délivrance d’autorisations provisoires pour rester dans les foyers en attendant un congé définitif.

Dominique Allier reprend contact depuis quelque temps avec ses partisans ; Perrochon, Pongard, Surville, Gallier et Chabert. Il tente de réorganiser le parti contre-révolutionnaire avec l’appui des émigrés de la rive gauche, aux ordres de St Christol.

Le 28 août d’Antraigues s’échappe de la prison de Milan grâce à l’intervention énergique de sa femme. Il tente alors d’expliquer dans une missive bien alambiquée les différentes falsifications dont il a été témoin. Il demande à Fauche Borel de bien vouloir diffuser ce libellé mais celui-ci avoue que les explications noircissent la vérité et restreint de sa propre initiative la diffusion du document.

Le 18 fructidor, 4 septembre 1797, reste une date clef dans l’histoire de la révolution française.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. 04_09_1797

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Coup d'état du 18 fructidor

Le directoire exécute un véritable coup d’état contre la majorité du Conseil des Anciens et du Conseil des Cinq Cents. C’est la période la plus favorable aux entreprises royalistes et au rétablissement d’une monarchie constitutionnelle. Cependant, la Convention qui vient d’être dissoute, a décrété avant de disparaître que les 2/3 de ses membres figureraient de droit dans la nouvelle assemblée. Donc, seul 1/3 des membres sont à élire mais ils peuvent être choisi dans les éléments les plus favorables à l’arrêt des excès de la révolution.

Il est vrai que plusieurs points indiquent l’essoufflement des conflits. Les émigrés sont éparpillés en Angleterre, Suisse, Allemagne, Russie et Suède. La Vendée est frappée par le désastre de Quiberon.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. quiberon

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Désastre de Quiberon

La Prusse et l’Espagne ont signé un traité de paix, l’Autriche veut les imiter.

Si l’on fait le tour des différents camps émigrés :

Le prince de Condé campe dans le pays de Bade, parmi les autrichiens qui le tiennent en défiance et ne l’emploient pas. Les troupes de Condé sont à la solde des autrichiens qui sont prêts à demander la paix. Condé négocie donc avec la Russie et son tsar, Paul 1er, pour obtenir qu’il les prît à son service. Déjà, les émigrés ont revêtu l’uniforme moscovite et passent en Wolkynie, dans la Pologne russe, avec le prince de Condé, son petit-fils le duc d’Enghein et les deux fils du comte d’Artois, le duc d’Angoulème et le duc de Berry.

Le comte d’Artois,lui,réside en Ecosse, dans le château de Holy Rood, près d’Edimbourg, depuis 1795, à son retour de l’île d’Yeu.

Le duc de Bourbon, fils unique de Condé et père du duc d’Enghein, vit à Londres mais se tient prêt à rentrer en France pour prendre la tête d’une insurrection. Il attend les ordres du roi, évitant les contacts avec le comte d’Artois qu’il ne peut supporter.

Le roi, Louis XVIII, est ,à cette date, à Blanckenberg, dans le duché de Brunswick en Allemagne. Il est entouré de deux conseillers très influents, le duc de La Vauguyon et le comte d’Avaray.

Ce dernier est l’ardent défenseur du rétablissement de l’ancienne monarchie, alors que La Vauguyon est partisan d’une solution plus douce, faite de compromis avec le pouvoir actuel, en vue d’une monarchie constitutionnelle.

L’agence de Paris a créé un Institut Philanthropique qui est, en fait, l’organe de propagande officielle des idées royalistes. Cet institut, sous la houlette de Despomelles, dispose de comités dans chaque chef lieu de département. Dans le même temps, les royalistes forment une légion de volontaires sur Paris appelée «les collets noirs».

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. collets noirs

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Les collets noirs

Au début de septembre, donc le 4 pour être exact, Barras, aidé de Augereau, envoyé par Bonaparte, risque un coup d’éclat.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. barras

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Barras

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. augereau

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Augereau

 

Il fournit les «vraies fausses» preuves d’un complot entre Pichegru et les royalistes, à partir des «vraies fausses» lettres du comte d’Antraigues, écrites en fait par le géolier de ce dernier. Le Directoire exécutif déclare « La patrie en danger », ce qui entraîne une vague d’arrestations quand Barras dévoile le complot royaliste. Le Directoire annule les élections dans 49 départements.

De nombreux royalistes se réfugient en Suisse, dans la demeure de Fauche Borel. Ils sont aidés matériellement par le maire de Neufchâtel, Monsieur de Pierre.

L’abbé de La Marre se réfugie en Suisse puis à Blanckenberg, mais pense déjà à approcher le général Bonaparte qu’il évoque dans ses courriers du 29 septembre 1797.

Fauche-Borel essaie, lui aussi, de fuir Paris. Cet homme est décrit de la façon suivante :

« haute taille, forte corpulence, cheveux ébouriffés et grisonnants sur une tête massive, traits lourds et communs, gros yeux clairs à fleur de tête, sans expression, mains à la peau rude.

Ce personnage, que l’on va retrouver plusieurs fois dans les diverses intrigues, est officiellement établi comme éditeur à Neufchâtel en Suisse. Là, il gagne progressivement la confiance des émigrés qui le chargent de différentes missions. C’est ainsi qu’il sera l’adjoint de l’espion Montgaillard lors de la négociation avec le général Pichegru. Fauche-Borel est arrivé à Paris à la mi-août 1797 pour reprendre contact avec ce général devenu président du conseil des Cinq Cents. L’éditeur suisse est logé à l’hôtel du Nord, rue de Richelieu, sous le nom de Frédéric Borelly. Après l’arrestation de Pichegru, Fauche-Borel est traqué dans la ville de Paris qu’il n’arrive pas à quitter. C’est alors qu’il rencontre David Monnier, qui l’héberge. Ce dernier a comme ami un nommé Botot qui est le secrétaire de Barras. Il peut lui fournir un faux passeport. Il peut enfin quitter la capitale le 13 septembre et rejoint Neufchâtel. En Suisse, il ne peut entrer en contact avec Wickham. Celui-ci vient d’être expulsé sur la demande du directoire français. L’agence de Suisse est maintenant transférée à Berne. Les émigrés fuient de toutes part, certains pour Bâle d’autre pour Hambourg, ville libre qui devient vite la plaque tournante de l’espionnage.

Le 18 fructidor marque la fin des espérances d’une négociation entre les républicains et les royalistes constitutionnels.

Les mouvements insurrectionnels, on dirait maintenant « la branche armée » reprennent toute leur importance.

Il faut savoir de plus que l’Autriche signe enfin la paix avec la France. Condé et son armée part en Pologne au service des russes. En effet, ses troupes sont abandonnées par l’Autriche et l’Angleterre. Le tsar laisse le choix aux émigrés de cette armée entre prendre un emploi dans l’armée russe ou s’établir dans des terres en Crimée. Il s’en suit un long trajet pour retrouver un nouveau campement; Moravie, Silésie, Gallicie et enfin la Volkynie, autour de Dubno, en Pologne où l’armée des princes restera jusqu’au printemps 1798.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. dubno

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Dubno

Il rejoindront la Suisse lors de la seconde coalition mais y arriveront après la bataille de Zurich et resteront sous les ordres de l’Angleterre jusqu’en 1800, date de la dissolution officielle de l’armée de Condé.

L’armée républicaine redevient libre aux frontières et donc peut rentrer rétablir la force et le droit républicain. Le roi Louis XVIII donne l’ordre d’observer une période d’accalmie dans les conflits intérieurs en attendant la formation d’une nouvelle coalition étrangère.

A ce moment là, deux centres insurrectionnels existent:

La Normandie et la Vendée avec à sa tête le comte de Frotté qui la dirige de Londres,

le Midi avec ses bandes d’émigrés.

Louis XVIII veut temporiser.

Il préfère pour l’instant renforcer le clergé, soudoyer l’armée et en particulier un de ses principaux chefs, dont la notoriété augmente de jour en jour ; le nommé Bonaparte. Les contacts sont très serrés avec ce jeune officier. L’abbé de La Marre en parle dans ses lettres. Ses dires sont confirmés par le comte de Vernègues qui réside alors en Italie.

Il a rencontré à Milan, un négociant de Marseille, Nicolas Clary, émigré dont la sœur avait épousé Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon et ambassadeur de la république à Rome.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. clary

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Julie Clary

Le 27 septembre 1797, Napoléon aurait du recevoir par l’intermédiaire de Vernègues, les pouvoirs signés par le roi. Cependant, l’assassinat ce même jour, du général Duphot repousse l’audience qui devait avoir lieu à Rome. Ce sera la dernière occasion réelle de négociation avec le futur empereur.

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Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française. Général Duphot

De la même façon, les royalistes ont abordé le général Berthier, alors adjoint de Masséna en Suisse. Ce soldat avait été sous les ordres du baron de Gouvernet, commandant en second de la garde nationale en octobre 1789. Il lui est proposé d’appuyer les rebelles de l’Est et du Lyonnais. Là aussi, les négociations seront un échec.

Le coup d’état du 18 fructidor, le 4 septembre 1797, donne un coup de semonce dans le département de l’Ardèche. Les royalistes, se sentant menacés, prennent des mesures drastiques pour faire respecter l’ordre et appliquer les nouveaux décrets. Les jacobins reviennent en triomphe. La chasse aux sorcières débute entraînant destitutions en chaîne et démissions.

Les émigrés sont pourchassés. 150 arrêtés de radiation sont signés, les autres fuient vers la Suisse ou se réfugient dans les montagnes.

Le 14 septembre 1797, cependant, Allier et Saint Christol attaquent la ville de Pont Saint Esprit et prennent la citadelle. Et bien entendu, l’on retrouve notre agitateur favori en tête de cette équipée. Sous sa signature le titre de « Général de l’Armée des deux Conseils »…

Voici le récit de cette attaque relatée par « Le Moniteur » :

« quelques jours après le 18 fructidor, une insurrection se manifesta dans le midi de la France. Elle était suscitée par deux fameux chefs de contre-révolution; Saint Christol, émigré rentré et rayé provisoirement par le département du Vaucluse, et Bésignan, autre émigré. Ils parvinrent à réunir et armer une troupe assez considérable. Le 27 fructidor, à six huers du matin, ils s’emparèrent de la citadelle de Saint Esprit. Ils prenaient le titre remarquable de  » généraux des deux conseils ». Maître de cette place, l’un d’eux envoya l’ordre suivant au caissier de la république.

« Monsieur Lefèbvre, caissier de la république au Port Saint louis, remettra l’argent de sa caisse au présent porteur. Le 14 septembre 1797 (27 fructidor an V).

Signé : Saint Christol, général de l’armée des deux conseils. »

Plusieurs habitants de la ville, effrayés, en sortirent; cependant une partie de la garde nationale répondit à l’appel. Les administrateurs municipaux décidèrent que deux d’entre eux se dévoueraient et que, sans escorte, sans arme, mais décorés de leur écharpe, ils se présenteraient à la citadelle.

A leur approche, ces administrateurs furent couchés en joue. Ils parvinrent auprès du chef St Christol et lui demandèrent de quel droit il s’était emparé du fort de la commune. Il répondit qu’il en avait agi ainsi par nécessité et que sa troupe n’était armée que pour faire exécuter la constitution de l’an III. Les municipaux répliquèrent que cette constitution était en plein exercice, n’éprouvait aucune résistance, et le sommèrent, au nom de la loi, de se retirer: Il s’y refusa. En sortant, les municipaux furent insultés par des hommes de ce chef, qui leur criaient:

« Avec vos f….,rubans rouges, blancs et bleus! Qu’est-ce que tu f… de cette cocarde?

Les municipaux dépêchèrent des courriers dans les communes voisines, à l’administration centrale du Gard, au Général Boisset pour leur demander des secours.

Bientôt Saint Christol fit mettre des sentinelles à toutes les portes de la ville, et vint lui-même à l’assemblée de la commune, y répéta qu’il avait pris les armes pour la constitution de l’an III. On le somma de nouveau de faire retirer sa troupe, il répondit qu’il ne sortirait point de la ville, et que, dût-il avoir ses quatre membres cloués aux portes, il resterait.

Saint Christol se rendit chez le garde-magasin des vivres et lui demanda douze cents rations de pain pour alimenter sa troupe.

A deux heures, des détachements de la bande de St Christol se portèrent chez divers particuliers de la ville, les mirent à contribution et désarmèrent, au nom du roi, la garde nationale.

A six heures et demie du soir, une troupe de ces brigands se présenta de nouveau dans le lieu des séances de la municipalité et, braquant leurs armes à feu sur les municipaux, leur déclarèrent que la municipalité était destituée. Les municipaux, mis en fuite, se réunirent dans une maison du faubourg. Menacés d’y être arrêtés, ils se retirèrent à Saint Paulet, commune voisine.

Enfin quatre cents hommes de troupe de ligne, commandés par l’adjudant-général Alméras, s’avancèrent sur la ville de Pont St Esprit. Les brigands, effrayés, ne les attendirent pas. Après avoir levé une contribution, ils évacuèrent la ville, passant le Rhône sur le pont, traînant avec eux cinq pièces de canon pris dans la citadelle.

Saint Christol et sa troupe se potèrent sur la commune de Bollène (Boulène) et y tuèrent sept à huit personnes; De là, ils se rendirent à Sainte Cécile et à Valréas. Vivement poursuivie, cette troupe se dispersa.

Pendant ce temps, Allier et Fontanieu se replient vers l’Ardèche où ils sévissent un trimestre dans le Tanargue dans les cités de Aubenas, Antraigues, Villeneuve de Berg et Bourg St Andéol. Ils disposent de plusieurs centaines d’hommes répartis en petits détachements très mobiles. Des émissaires, venant du Dauphiné et de la Provence et pourvus de nombreux passeports, parcourent le pays pour appeler au soulèvement général.

A la fin de l’année, l’administration centrale de l’Ardèche, pressée de toutes parts, demande officiellement au ministre de la police l’autorisation de faire arrêter les voyageurs qui ne suivent pas les routes fixées sur leur passeport.

Tout ne va pas pour le mieux dans les rangs de Dominique Allier. Un de ses lieutenants, Pallier-Gadret, le trahit en révélant aux républicains l’attaque imminente de la ville de Joyeuse. Allier, sentant la trahison, se retire alors sans attaquer dans les montagnes le 30 septembre.

Le 2 octobre 1797, la colonne traverse Ste Eulalie puis file vers la Lozère avant de revenir, deux semaines après, vers les cantons des Vans, de Bannes, de Largentière et de Bourg St Andéol. Allier s’installe à nouveau dans les bois de Bauzon, de Mazan et du Tanargue. Les troupes royalistes y construisent de baraquements, des magasins de ravitaillement et des arsenaux.

Le 19 novembre 1797, le général Boisset réunit à Privas une cinquantaine d’hommes. Enjolras obtient des renforts de Pradelles et de Langogne pour couper la retraite aux brigands du côté de la Lozère et de la Haute Loire, en espérant les rejeter sur la région de Joyeuse et des Vans. La colonne de Boisset fouille les bois et les ravins de Bauzon. Cinq brigands seront capturés ainsi que deux de leurs chefs: Lamothe-Pongard qui sera fusillé à Montpellier et Chabert dit la Vendée qui parviendra à s’échapper.

Le 26 novembre, Allier, Surville et Pongard interviennent dans le canton de Coucouron.

Histoire d’un Marquis pendant la Révolution Française.

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Serge Billard Baltyde